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    Cozic en deux expos et un décodeur

    Une des boules colorées du duo Cozic
    Photo: Une des boules colorées du duo Cozic
    Cozic n'a pas l'habitude de faire les choses à moitié. En 2004, par exemple, le duo d'artistes composé de Monic Brassard et d'Yvon Cozic avait tenu une exposition en trois actes, et en trois lieux, de leur travail récent. Le projet, De la possibilité d'un baiser, se composait d'installations in situ et de sculptures faites de matières recyclées et hétérogènes, toutes des oeuvres marquées par le thème du regard. Encore aujourd'hui, Cozic déploie sa nouvelle production dans plus d'un espace en même temps avec une exposition en deux volets dont le dénominateur commun est le «code couronne», un alphabet chromatique de leur cru.

    Au premier abord, les oeuvres s'offrent à la manière de compositions abstraites, conçues de disques de couleurs placés de manière concentrique ou selon un patron qui varie, distribuant les cercles colorés sur une ligne diagonale, verticale ou horizontale. Ces variations sont particulièrement probantes au centre Expression où 50 dessins disposés en frise scandent le pourtour de la grande salle. C'est là le coeur du projet, cette suite en apparence infinie de disques patiemment colorés aux crayons Prismacolor.

    Tagada, snif, tchac, boing

    L'exercice semble avoir été rigoureux, par le choix des couleurs et de leur application, ainsi que dans la disposition des cercles et de leur surface respective. Le format du papier étant toujours le même, la régularité et la constance dominent également l'ensemble de l'installation. Pourtant, l'apparente stabilité de ce système formel cache un monde plus grouillant, plus bruyant en fait, que le spectateur est invité à découvrir au moyen du «décodeur» mis à la disposition au centre de la pièce.

    Chaque disque polychromatique est associé à une lettre, chaque dessin donnant ainsi à lire des mots tirés d'un seul registre, celui d'onomatopées telles tagada, snif, tchac, boing... Cozic multiplie les opérations d'encodage et de traduction, la couleur débouchant sur les lettres, les lettres sur des sons. Les onomatopées elles-mêmes sont finalement rattachées à des titres de journaux tirés de l'actualité. Toutes les clés pour mener à bien le décryptage des dessins sont livrées dans l'exposition par le truchement d'un

    renvoi numéroté et le titre des oeuvres.

    À travers ce langage inventé, on retrouve l'intérêt de Cozic pour un art dont la matière première est la vie et le quotidien. Dans leur logique, aucune forme ne saurait être qu'autoréférentielle, chaque forme entretient plutôt un lien imparable avec un référent social, l'oeuvre ne devant en cela jamais pêcher par autonomie.

    D'où aussi l'invitation faite au spectateur de participer et de s'adonner au jeu du décodage qui le confronte alors à une convention élaborée par les artistes qui repose sur des liens arbitraires entre une lettre et des couleurs. La quantité de dessins donne à la frise son efficacité et son élégance. Toutefois, l'envie de poursuivre l'activité de décryptage s'épuise bien avant de faire le tour.

    Quelques oeuvres dans la petite pièce du fond à Expression rappellent judicieusement les expériences passées de Cozic en matière de traduction visuelle de mots. Un seul mot en fait revient dans ces oeuvres puisées entre 1989 et 2008, c'est «Cozic», la signature du duo par laquelle s'énonce un tiers auteur, une nouvelle entité née de la fusion des deux artistes qui travaillent ensemble depuis 40 ans. Le braille ou le code maritime, par exemple, gouvernent ici les systèmes visuels fabriqués notamment de carton, de papier, de roche ou de vinyle. À la différence de certains collectifs d'artistes qui optent pour un logo, Doron/Rivest par exemple, Cozic explorent les permutations formelles de leur nom, comme fascinés par cette origine inventée à leur oeuvre.

    Chez Graff

    À la galerie Graff, le ton est aussi donné par le «code couronne», mais sous forme sculpturale, l'attrait pour les matières et les objets dans l'espace y étant plus frappant. Au principe de décodage s'ajoutent des références à l'histoire de l'art et à la littérature, par exemple par un rappel explicite à la Colonne sans fin de Brancusi et par un clin d'oeil plus allusif à l'ouvrage La Disparition, de Georges Pérec. Certaines propositions cependant se dévoilent trop rapidement, versent dans une illustration peu captivante, comme avec la suite de niches et d'écriteaux liés aux mots «chien» et «dog».

    L'application du code couronne par Cozic trahit un désir de saisir subjectivement le réel tout en ayant recours à un système bien réglé fourni par le décodeur. Mais comme le remarque Marie-Eve Beaupré, invitée à titre d'observatrice à écrire dans le catalogue de l'exposition: «Au-delà [du décodeur] subsiste l'effet de ce que l'oeil perçoit et que la langue reste incapable de nommer.» C'est peut-être cette part livrée à l'indicible qui enlève au système son âpreté et donne à l'ensemble une saveur poétique et bon enfant, Cozic restant fidèle ici à la convivialité qui caractérise plusieurs de ses oeuvres.

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    Collaboratrice du Devoir

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    L'ART C'EST FAIRE DU BRUIT EN SILENCE

    Expression, Centre d'exposition de Saint-Hyacinthe

    495, avenue Saint Simon

    Saint-Hyacinthe

    Jusqu'au 19 octobre

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    LIRE ET ÉCRIRE LA COULEUR

    Galerie Graff

    963, rue Rachel Est

    Montréal

    Jusqu'au 4 octobre












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