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À table

Quoi qu'on en pense, la cuisine traditionnelle du Québec n'est pas composée que de fèves au lard et du fameux pâté... chinois, des aliments qui étaient du reste absents des menus avant le milieu du XIXe siècle.

Il y aurait même «une certaine cuisine française née ici avant d'atteindre la France», affirmait l'historien Jacques Lacoursière lors du lancement du Marché public de Pointe-à-Callière, il y a quelques jours. Selon lui, en 1685, «le baron de LaHontan affirma que le paysan canadien mange mieux que le petit noble français»... Vrai que les lacs et rivières regorgeaient de poissons et que la chasse était fructueuse.

Aussi, religion catholique oblige, on avait même décidé que le castor était un poisson pour pouvoir en manger durant les périodes d'interdiction de consommation de viande, c'est-à-dire 140 jours annuellement!

Et au menu, point de tomates, dont on disait qu'elles donnaient le cancer — «Oui, même à l'époque», dit Jacques Lacoursière —, ni de pommes de terre, qu'on ne destinait qu'aux animaux sauf en périodes de grande famine, où on daignait alors en mettre sur la table.

Le coloré historien nous apprend aussi qu'en Nouvelle-France, le dîner était servi à midi, et le souper, vers 19h. Les gens à l'aise buvaient des vins français ou même espagnols. Et il y avait sept livres de truffes dans le garde-manger de l'évêque Pontbriand, note M. Lacoursière.

«La salade de concombre à la crème était un des grands classiques de la fin du XVIIIe siècle», dit-il encore. Et «comme chez les autochtones, les haricots, le maïs et la courge, que les Premières Nations appelaient "les trois soeurs", figuraient souvent au menu.»

Il semble que l'industrialisation, entre autres phénomènes, ait complètement transformé les habitudes alimentaires et les heures des repas des Québécois.






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  • jean-marie francoeur
    Inscrit
    vendredi 22 août 2008 10h46
    Précisions
    « J'ai beaucoup de respect pour Monsieur Lacoursière. Son "Épopée en Amérique" ne manquait de souffle ni de vie. Cette série est encore, selon moi, la plus vivante et la plus exacte. Mais les historiens québécois ne remontent qu'aux textes fondateurs lorsqu'il s'agit d'alimentation : Kalm est le plus cité, puis LaHontan, d'Aleyrac, Meritens de Pradal, Colbert, Frontenac. Après 1760, les Anglais commentent à leur tour : John Lambert, Frances Brooke, Lady Aylmer, la baronne Reidesel. Puis viennent nos mémorialistes et ethnologues : Marius Barbeau, Roy, Grenon, Roquebrune, R.L. Séguin, Lionel Groulx etc.

    Il est notable de remarquer qu'aucun de ceux-ci n'a pris la peine de s'informer sur l'art culinaire de cette époque et surtout son histoire. C'est ce que je me suis appliqué à faire depuis plusieurs années. Ainsi, les fèves-au-lard font partie de notre ordinaire depuis le début de la Nouvelle-France. On les cuisait sans mélasse, souvent en sauce blanche, toujours avec du lard. Celles dites de Boston, avec mélasse et cuites dans cette jarre de grès typique,sont arrivées au milieu du XIXè siècle, longtemps après les nôtres. Le maïs et le tabac furent adoptés immédiatement. Le pâté chinois pourrait avoir existé dès 1670. Les hachis étaient à la mode à cette époque, préfigurant déjà les quenelles. Il pourrait avoir été à base de navet (l'équivalent de la pomme de terre à cette époque)viande et maïs. Tous les animaux pataugant dans une rivière étaient admis les jours maigres, y compris le canard.L'analiste de l'Hôtel-Dieu de Québec affirme que les pommes de terre faisaient partie des menus dès 1610. La tomate pourrait avoir été introduite vers 1745. C'était une nouveauté horticole. Elle faisait partie des jardins de Louis XIV. Même si officiellement on n'en mangeait pas, elle fut l'objet d'études et d'expériences. Les Jésuites, présents en Amérique du sud depuis 1540, pourraient l'avoir introduite ici en premier. Elle apparaît dès 1690 dans un livre de cuisine. Elle faisait partie de "la sauce espagnole" mise au point sous Louis XIV. Marie Anne de Latournelle, maîtresse de Louis XIV, se fait lançer des tomates pourries en 1738. Elle était donc connue et abondante. Elle était déjà populaire en Angleterre vers 1750. Hannah Glasse donne en 1747, une recette d'aiglefin à l'espagnole, contenant de la tomate. Philip Miller, directeur du Jardin médicinal de Chelsea note en 1752 que les tomates sont : "très utilisées en Angleterre pour les soupes. Les Anglais pourraient donc l'avoir réintroduite après la Conquête. L'ambassadeur américain Thomas Jefferson en avait rapporté de France à Monticelli en 1789.Le concombre était très populaire à cette époque : le roi en raffolait. On a trouvé non pas sept, mais neuf livres de truffes chez monseigneur Pontbriand. Il y avait évidemment une cuisine française, puisque tous nos mets sont français d'origine. L'hiver nous forcera à créer une cuisine originale.

    Jean-Marie Francoeur »

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