La machine Céline
Céline Dion au Centre Bell
Photo : Pascal Ratthé
Huit ans d’attente et un public toujours fou d’elle: Céline Dion a retrouvé hier Montréal et quelque 22 000 fans qui n’étaient pas loin du délire, au Centre Bell. La diva n’a été chiche de rien, succès, chorégraphies, talons hauts et ro
La machine Céline Dion s'est posée au Centre Bell hier: clinquante et clignotante, Vegas style mais diablement efficace dans le genre, un rouleau compresseur de hits éprouvés déclinés devant un public béa d'admiration envers son idole. Une soirée qu'on imagine avoir été parfaite pour ceux-là: elle fut pour les autres — les conscrits professionnels, par exemple — quelque chose comme une expérience particulière qui, préjugés mis de côté, ne manquait pas d'intérêt.
Confessons d'emblée une incapacité chronique à la culture Céline: cette musique formatée aux barèmes des palmarès, cette énergie dépensée à prouver que le bon goût ne s'achète pas, ces mélodies-sirop nous tombent exactement là où ça titille. D'autant plus qu'une artiste qualifiée de «produit» par son propre gérant, c'est un peu contraire à notre conception de la musique ou de l'art en général.
Cela étant, on s'est présenté au Centre Bell dans d'excellents dispositions. Vrai comme tout. On respect le professionnalisme de Céline Dion. La classe dans la pratique du métier. La constance. Ce qui a fait d'elle la championne des stades du monde, quelqu'un capable de revendiquer la plus glorieuse gloire avec humilité. Et puis bon: un phénomène de ce type impressionne toujours un peu. Fallait voir. Et tenter de comprendre la relation d'amour fou qui unit Céline au public d'ici.
Comment qualifier autrement l'accueil délirant qu'elle a reçu? Vrai comme tout: Céline en a pleuré, et deux ou trois autres fois encore. On s'est cru un instant revenu en avril avec une odeur de Coupe sur la ville. Mais avec une intensité toute autre. Montréal retrouvait Céline après huit ans d'absence, pour le premier de neuf concerts donnés à guichets fermés (22 426 personnes hier; 85 000 billets vendus en 35 minutes cet hiver). La soirée fut donc une enfilade ininterrompue d'ovations.
Et si c'était gagné d'avance pour Dion, elle n'en a pas moins mis le paquet pour répondre exactement aux attentes. C'est à dire chanter en français (le tiers des 25 chansons, dont pratiquement tout l'album D'Eux). Faire grimper sa voix au plafond du Centre Bell, et sûrement même un peu plus haut. Se montrer généreuse en sourires, clins d'oeil et confidences. Alterner les ballades et les pièces plus assises rythmiquement.
C'est à dire livrer les succès qui l'ont rendu 300 ou 400 fois millionnaire (Power Of Love, All By Myself, S'Il suffisait d'aimer, My Heart Will Go On, Pour que tu m'aimes encore — en dessert— , Taking Chances, Destin, un hommage à Queen et un segment soul). Habiter toute entière la grande scène carrée aux plateaux hydroliques et tapis roulants intégrés permettant un accès proche avec le public. S'amuser avec la dizaine de danseurs. Changer de robe 4 ou 5 fois. Défier la gravité sur des talons hauts d'un pied. Tout ce que fait Céline habituellement, avec un investissement total.
La tournée Taking Chances adaptée au Québec ne prend pas des masses de chances. Elle ne révolutionne en rien l'art de la scène (chorégraphies entendues, quelques effets vidéos, éclairages efficaces). Mais ce gros show bien huilé convient très bien à l'univers créé par Céline.
«J'irai où tu iras», a chanté Dion hier soir. On a beaucoup eu l'impression que son public voulait lui dire la même chose.
Et pour le profane? Céline la chanteuse nous laisse toujours indifférent, malgré les indéniables qualités de sa voix (qui nous semble aujourd'hui moins nasillarde et plus incarnée qu'auparavant). L'esthétique qu'elle propose nous semble toujours tirée de catalogues qu'on préfère ne pas fréquenter. Mais la performeuse impressionne. De même que sa sincérité.
En première partie, René Angélil avait promis une grosse surprise. Le public a surtout eu celle de voir apparaître sur scène la chanteuse-imitatrice Véronic DiCaire (pas exactement la vedette attendue), qui s'est mérité l'ovation de sa vie (c'était le thème de la soirée, faut croire) après avoir incarné tour à tour Isabelle Boulay, Ginette Reno, Marie-Chantale Toupin, Céline Dion, Claire Lamarche et d'autres voix d'ici.
Et en première partie de la première partie, mentionnons que le tapis rouge écarlate déployé devant l'entrée de l'antre du Tricolore fut l'occasion d'un défilé du bottin de téléphone qui doit trôner dans les rédactions des Lundi, 7 jours et autres Semaine du Québec. Entendre le public crier, applaudir et photographier à tout vent à l'arrivée de ceux qui devaient aller chercher leur billet gratuit au bout du tapis fut là aussi une expérience divertissante.
Confessons d'emblée une incapacité chronique à la culture Céline: cette musique formatée aux barèmes des palmarès, cette énergie dépensée à prouver que le bon goût ne s'achète pas, ces mélodies-sirop nous tombent exactement là où ça titille. D'autant plus qu'une artiste qualifiée de «produit» par son propre gérant, c'est un peu contraire à notre conception de la musique ou de l'art en général.
Cela étant, on s'est présenté au Centre Bell dans d'excellents dispositions. Vrai comme tout. On respect le professionnalisme de Céline Dion. La classe dans la pratique du métier. La constance. Ce qui a fait d'elle la championne des stades du monde, quelqu'un capable de revendiquer la plus glorieuse gloire avec humilité. Et puis bon: un phénomène de ce type impressionne toujours un peu. Fallait voir. Et tenter de comprendre la relation d'amour fou qui unit Céline au public d'ici.
Comment qualifier autrement l'accueil délirant qu'elle a reçu? Vrai comme tout: Céline en a pleuré, et deux ou trois autres fois encore. On s'est cru un instant revenu en avril avec une odeur de Coupe sur la ville. Mais avec une intensité toute autre. Montréal retrouvait Céline après huit ans d'absence, pour le premier de neuf concerts donnés à guichets fermés (22 426 personnes hier; 85 000 billets vendus en 35 minutes cet hiver). La soirée fut donc une enfilade ininterrompue d'ovations.
Et si c'était gagné d'avance pour Dion, elle n'en a pas moins mis le paquet pour répondre exactement aux attentes. C'est à dire chanter en français (le tiers des 25 chansons, dont pratiquement tout l'album D'Eux). Faire grimper sa voix au plafond du Centre Bell, et sûrement même un peu plus haut. Se montrer généreuse en sourires, clins d'oeil et confidences. Alterner les ballades et les pièces plus assises rythmiquement.
C'est à dire livrer les succès qui l'ont rendu 300 ou 400 fois millionnaire (Power Of Love, All By Myself, S'Il suffisait d'aimer, My Heart Will Go On, Pour que tu m'aimes encore — en dessert— , Taking Chances, Destin, un hommage à Queen et un segment soul). Habiter toute entière la grande scène carrée aux plateaux hydroliques et tapis roulants intégrés permettant un accès proche avec le public. S'amuser avec la dizaine de danseurs. Changer de robe 4 ou 5 fois. Défier la gravité sur des talons hauts d'un pied. Tout ce que fait Céline habituellement, avec un investissement total.
La tournée Taking Chances adaptée au Québec ne prend pas des masses de chances. Elle ne révolutionne en rien l'art de la scène (chorégraphies entendues, quelques effets vidéos, éclairages efficaces). Mais ce gros show bien huilé convient très bien à l'univers créé par Céline.
«J'irai où tu iras», a chanté Dion hier soir. On a beaucoup eu l'impression que son public voulait lui dire la même chose.
Et pour le profane? Céline la chanteuse nous laisse toujours indifférent, malgré les indéniables qualités de sa voix (qui nous semble aujourd'hui moins nasillarde et plus incarnée qu'auparavant). L'esthétique qu'elle propose nous semble toujours tirée de catalogues qu'on préfère ne pas fréquenter. Mais la performeuse impressionne. De même que sa sincérité.
En première partie, René Angélil avait promis une grosse surprise. Le public a surtout eu celle de voir apparaître sur scène la chanteuse-imitatrice Véronic DiCaire (pas exactement la vedette attendue), qui s'est mérité l'ovation de sa vie (c'était le thème de la soirée, faut croire) après avoir incarné tour à tour Isabelle Boulay, Ginette Reno, Marie-Chantale Toupin, Céline Dion, Claire Lamarche et d'autres voix d'ici.
Et en première partie de la première partie, mentionnons que le tapis rouge écarlate déployé devant l'entrée de l'antre du Tricolore fut l'occasion d'un défilé du bottin de téléphone qui doit trôner dans les rédactions des Lundi, 7 jours et autres Semaine du Québec. Entendre le public crier, applaudir et photographier à tout vent à l'arrivée de ceux qui devaient aller chercher leur billet gratuit au bout du tapis fut là aussi une expérience divertissante.
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