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Félix Leclerc, vingt ans après - De leur vivant et du sien

Photos: Nathalie Leclerc et Jacques Grenier. Montage: Donald Filion
Photos: Nathalie Leclerc et Jacques Grenier. Montage: Donald Filion
En ce 8e jour du 8e mois de l'an 8 du XXIe siècle, les chiffres s'alignent de nouveau pour nous rappeler, à 20 ans d'intervalle, que c'est arrivé le 8 du 8 en 1988, paraît-il à 8h8: le dernier souffle d'un homme, grand homme, géant de chez nous. Huit témoignages pour évoquer Félix? Non. Dix. Pourquoi dix? Parce qu'on en a dix, et qu'en enlever deux pour que ça fasse huit, ç'aurait été bête. Pour Félix, donc, dixit fois dix.

Ce soir, sur les ondes d'Espace Musique, à 20h, on diffuse en différé le spectacle Félix. L'homme de paroles, tel que présenté samedi dernier au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts en événement de clôture des FrancoFolies de Montréal, vingtièmes du nom. Vingt comme dans vingt ans depuis la mort de Félix: c'était exprès. La diffusion aujourd'hui, c'est exprès aussi. Pareillement préméditée, l'anecdote sollicitée en fin du «petit questionnaire facultatif» envoyé la semaine dernière par Le Devoir aux artistes et au metteur en scène du spectacle. Au-delà du spectacle, justement, nous voulions le Félix de chacun. L'émoi d'un premier disque, par exemple, comme dans la fameuse liste de Dolorès, la chanson de Charlebois: «J'ai eu toutes sortes de cadeaux [...] un disque d'Elvis, un disque de Félix...» Ou alors le souvenir d'une rencontre, personnelle ou par aïeuls interposés.

Dans le cas de Catherine Major, c'est l'aïeule. «Félix a été l'amoureux de ma grand-mère maternelle. Elle jouait au théâtre pour le plaisir. Lui aussi. Ils se sont fréquentés sous un certain bouleau... Notre sentier a été écrite pour elle. La chanson a une signification toute particulière pour moi parce que Mamousse (son petit nom), ma grand-mère, était très proche de moi. Elle est ma bonne étoile depuis qu'elle est partie.» La récente lauréate du prix Félix-Leclerc chante Notre sentier sur l'album-hommage, à paraître incessamment.

Chacun son sentier, en effet. Pour Claude Lamothe, le virtuose violoncelliste, Félix, c'est d'abord son oncle Gaston. «Hiver 2005. Je suis tout entier à la conception de mon album Vivace, et l'on m'apprend que mon oncle Gaston vient de mourir. La famille me demande alors si j'accepterais de jouer à ses funérailles. Mais pas question de donner dans le mélo. Non. Du Félix Leclerc. [...] Et me voilà dans l'église de mon enfance (bondée qu'elle était l'église; c'est qu'il était populaire, mon oncle Gaston) à y aller de quelques variations sur le thème de L'Hymne au printemps.»

Le questionnaire n'a fait le coup Kennedy à personne, sur l'air d'où-étiez-vous-le-8-août-1988. N'empêche que, pour certains, les plus jeunes, le point de contact le plus personnel avec Félix coïncide avec sa mort. JF Moran, lauréat de Ma première Place des Arts: «Le 8 août 1988 j'avais 14 ans. Nous étions dans la voiture toute la famille et nous revenions d'une zec du parc des Laurentides où nous avions l'habitude de passer nos vacances. Ma mère s'était mise à chanter le répertoire de Félix sur le long chemin du retour. [...] Je me souviens m'être laissé emporter par le petit bonheur de chanter Le Petit Bonheur. J'avais l'impression tout à coup que je savais chanter.» Le 8 août 1988 de Daniel Boucher est moins bucolique: «Quand il est mort, j'avais 16 ans et je travaillais chez Provigo; Félix Leclerc ne jouait pas souvent dans le rayon des patates pilées. Dommage: les gens auraient pris leur temps pour faire leur épicerie. Ils auraient aussi appris à choisir ce qu'ils achètent.»

Fred Pellerin, en mal d'anecdote, fabule affectueusement: «J'ai croisé Félix en 1965 dans un concert à Nicolet... Non, sans blague, j'étais même pas au monde. Des liens d'homme qui a vu l'ours avec Félix? Pas à ma connaissance dans l'arbre généalogique!» Le metteur en scène Dominic Champagne relate, lui, de véritables impressions de spectateur: «Vu en spectacle au Palais Montcalm, milieu des années 70, impression forte du poète se confiant à son peuple. Puis un soir, l'ai vu passer en coup de vent, sortant de la loge d'un spectacle de Jean Lapointe, en homme jaloux de sa solitude, fuyant la ville et ses mondanités, mais que l'amitié avait tiré jusque-là, cette impression de liberté si rare et souveraine...»

Pas d'amitié sans débat

Il y a aussi les contemporains. Les proches, les amis. Si Mireille Deyglun, filleule de Félix, se fait volontairement et délicatement discrète («Il était toujours présent chez mes parents à Vaudreuil»), Jean Lapointe ouvre les vannes, intarissable et heureux. «J'ai rarement mis les pieds à Québec après 1975 sans rendre visite à Félix, Gaétane, Nathalie et Francis. Les petits m'appelaient mon oncle Jean et je trouvais cela bien émouvant... J'ai toujours gardé le contact, même après le départ de notre géant au regard bleu. Nous chantions beaucoup en duo lorsque j'allais chez Félix. Il trouvait que je chantais juste et que mes harmonies lui convenaient parfaitement. Naturellement, il voulait me convertir en indépendantiste... et nos interminables discussions n'ont pas donné grand-chose en ce sens. Exemple. Un jour il me dit: "L'indépendance mon garçon, c'est irréversible. C'est un bien grand mot pour toi... Je t'explique: une chute... elle coule toujours par en bas... elle ne monte jamais par en haut." Alors je lui avais répondu ceci: "Oui, je comprends bien ça, mais ce que tu ne veux pas voir, c'est qu'en haut de tes chutes, l'eau provient des lacs appartenant aux Anglais... S'ils décident de mettre un barrage, qu'est-ce que tu fais avec ton irréversibilité? Sa réponse: "Maudit que j'ai de la misère avec toi." Toutes ces discussions étaient imprégnées de respect mutuel et de beaucoup d'amitié.»

Monique Miville-Deschênes, qui a chanté à la même affiche que Félix jusqu'à Bruxelles et Paris (50 fois aux Trois-Baudets!), évoque tout naturellement leur première rencontre. «J'ai commencé ma carrière en interprétant Notre sentier à la télé de Québec un dimanche après-midi. Après ma chanson, j'ai annoncé qu'en soirée, Félix chantait dans un Patro à Charlesbourg. Quand je me suis présentée au Patro, le directeur m'attendait à la porte. Il m'a dit: "Les billets ne s'étaient pas tous vendus... mais après votre annonce, tout s'est envolé! Ça mérite une rencontre avec Félix Leclerc..."»

Il y a des rencontres mythiques, souvent racontées. Marie-Claire et Richard Séguin allant porter, avec leur père, le 45-tours de leur Train du nord à Félix chez lui, à l'île d'Orléans. Et Beau Dommage qui accompagne Félix en studio, le temps d'une session pas vraiment convaincante, la manière Félix et la méthode Beatles se révélant peu compatibles. Qu'à cela ne tienne, Michel Rivard a son histoire à lui: «1975, Beau Dommage bat son plein. Je reçois l'appel d'une secrétaire du Studio Son Québec qui m'invite à l'audition du nouveau disque de Félix orchestré par Dompierre. Je me dis que c'est bien, le succès, on se fait inviter à toutes sortes d'événements... La secrétaire me demande si je suis au courant du fait que M. Leclerc a repris sur ce disque une de mes chansons [La Complainte du phoque en Alaska]. Je ne me souviens plus des minutes qui ont suivi! Le lendemain, au studio, Félix vient vers moi, me met la main sur l'épaule et me dit de sa voix de violoncelle: "Vous avez écrit une bien belle chanson." Cette main sur l'épaule a été plus importante que tous les trophées, et c'est un souvenir qui ne s'oxyde pas et ne prend pas la poussière.» Là-dessus, pourrait-on ajouter aujourd'hui, la mort n'a pas de prise.






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  • andré michaud
    Inscrit
    vendredi 8 août 2008 12h33
    Félix le libre penseur
    « J'aimais le côté libre penseur de Félix, celui qui ne voulait pas être inféodé à un syndicat de musiciens..et aimait se tenir loin des politiciens et idéologies..

    Il n'était pas intégriste anti anglo car jeune il avait eu de voisins anglos qu'il avait appris à aimer et respecter... »

  • Jolière Gauthier
    Inscrite
    vendredi 8 août 2008 15h17
    Reste à faire le Tour des Ils et des ailes
    « Le Tour de l'Isle

    Pour supporter
    Le difficile
    Et l'inutile
    Y a l'tour de l'île
    Quarante-deux milles
    De choses tranquilles
    Pour oublier
    Grande blessure
    Dessous l'armure
    Eté, hiver
    Y a l'tour de l'île
    L'Île d'Orléans

    L'Île c'est comme Chartres
    C'est haut et propre
    Avec des nefs
    Avec des arcs
    Des corridors
    Et des falaises
    En février
    La neige est rose
    Comme chair de femme
    Et en juillet
    Le fleuve est tiède
    Sur les battures

    Au mois de mai
    A marée basse
    Voilà les oies
    Depuis des siècles
    Au mois de juin
    Parties les oies
    Mais nous les gens
    Les descendants
    De La Rochelle
    Présents tout l'temps
    Surtout l'hiver
    Comme les arbres

    Mais c'est pas vrai
    Ben oui c'est vrai
    Écoute encore

    Maisons de bois
    Maisons de pierre
    Clochers pointus
    Et dans les fonds
    Des pâturages
    De silence
    Des enfants blonds
    Nourris d'azur
    Comme les anges
    Jouent à la guerre
    Imaginaire
    Imaginons

    L'Île d'Orléans
    Un dépotoir
    Un cimetière
    Parcs à vidanges
    Boîte à déchets
    U. S. parkings
    On veut la mettre
    En mini-jupe
    And speak English
    Faire ça à elle
    L'Ile d'Orléans
    Notre fleur de Lys...e

    Mais c'est pas vrai
    Ben oui c'est vrai
    Raconte encore

    Sous un nuage
    Près d'un cours d'eau
    C'est un berceau
    Et un grand-père
    Au regard bleu
    Qui monte la garde
    Il sait pas trop
    Ce qu'on dit dans
    Les capitales
    L'oeil vers le golfe
    Ou Montréal
    Guette le signal

    Pour célébrer
    L'Indépendance
    Quand on y pense
    C'est-y en France
    C'est comme en France
    Le tour de l'île
    Quarante-deux milles
    Comme des vagues
    Les montagnes

    Les fruits sont mûrs
    Dans les vergers
    De mon pays

    Ça signifie
    L'heure est venue
    Si t'as compris


    Félix Leclerc
    1914-1988

    ce 08-08-08 »

  • Yvan-M. Roy
    Inscrit
    vendredi 8 août 2008 23h56
    L'île d'Orléans, notre fleur de Lys...e
    « L'hommage à Félix présenté par Espace Musique ce 8 août courant nous met '' En garde! '' afin de veiller à la préservation du caractère fondamental de l'île d'Orléans.

    1975 - Le Tour de l'isle - Félix Leclerc 1er couplet


    Pour supporter
    Le difficile
    Et l'inutile
    Y a l'tour de l'île
    Quarante-deux milles
    De choses tranquilles
    Pour oublier
    Grande blessure
    Dessous l'armure
    Eté, hiver
    Y a l'tour de l'île
    L'Île d'Orléans

    1928 - L'Île d'Orléans - Pierre-Georges Roy, 1er archiviste du Québec

    (Monographie publiée par le gouvernement du Québec)

    « De tous les coins de la province de Québec, il
    n'en est pas de plus pittoresque que l'île d'Orléans. Les écrivains ont raconté son histoire, les poètes ont chanté ses charmes, les peintres ont reproduit sur la toile
    ses gracieux paysages. En effet, toutes les beautés de la nature canadienne semblent s'être donné rendez vous
    en cet endroit privilégié. »

    1815 - Dictionnaire topographique du Bas-Canada - Joseph Bouchette, arpenteur général

    « Sur la pointe occidentale (*), il y a un groupe de très
    jolies maisons, dont les habitants fournissent toute sorte de commodités aux nombreuses personnes qui visitent l'île pour leur amusement ou par curiosité, tant dans l'été que dans l'hiver. » (*) Sainte-Pétronille d'Orléans

    Observation: L'île d'Orléans est située sur le fleuve Saint-Laurent à 10 kilomètres en aval de Québec. Le caractère de l'île se révèle au contact des fermes ancestrales et se poursuit dans l'observation des panoramas grandioses qui s'étendent sur ''quarante deux milles de choses tranquilles''.

    Des intérêts globaux projettent d'installer à Lévis un port de transbordement et un terminal de GNL (Gaz naturel liquéfié - dimensions stade olympien) pour l'approvisionnement d'une clientèle nord-américaine , à 2 kilomètres au sud de l'île d'Orléans. Ajout vers l'ouest d'un parc industriel lourd directement sous la vue de Sainte-Pétronille d'Orléans.

    Retour au 5e couplet - 1975 - Le tour de l'Isle - Félix Leclerc

    L'Île d'Orléans

    Un dépotoir
    Un cimetière
    Parcs à vidanges
    Boîte à déchets
    U. S. parkings
    On veut la mettre
    En mini-jupe
    And speak English
    Faire ça à elle
    L'Ile d'Orléans
    Notre fleur de Lys...e

    Commentaire: Samedi le 2 août 2008, au théatre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal, les Major, Lamothe, Moran, Pellerin, Boucher, Champagne, Deyglun, Lapointe, Miville-Deschèsne, Séguin, Rivard, tous artistes et gens de scène, ont rendu hommage à l'homme Félix. Combien ont descendu le fleuve jusqu'ici pour défendre l'île de Félix, notre fleur de Lys...e, le berceau de notre nation, contre le projet RABASKA de Gazprom, Gaz de France, Enbrige, et Gaz Métro ?

    Combien ?

    Yvan-M. Roy
    Québec-Lévis »

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