La ruée vers l'Ouest
Image: Exporail
Puisqu'on ne peuple pas un pays en criant ciseaux, c'est par une campagne marketing fort bien orchestrée que le ventre du Canada s'est garni de nouveaux arrivants et d'un imposant garde-manger. C'est à travers plus de 90 objets que le Musée ferroviaire canadien raconte le départ des premiers immigrants vers nos plaines canadiennes, de 1896 à 1914.
Sur les publicités, un cowboy chevauche sa monture avec son enfant pendant que derrière lui galope le bétail sur la plaine, alors qu'une autre montre une femme aux fourneaux qui invite à regarder avec elle par la fenêtre son champ luxuriant de graminées. Invitant le Canada? Et comment.
Les images idylliques véhiculées par la campagne publicitaire ne manquent pas. On vante nos hivers «tonifiants», les récoltes toujours «abondantes». Le Canada est comparé à un paradis terrestre, une Cocagne nord-américaine, rien de moins. On a tapissé l'Europe de publicités rédigées dans une vingtaine de langues.
Et les gens ont commencé à débarquer au pays par milliers. Des d'habitants d'Europe de l'Est, des Français, mais 67 % des immigrants proviennent d'Angleterre. En 1913, plus de 400 000 pionniers transitaient vers le centre du pays.
Les chemins de fer canadiens traversant le pays sont à l'origine de cette ruée vers l'Ouest. L'Est du pays et le sud de la Colombie-Britannique peuplaient le Canada, mais entre les deux, les plaines causaient un bien grand vide. «Les compagnies de chemin de fer allaient vraiment se ruiner avec une si longue ligne, car ils n'avaient rien à transporter, raconte Jean-Paul Viaud, conservateur du musée, les terres ne valaient rien au début, il fallait donc faire quelque chose avec cette terre et créer de la richesse.»
Des terres gratuites étaient d'abord offertes aux premiers arrivants, et au fil des années, lorsque les installations devenaient moins rudimentaires et l'agriculture florissante, un prix était fixé pour ceux désirant obtenir une parcelle de paradis.
La grande traversée
Après un voyage d'un mois en mer, quatre jours de train et le reste du trajet en chariot, les familles débarquaient enfin sur leur lopin de terre. Les attendaient, comme comité d'accueil, une prairie vierge, un piquet d'arpentage et un essaim de moustiques.
Le reste était à bâtir.
Tous n'étaient pas adaptés à la vie d'agriculteur. «Les Anglais se sont souvent fait dire "apportez avec vous votre civilisation" alors ils sont arrivés avec leur service à thé, leur vaisselle en porcelaine, leur argenterie», poursuit M. Viaud. Quant aux Ukrainiens, ils n'étaient presque pas outillés, mais la vie en Ukraine était similaire à ce que le climat des Prairies canadiennes leur offrait et ils pouvaient ainsi se débrouiller dans la sauvage contrée.
La prolifique campagne marketing n'allait pas qu'en Europe s'approvisionner de personnes en quête d'aventure. Les agents canadiens ont traversé la frontière pour marauder du côté des États-Unis, en quête de mormons, spécialistes de l'irrigation, eux qui firent leurs frais dans l'aride Utah. À un point tel que les gouvernements étrangers interdisaient au Canada d'afficher ses publicités sur leur territoire. S'ensuivit une campagne de recrutement plus discrète, camouflée sous des envois confidentiels dans les boîtes aux lettres des populations ciblées.
Si l'immigration vers l'Ouest a été ralentie par les deux guerres mondiales et la crise de 1929, au profit d'une immigration plus spécialisée centrée vers les villes, environ 250 000 nouveaux résidents prennent pays chaque année au Canada pour tenter, comme leurs confrères, de faire de leurs aspirations des réalités.
Fenêtre sur le monde
Affiches, vaisselle, lettres, journaux des immigrants, coffres et autres vestiges culturels de l'époque occupent la petite salle consacrée à l'exposition Arpents de rêves au musée. Et tous attestent de l'impact que le train a eu sur la vie des gens d'ici et d'ailleurs.
«C'est touchant de voir les témoignages des gens qui concrétisaient leurs espoirs et qui en même temps apportaient une partie de leur identité avec eux, partage le conservateur d'Exporail. Pour plusieurs d'entre eux, la vie ne ressemblait en rien à ce qu'ils s'étaient imaginé.»
Des enfants séparés de leurs parents à leur arrivée au pays, les récoltes dévorées par les insectes, ruinées par le givre ou encore les interminables hivers et la solitude témoignent que les embûches étaient de la taille des rêves des pionniers.
Mais leur ambition et leur force d'âme n'avaient, elles, aucune limite.
***
Arpents de rêves - Les pionniers des Prairies canadiennes
Exporail, le Musée ferroviaire canadien, 110, rue Saint-Pierre, Saint-Constant, Québec, 450 632-2410, www.exporail.org
Sur les publicités, un cowboy chevauche sa monture avec son enfant pendant que derrière lui galope le bétail sur la plaine, alors qu'une autre montre une femme aux fourneaux qui invite à regarder avec elle par la fenêtre son champ luxuriant de graminées. Invitant le Canada? Et comment.
Les images idylliques véhiculées par la campagne publicitaire ne manquent pas. On vante nos hivers «tonifiants», les récoltes toujours «abondantes». Le Canada est comparé à un paradis terrestre, une Cocagne nord-américaine, rien de moins. On a tapissé l'Europe de publicités rédigées dans une vingtaine de langues.
Et les gens ont commencé à débarquer au pays par milliers. Des d'habitants d'Europe de l'Est, des Français, mais 67 % des immigrants proviennent d'Angleterre. En 1913, plus de 400 000 pionniers transitaient vers le centre du pays.
Les chemins de fer canadiens traversant le pays sont à l'origine de cette ruée vers l'Ouest. L'Est du pays et le sud de la Colombie-Britannique peuplaient le Canada, mais entre les deux, les plaines causaient un bien grand vide. «Les compagnies de chemin de fer allaient vraiment se ruiner avec une si longue ligne, car ils n'avaient rien à transporter, raconte Jean-Paul Viaud, conservateur du musée, les terres ne valaient rien au début, il fallait donc faire quelque chose avec cette terre et créer de la richesse.»
Des terres gratuites étaient d'abord offertes aux premiers arrivants, et au fil des années, lorsque les installations devenaient moins rudimentaires et l'agriculture florissante, un prix était fixé pour ceux désirant obtenir une parcelle de paradis.
La grande traversée
Après un voyage d'un mois en mer, quatre jours de train et le reste du trajet en chariot, les familles débarquaient enfin sur leur lopin de terre. Les attendaient, comme comité d'accueil, une prairie vierge, un piquet d'arpentage et un essaim de moustiques.
Le reste était à bâtir.
Tous n'étaient pas adaptés à la vie d'agriculteur. «Les Anglais se sont souvent fait dire "apportez avec vous votre civilisation" alors ils sont arrivés avec leur service à thé, leur vaisselle en porcelaine, leur argenterie», poursuit M. Viaud. Quant aux Ukrainiens, ils n'étaient presque pas outillés, mais la vie en Ukraine était similaire à ce que le climat des Prairies canadiennes leur offrait et ils pouvaient ainsi se débrouiller dans la sauvage contrée.
La prolifique campagne marketing n'allait pas qu'en Europe s'approvisionner de personnes en quête d'aventure. Les agents canadiens ont traversé la frontière pour marauder du côté des États-Unis, en quête de mormons, spécialistes de l'irrigation, eux qui firent leurs frais dans l'aride Utah. À un point tel que les gouvernements étrangers interdisaient au Canada d'afficher ses publicités sur leur territoire. S'ensuivit une campagne de recrutement plus discrète, camouflée sous des envois confidentiels dans les boîtes aux lettres des populations ciblées.
Si l'immigration vers l'Ouest a été ralentie par les deux guerres mondiales et la crise de 1929, au profit d'une immigration plus spécialisée centrée vers les villes, environ 250 000 nouveaux résidents prennent pays chaque année au Canada pour tenter, comme leurs confrères, de faire de leurs aspirations des réalités.
Fenêtre sur le monde
Affiches, vaisselle, lettres, journaux des immigrants, coffres et autres vestiges culturels de l'époque occupent la petite salle consacrée à l'exposition Arpents de rêves au musée. Et tous attestent de l'impact que le train a eu sur la vie des gens d'ici et d'ailleurs.
«C'est touchant de voir les témoignages des gens qui concrétisaient leurs espoirs et qui en même temps apportaient une partie de leur identité avec eux, partage le conservateur d'Exporail. Pour plusieurs d'entre eux, la vie ne ressemblait en rien à ce qu'ils s'étaient imaginé.»
Des enfants séparés de leurs parents à leur arrivée au pays, les récoltes dévorées par les insectes, ruinées par le givre ou encore les interminables hivers et la solitude témoignent que les embûches étaient de la taille des rêves des pionniers.
Mais leur ambition et leur force d'âme n'avaient, elles, aucune limite.
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Arpents de rêves - Les pionniers des Prairies canadiennes
Exporail, le Musée ferroviaire canadien, 110, rue Saint-Pierre, Saint-Constant, Québec, 450 632-2410, www.exporail.org
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