Festival d'été de Québec - Le slam des ancêtres peuls
Souleymane Diamanka se produit ce soir au Festival d’été de Québec, demain à l’Espace 400e et à Montréal lundi dans le cadre de Nuits d’Afrique. Photo: Lucille Reyboz
Le slam français nous avait déjà fait goûter la poésie de Grand Corps Malade et d'Abd al Malik. Voilà le temps venu de découvrir Souleymane Diamanka, acrobate de la langue et porteur de la tradition orale peule, dernier peuple nomade de l'Afrique de l'Ouest.
Québec — Encore une de ces entrevues qu'on regrette de ne pas avoir faite à la radio. À l'autre bout du fil, la voix de Souleymane Diamanka est une caresse pour les oreilles. En plus, il commence en nous faisant des compliments. «C'est la toute première fois que je viens à Québec. Je crois que c'est un passage obligatoire pour les artistes francophones», dit-il. «Je suis vraiment honoré d'être invité pour les 400 ans de Québec parce que pour moi, ça représente quelque chose. Étant donné que je suis francophone sans que le français soit ma langue natale, j'ai un rapport admiratif à cette langue et j'ai vu qu'au Québec aussi ils défendaient la langue française, alors c'est important pour moi d'aller présenter mes poèmes là-bas.»
L'artiste bordelais de 34 ans doit se produire au Festival d'été, mais également sur le site des festivités du 400e. Avec un batteur, un bassiste, un claviériste et des enregistrements pour remplacer la vingtaine de musiciens qui ont collaboré à son disque, L'Hiver peul. Il participera aussi au spectacle de Grand Corps Malade dimanche à Québec. Sur son album, les deux amis interprètent ensemble la magnifique pièce Au bout du 6e silence.
«Au bout du 6e silence / J'ai vu le rang de devant trembler de froid / Envoûté par l'encre gravée de nos timbres de voix / Pour que le dernier silence se fasse / Dis-leur qu'il faudra éteindre deux fois.»
Sorti l'an dernier, cet album — son premier — semble avoir été écrit au fin fond du Sénégal tant la culture peule y est présente. Assez du moins pour que le Festival d'été s'y méprenne, lui qui annonce dans son programme un artiste sénégalais.
Souleymane Diamanka est pourtant français. Comme tant d'autres fils d'immigrés, il a grandi dans une banlieue, mais avec ceci de particulier que papa était en quelque sorte «slameur» avant l'heure. Craignant de voir ses enfants oublier la langue peule, le monsieur leur enregistrait des légendes sur des cassettes. Trente ans plus tard, son fils demandait au griot de leur village natal (poète et conteur dans la tradition peule) de poser sa voix sur son premier album dans une pièce intitulée Moment d'humanité.
Il nous raconte: «J'ai eu la chance qu'il soit en Europe quand j'ai enregistré mon album. Comme mon père l'avait connu enfant, il est venu le saluer à Bordeaux. Moi, je l'ai intercepté à Paris, je lui ai demandé de venir écouter ce que je faisais. Il est venu avec sa famille et ses instruments. C'était magique. Parce qu'il ne parle pas français, il m'a dit qu'il ne comprenait pas ce que je disais mais qu'il le ressentait. Dans sa famille, ils sont griots depuis 17 générations. Il a dit aussi qu'enterrer l'art oratoire, c'est comme enterrer une ombre.»
Fasciné par le maniement de la langue, Diamanka est réputé pour ses prouesses techniques, la complexité de ses rimes et de ses palindromes (mots qu'on peut lire dans les deux sens). Il prétend retrouver dans ces jeux une complexité similaire à celle de sa langue maternelle.
Le français n'est certes pas sa première langue, mais il l'a rendu studieux. «Mon père m'a toujours dit que chez les Peuls, c'est un signe d'hospitalité quand on a un invité que de lui parler dans sa langue. Il m'a toujours invité à parler le plus de langues possible parce qu'il dit qu'une langue, ça véhicule un raisonnement.»
Il ajoute que ses nombreux bagages l'ont «poussé à faire des traductions, à mêler des expressions que j'entendais à la maison, celles de la maison et de l'école. Il y avait une poésie déjà qui est née de ça. Après, je n'ai fait que creuser.»
Puis il découvre Brel et Les Fleurs du mal, de Baudelaire. «C'est un livre très, très sombre, je ne sais pas s'il faut mettre ça entre les mains d'un élève de l'école primaire... Mais j'ai appris que la beauté, on pouvait en parler juste en soulignant son absence.»
Enfin, un professeur l'a encouragé. «Il me disait que la poésie, c'était comme faire des noeuds dans les phrases. Ensuite, tu invites le lecteur à défaire les noeuds pour qu'il y ait un échange. Ce n'est pas vraiment que les gens vont trouver ça beau, mais il y aura de la place pour leurs mots entre les tiens et c'est ça, la poésie.»
Quand il regarde la crise des banlieues, il constate surtout le manque de mots. «Moi, j'ai eu la chance de tomber sur des gens qui avaient les mots, qui m'ont expliqué que les mots, c'est une liberté. Du moment que tu arrives à nommer ta douleur, c'est plus facile de la soigner.»
Comme il le «slame» dans la pièce Moment d'humanité: «Le griot et ses textes, c'est l'architecte et ses maçons / Et quand se dressent les murs de l'imagination / Même la misère a ses moissons.»
À Québec: - Ce soir à la place d'Youville à 19h30
- Demain à la Grande Place de l'Espace 400e à 20h
À Montréal: Lundi à 21h au Club Balattou (Nuits d'Afrique)
Québec — Encore une de ces entrevues qu'on regrette de ne pas avoir faite à la radio. À l'autre bout du fil, la voix de Souleymane Diamanka est une caresse pour les oreilles. En plus, il commence en nous faisant des compliments. «C'est la toute première fois que je viens à Québec. Je crois que c'est un passage obligatoire pour les artistes francophones», dit-il. «Je suis vraiment honoré d'être invité pour les 400 ans de Québec parce que pour moi, ça représente quelque chose. Étant donné que je suis francophone sans que le français soit ma langue natale, j'ai un rapport admiratif à cette langue et j'ai vu qu'au Québec aussi ils défendaient la langue française, alors c'est important pour moi d'aller présenter mes poèmes là-bas.»
L'artiste bordelais de 34 ans doit se produire au Festival d'été, mais également sur le site des festivités du 400e. Avec un batteur, un bassiste, un claviériste et des enregistrements pour remplacer la vingtaine de musiciens qui ont collaboré à son disque, L'Hiver peul. Il participera aussi au spectacle de Grand Corps Malade dimanche à Québec. Sur son album, les deux amis interprètent ensemble la magnifique pièce Au bout du 6e silence.
«Au bout du 6e silence / J'ai vu le rang de devant trembler de froid / Envoûté par l'encre gravée de nos timbres de voix / Pour que le dernier silence se fasse / Dis-leur qu'il faudra éteindre deux fois.»
Sorti l'an dernier, cet album — son premier — semble avoir été écrit au fin fond du Sénégal tant la culture peule y est présente. Assez du moins pour que le Festival d'été s'y méprenne, lui qui annonce dans son programme un artiste sénégalais.
Souleymane Diamanka est pourtant français. Comme tant d'autres fils d'immigrés, il a grandi dans une banlieue, mais avec ceci de particulier que papa était en quelque sorte «slameur» avant l'heure. Craignant de voir ses enfants oublier la langue peule, le monsieur leur enregistrait des légendes sur des cassettes. Trente ans plus tard, son fils demandait au griot de leur village natal (poète et conteur dans la tradition peule) de poser sa voix sur son premier album dans une pièce intitulée Moment d'humanité.
Il nous raconte: «J'ai eu la chance qu'il soit en Europe quand j'ai enregistré mon album. Comme mon père l'avait connu enfant, il est venu le saluer à Bordeaux. Moi, je l'ai intercepté à Paris, je lui ai demandé de venir écouter ce que je faisais. Il est venu avec sa famille et ses instruments. C'était magique. Parce qu'il ne parle pas français, il m'a dit qu'il ne comprenait pas ce que je disais mais qu'il le ressentait. Dans sa famille, ils sont griots depuis 17 générations. Il a dit aussi qu'enterrer l'art oratoire, c'est comme enterrer une ombre.»
Fasciné par le maniement de la langue, Diamanka est réputé pour ses prouesses techniques, la complexité de ses rimes et de ses palindromes (mots qu'on peut lire dans les deux sens). Il prétend retrouver dans ces jeux une complexité similaire à celle de sa langue maternelle.
Le français n'est certes pas sa première langue, mais il l'a rendu studieux. «Mon père m'a toujours dit que chez les Peuls, c'est un signe d'hospitalité quand on a un invité que de lui parler dans sa langue. Il m'a toujours invité à parler le plus de langues possible parce qu'il dit qu'une langue, ça véhicule un raisonnement.»
Il ajoute que ses nombreux bagages l'ont «poussé à faire des traductions, à mêler des expressions que j'entendais à la maison, celles de la maison et de l'école. Il y avait une poésie déjà qui est née de ça. Après, je n'ai fait que creuser.»
Puis il découvre Brel et Les Fleurs du mal, de Baudelaire. «C'est un livre très, très sombre, je ne sais pas s'il faut mettre ça entre les mains d'un élève de l'école primaire... Mais j'ai appris que la beauté, on pouvait en parler juste en soulignant son absence.»
Enfin, un professeur l'a encouragé. «Il me disait que la poésie, c'était comme faire des noeuds dans les phrases. Ensuite, tu invites le lecteur à défaire les noeuds pour qu'il y ait un échange. Ce n'est pas vraiment que les gens vont trouver ça beau, mais il y aura de la place pour leurs mots entre les tiens et c'est ça, la poésie.»
Quand il regarde la crise des banlieues, il constate surtout le manque de mots. «Moi, j'ai eu la chance de tomber sur des gens qui avaient les mots, qui m'ont expliqué que les mots, c'est une liberté. Du moment que tu arrives à nommer ta douleur, c'est plus facile de la soigner.»
Comme il le «slame» dans la pièce Moment d'humanité: «Le griot et ses textes, c'est l'architecte et ses maçons / Et quand se dressent les murs de l'imagination / Même la misère a ses moissons.»
À Québec: - Ce soir à la place d'Youville à 19h30
- Demain à la Grande Place de l'Espace 400e à 20h
À Montréal: Lundi à 21h au Club Balattou (Nuits d'Afrique)
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