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Donner un sens à notre fête

Lettre à Félix Leclerc

Yvan Giguère - Fondateur de la Journée de l'Hymne au printemps et du Concours national de paroliers de langue française. Le 17 juin 2008  18 juin 2008  Actualités culturelles
Déjà 20 ans que tu es mort, Félix, mais pour moi et bien du monde, tu es toujours bien vivant dans l'espace et dans le temps. Avec ton souffle offert à tous les vents et ta guitare de conquérant, tu es enraciné comme un arbre; les bras nus et le front dans la lumière. Tu cultivais l'amour du peuple québécois dans les jardins de l'île d'Orléans et le 24 juin, lors de notre Fête nationale des Québécois, je vais penser bien fort à toi.

Plus qu'un symbole, tu es comme une âme chaleureuse qui nous accompagne et qui nous montre les petits chemins de traverse qui nous mènent à la rivière, là où les crapauds chantent la liberté. Le bonheur n'est jamais très loin avec toi.

Tu sais, Félix, je suis un tantinet maussade. En dehors du contexte politique, j'aimerais tellement que nous ayons cette fierté toute simple d'être nous-mêmes, riches de notre histoire, de nos racines et de notre belle langue française. Je voudrais tant que notre Fête nationale n'en soit pas une où, chaque 24 juin, on ne fait que se racheter en inondant nos radios de chansons québécoises. Et c'est bien dommage que ce soit seulement lors de cette fête que nous ayons la chance de vraiment t'entendre chanter, toi Félix, Vigneault, Lévesque et d'autres grands de notre chanson. Il me semble qu'on devrait avoir un peu plus de respect pour ceux qui ont fait naître la chanson québécoise.

On devrait obliger nos radios commerciales à respecter un certain quota de diffusion des grands classiques de notre chanson que vous avez eu le génie de créer. Faut dire que ces dites radios ont déjà grand peine à respecter convenablement les quotas fixés à 60 % de diffusion de chanson francophone. Mais tu vois, je crois que si on avait un peu plus de reconnaissance et de respect à l'égard de notre chanson et de notre langue, on se sentirait peut-être un peu moins cons d'agiter nos drapeaux bleus dans le vent tous les 24 juin. Histoire de redonner un véritable sens à notre fête. Mais je crois bien et j'espère qu'on ne manquera pas de souligner, lors de cette fête, le fait que cela fait 20 ans que tu nous a quitté. Une belle occasion de mettre en valeur le précieux héritage que tu nous as légué et l'amour que tu portais au peuple québécois.

Mes salutations, Félix.
 
 
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