Sur la route des vacances
Une école s'est établie au tournant du chemin du fleuve
Photo: Marie-Andrée Doran
Avant, c'était le 24 juin. L'école avait pris fin. Les beaux jours étaient enfin là: le moment était même venu de planter les tomates. Et ce soir-là, au long du fleuve, et plus loin encore à l'intérieur des terres, les feux de joie s'allumaient. Au Québec, la Saint-Jean annonçait l'arrivée du temps chaud.
Pierre Bourgault-Legros, un des fils de la célèbre famille de sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli et lui-même sculpteur, aime rappeler l'anecdote. Juin venu, dans les années 50 et encore au début de la décennie suivante, la septième du précédent siècle, tous étaient fébriles.
En ce mois de juin, chez les sculpteurs, comme pour toute leur progéniture, quitte pour les plus jeunes à faire faux bond à la «maîtresse», on mettait la main à la finition des dernières pièces. Les «grands jours» pointaient alors à l'horizon.
Puis passaient les grosses voitures noires, d'où débarquaient, dans les boutiques de ce petit village sis le long du fleuve, dames imposantes et personnalités publiques (le premier ministre du Canada, le Très Honorable Louis Saint-Laurent, se comptait parmi ceux-là). Une année d'efforts allait être enfin monnayée, car, après les «personnalités», les autres, les Québécois, les Canadiens, les Américains, tous allaient suivre le même parcours, qui menait, pour les premiers, à Notre-Dame-du-Portage et, pour les autres, à la Gaspésie touristique. Ces jours qui encadraient la fête nationale du Canada français signifiaient le passage d'une saison à une autre.
La parenthèse estivale allait être fermée lors du passage, en direction opposée, des mêmes voitures. C'était alors la Fête du travail: le temps du retour en classes était venu.
Temps de festivals
La vie québécoise fut longtemps marquée d'un rythme simple. Pour un grand nombre, le temps de travail ne subissait qu'une brève interruption: ces deux semaines qui étaient celles des vacances. Bien sûr, les nantis avaient deux résidences: la maison familiale et le chalet trois-saisons. Ils constituaient toutefois, ces gens, de la société d'alors l'exception. Quant aux autres, normalement, on travaillait et, trop brièvement, on ne faisait rien, ou si peu.
S'il faut chercher le moment où tout cela prit fin, la date-butoir est vite trouvée. Les Montréalais d'abord, les autres par la suite, virent l'ordinaire transformé par une aventure extraordinaire. Les gens en vinrent même à quitter les balcons pour «plonger» dans le fleuve en se rendant dans les îles.
La révolution estivale eut lieu en cette année 1967. Une exposition universelle mettait l'extraordinaire au calendrier. Et, depuis ce jour, le besoin de la fête collective est devenu une nécessité.
Tout le Québec est devenu une terre de festivals. La musique se fait ainsi entendre en Lanaudière, en Estrie, en Charlevoix, en les Laurentides et plus que jamais à Montréal et à Québec.
Vivre en d'autres jardins
Mais la route du fleuve n'est pas pour autant abandonnée. Si on s'arrête encore à Saint-Jean-Port-Joli, on s'arrête aussi ailleurs. Pour certains, le voyage prend fin à Beaumont, car pour une soirée ils et elles vont au théâtre. Et cette année, à Beaumont-Saint-Michel, c'est du Tremblay qui leur est offert: le théâtre d'été s'alimente aussi aux textes des dramaturges de la récente tradition québécoise.
D'autres vont cependant plus loin. Car il y a à voir à Rimouski comme au Bic. Et, pour qui le connaît, le Festival international des jardins de Métis vaut à lui seul le voyage. Cette année, ce grand rassemblement horticole, sous le thème du jeu, réunit 40 sculpteurs qui proposent 13 installations éphémères, du jardin de la «Poule Mouillée!», avec ses 66 arrosoirs de jardin rassemblés sous un mode chorégraphique, au Terrain de jeu géant dont on comptera les 100 sapins.
Et la route ne s'arrête pas là, et plus d'un la parcourt. Cette année encore, l'université Laval l'emprunte donc pour s'arrêter une autre fois à la Villa James. Car, l'été venu, c'est le temps de l'École internationale d'été de Percé, et ce, pour toute la période des «vacances», du 23 juin au 31 août. Les cours donnés y sont de haut vol, même s'ils n'empêchent en rien de jouir de l'air de la mer et de la majesté du paysage.
L'été venu, le Québec est plus qu'un long fleuve «tranquille». Et les feux de la Saint-Jean portent beaucoup plus loin que la lueur donnée par l'éclairage d'un seul soir.
Pierre Bourgault-Legros, un des fils de la célèbre famille de sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli et lui-même sculpteur, aime rappeler l'anecdote. Juin venu, dans les années 50 et encore au début de la décennie suivante, la septième du précédent siècle, tous étaient fébriles.
En ce mois de juin, chez les sculpteurs, comme pour toute leur progéniture, quitte pour les plus jeunes à faire faux bond à la «maîtresse», on mettait la main à la finition des dernières pièces. Les «grands jours» pointaient alors à l'horizon.
Puis passaient les grosses voitures noires, d'où débarquaient, dans les boutiques de ce petit village sis le long du fleuve, dames imposantes et personnalités publiques (le premier ministre du Canada, le Très Honorable Louis Saint-Laurent, se comptait parmi ceux-là). Une année d'efforts allait être enfin monnayée, car, après les «personnalités», les autres, les Québécois, les Canadiens, les Américains, tous allaient suivre le même parcours, qui menait, pour les premiers, à Notre-Dame-du-Portage et, pour les autres, à la Gaspésie touristique. Ces jours qui encadraient la fête nationale du Canada français signifiaient le passage d'une saison à une autre.
La parenthèse estivale allait être fermée lors du passage, en direction opposée, des mêmes voitures. C'était alors la Fête du travail: le temps du retour en classes était venu.
Temps de festivals
La vie québécoise fut longtemps marquée d'un rythme simple. Pour un grand nombre, le temps de travail ne subissait qu'une brève interruption: ces deux semaines qui étaient celles des vacances. Bien sûr, les nantis avaient deux résidences: la maison familiale et le chalet trois-saisons. Ils constituaient toutefois, ces gens, de la société d'alors l'exception. Quant aux autres, normalement, on travaillait et, trop brièvement, on ne faisait rien, ou si peu.
S'il faut chercher le moment où tout cela prit fin, la date-butoir est vite trouvée. Les Montréalais d'abord, les autres par la suite, virent l'ordinaire transformé par une aventure extraordinaire. Les gens en vinrent même à quitter les balcons pour «plonger» dans le fleuve en se rendant dans les îles.
La révolution estivale eut lieu en cette année 1967. Une exposition universelle mettait l'extraordinaire au calendrier. Et, depuis ce jour, le besoin de la fête collective est devenu une nécessité.
Tout le Québec est devenu une terre de festivals. La musique se fait ainsi entendre en Lanaudière, en Estrie, en Charlevoix, en les Laurentides et plus que jamais à Montréal et à Québec.
Vivre en d'autres jardins
Mais la route du fleuve n'est pas pour autant abandonnée. Si on s'arrête encore à Saint-Jean-Port-Joli, on s'arrête aussi ailleurs. Pour certains, le voyage prend fin à Beaumont, car pour une soirée ils et elles vont au théâtre. Et cette année, à Beaumont-Saint-Michel, c'est du Tremblay qui leur est offert: le théâtre d'été s'alimente aussi aux textes des dramaturges de la récente tradition québécoise.
D'autres vont cependant plus loin. Car il y a à voir à Rimouski comme au Bic. Et, pour qui le connaît, le Festival international des jardins de Métis vaut à lui seul le voyage. Cette année, ce grand rassemblement horticole, sous le thème du jeu, réunit 40 sculpteurs qui proposent 13 installations éphémères, du jardin de la «Poule Mouillée!», avec ses 66 arrosoirs de jardin rassemblés sous un mode chorégraphique, au Terrain de jeu géant dont on comptera les 100 sapins.
Et la route ne s'arrête pas là, et plus d'un la parcourt. Cette année encore, l'université Laval l'emprunte donc pour s'arrêter une autre fois à la Villa James. Car, l'été venu, c'est le temps de l'École internationale d'été de Percé, et ce, pour toute la période des «vacances», du 23 juin au 31 août. Les cours donnés y sont de haut vol, même s'ils n'empêchent en rien de jouir de l'air de la mer et de la majesté du paysage.
L'été venu, le Québec est plus qu'un long fleuve «tranquille». Et les feux de la Saint-Jean portent beaucoup plus loin que la lueur donnée par l'éclairage d'un seul soir.
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