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Ombres chinoises

«La Chine n'a pas changé, c'est encore un pays totalitaire.» C'est dans ces mots certes un peu sommaires que le dramaturge Robert Lepage décrit un pays pour lequel il se passionne depuis longtemps. Dans sa dernière pièce, Le Dragon bleu, dont la première mondiale avait lieu mardi à Châlon-en-Champagne, il nous présente une Chine à la fois moderne sur le plan des techniques mais souvent encore totalitaire sur le plan des idées. Une Chine inquiétante où l'art moderne fleurit mais qui détruit ses quartiers traditionnels, qui déplace des populations entières et où les cliniques d'avortement sont plus nombreuses que les McDo.
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  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 25 avril 2008 07h57
    Chinoiseries.
    « Si on regarde d'un peu plus près les auteurs Vernes, Zamiatine, Wells, Orwell, Cox, on comprend qu'ils décrivent plus notre civilisation occidentale dans le sens du poil totalitaire plutôt que celle de la Chine. Si la Chine a fait entre autre la révolution populaire, c'est parce qu'elle mourait de faim et était exterminée par les seigneurs de la guerre (sans compter les nations colonialistes occidentales). Ça ne fait pas beaucoup d'année que Lepage étudie la Chine, il y en a d'autres qui le font depuis plus de 50 ans. Ce qu'il nous dit ressort de lieux communs d'une pensée commune, i.e. unique. Il faut lire les chinois eux-mêmes notamment Liang Shuming. Il n'y a pas plus chinois que ça, tu meurs. Sur le versant organique de la Chine, voir et relire Cao Xueqin et François Jullien et Victor Segalen ou Chen Fou ou Lao She, Li Yi-Chan, Confucius, Le Yi King, Tchouang Tseu pour comprendre la pensée de Mao avec son intéressant Livre rouge. C'est un magnifique manifeste de l'art. Cela va paraître prétentieux cette liste d'auteurs mais il me semble que ça nous aiderait à être ouvert au monde. Évidemment, elle n'est pas exhaustive.
    Donc, la vie totalitaire est plus proche de nous que de la Chine. Elle pense et agit autrement et il faudrait nous la décrire dans sa perspective pour mieux être ouvert à elle et mieux l'étudier et la comprendre. Actuellement en France à propos de l'exposition consacrée à André Zucca, « Des parisiens sous l'occupation » où on voit Paris rire et danser en couleur, insouciante apparemment de l'horreur de la guerre alentour, un député socialiste veut en interdire l'accès et fermer cette exposition. N'est-ce pas stalinien te donc totalitaire comme comportement? Il y a beaucoup de réactions en France qui vont dans ce sens, une dénonciation de la pensée unique, celle résidant dans la tentation à la moraline que tout journaliste « branché » expose tant bien que mal chaque jour à chaque page.
    Et puis heureusement pour nous que la Chine soit « totalitaire » avec son 1.6 millions de prisonniers de droit commun pour une population 4 fois plus importante que les USA où nous avons 2.3 millions de prisonniers de droit commun (Il est vrai que l'Occident est égalitaire et non totalitaire). Au moment où sont apparus les panneaux « publicitaires » du stalinisme avec son réalisme socialiste, les « attractions visuelles » (les réclames d'alors, la pub d'aujourd'hui) comme le disait si bien une grande poète russe (ce qui l'ennuyait d'ailleurs car elle y voyait une atteinte à la liberté de conscience de chaque être humain et surtout celle de son fils en premier lieu), la Chine luttait pour survivre. La Chine nous aide dans l'exploitation que nous faisons d'elle certes mais nous l'exploitons. La Chine est notre usine à esclaves par la délocalisation et nous savons que le prix d'un soutien-gorge « made in China » en France correspond au salaire mensuel d'une chinoise qui le fabrique dans des conditions lamentables et sans droit. Ça ni vous ni Lepage ne le dénonce. Le boycottage des jeux est une hypocrisie car c'est le boycottage des produits « made in China » qu'il faudrait faire pour que la Chine ne soit plus exploitée par nous tous, vous et moi, et qu'elle puisse devenir par cette pression, démocratique. Non, les athlètes doivent malgré les camps politiques aller courir et courir et courir pour des médailles sur une terre où femmes, enfants, hommes dignes de courage sont tués pour leurs idées de bonheur et de liberté. « Ne pas pénaliser les athlètes » écrivez-vous alors que vous dénoncez l'enfer vous voulez qu'ils aillent s'y amuser pour l'horrible principe de compétition du « marche ou crève » occidental? De ce principe même qui fait que nous exploitons et mettons en état d'esclave ce peuple pour nos produits « Made in China »? Vous semblez très cohérent avec votre propos et les dirigeants totalitaires chinois en sont amplement satisfaits. »

  • Fabienne Desbiens
    Abonnée
    vendredi 25 avril 2008 09h09
    Embeded?
    « M. Rioux, avez-vous attrapé la maladie des Français? La langue française est pourtant bien assez riche pour que vous y trouviez le mot juste... vous en êtes sûrement capable. »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 25 avril 2008 09h58
    Le courage de la vérité
    « M. Rioux, c'est avec grande justesse que vous écrivez ceci : «D'Aragon à Noam Chomsky, les intellectuels ont toujours eu plus d'indulgence à l'égard du totalitarisme de gauche que du totalitarisme de droite.» La voilà la vraie raison de tous ces aveuglements occidentaux à propos des exactions de la dictature chinoise. «Certes, la Chine peut évoluer positivement», écrivez-vous en début de conclusion. Mais pour ajouter qu'«on a raison de s'inquiéter.» vous commencez votre chronique en citant Robert Lepage : «La Chine n'a pas changé, c'est encore un pays totalitaire.» Je suis du même avis que lui et vous.

    Attendez-vous cependant, M. Rioux, à recevoir une volée de bois vert de la part des dénigreurs inconditionnels de tout ce qui pourrait laisser entendre que ce ne sont peut-être pas les USA les pires dictateurs sanguinaires de la planète.

    Mais bien que d'accord sur votre diagnostique de la situation, je ne peux partager votre appui au boycott des cérémonies suggéré par Sarkosy. D'abord parce que le mot d'ordre ne serait que très peu suivi par d'autres pays. Ensuite et surtout parce que ce n'est pas la bonne façon de faire réfléchir les dirigeants chinois ni les centaines de millions de citoyens chinois qui les soutiennent dans cette aventure tibétaine. Non pas parce qu'il faudrait les ménager, les pauvres, mais bien parce qu'ils sont de plus en plus forts et riches, et qu'ils savent trop bien que les humiliations d'apparat n'empêcheront aucunement les entreprises de s'empresser d'aller faire des affaires avec eux. C'est là qu'il faudrait frapper : cesser d'utiliser leur main d'oeuvre à bon marché pour inonder nos comptoirs de produits «made in China». Mais cela, tout le monde sait bien que personne ne s'y résoudra s'il a l'occasion d'aller faire ses courbettes au pays de l'avenir (!). Mais quel avenir, grands dieux, nous préparent tous ces inconscients, «innocents» encore pires que ne l'étaient Trudeau et Hébert au temps de la gauche à gogo ?

    Entendons-nous bien : je ne suis surtout pas de droite, du moins pas de celle de Dumont, de Bush ou de Harper. Mais il y a des limites à se cacher la tête dans le sable pour ne pas voir le danger que représente pour nos démocraties cette dictature aussi forte en nombre qu'en puissance tant économique que militaire. Oui, la Chine peut évoluer positivement. Ce qu'elle n'arrivait pas à faire - nourrir son peuple - au moment où Trudeau et Hébert chantaient ses louanges, voilà qu'elle y arrive avec grande efficacité, surtout depuis que les Occidentaux se précipitent chez elle pour faire des profits aux dépens de nos propres travailleurs.

    Le problème ne réside pas dans une quelconque mauvaise volonté des Chinois. Non, il est plutôt structurel : il réside dans la vitesse inouïe de leur développement économique, et dans les conséquences dramatiques qui s'ensuivront à moyenne échéance. Pour le moment, la conséquence visible, c'est la perte d'emplois en Occident. Mais comment imaginer les centaines de millions de nouveaux propriétaires de véhicules motorisés, sans augurer pour demain un smog tel qu'il s'étendra sur toute la planète ? Les Chinois auraient les moyens de contrer la pollution. Les prendront-ils ? Souhaitons-le. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir clairement que ce n'est pas la direction qu'ils prennent actuellement. Même sans posséder toutes les informations détaillées sur la Chine actuelle, nous pouvons à notre tour avoir, tout comme M. Rioux, le courage de la vérité. »

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