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Forum des présidents - L'investissement artistique est nécessaire pour garantir l'avenir du Montréal économique

L’année dernière, Florence Junca-Adenot a reçu le Prix Arts-Affaires 2007 en raison de son soutien continu à l’Agora de la danse. Le prix lui a été remis par Isabelle Hudon, présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Photo : Pascal Ratthé
L’année dernière, Florence Junca-Adenot a reçu le Prix Arts-Affaires 2007 en raison de son soutien continu à l’Agora de la danse. Le prix lui a été remis par Isabelle Hudon, présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
La liaison entre le milieu des arts et celui des affaires a longtemps été perçue au Québec comme une relation amour-haine. Depuis novembre, le Forum des présidents, qui regroupe une quarantaine de dirigeants des conseils d'administration d'organismes artistiques montréalais, oeuvre à instaurer un dialogue franc entre les deux secteurs.

«Le défi, c'est d'arriver à inscrire la culture en tête de liste des domaines à appuyer par les dirigeants d'affaires sans générer la crainte chez les artisans que cela vienne dénaturer l'art», explique Isabelle Hudon, présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui était présente à la réunion d'inauguration du Forum.

«Cela a été un tabou durant plusieurs années, mais depuis le Rendez-vous Montréal, métropole culturelle, où il y a eu un échange honnête sur les objectifs et les inquiétudes des deux secteurs, j'ai senti un véritable changement d'attitude ainsi qu'un désir de collaboration.»

Une suite au sommet

Le Forum des présidents a été lancé l'automne dernier lors du sommet Montréal, métropole culturelle. Chapeauté par le Conseil des arts de Montréal, il se réunit périodiquement avec l'objectif de stimuler la contribution du secteur privé — mécénat et commandites — au développement culturel.

De gros noms y siègent. Denise Robert, Hélène Desmarais, Louise Duceppe, Pierre Lampron et Stanley Péan participent à ce qui se veut l'embryon d'un conseil montréalais des arts et des affaires. De l'Opéra de Montréal au Centre canadien d'architecture en passant par l'OSM et le Théâtre Denise-Pelletier, la plupart des grands organismes culturels y sont représentés.

«On veut incarner une force collective pour inciter les autres gens d'affaires à s'engager», explique Florence Junca-Adenot de l'Agora de la danse. «Je suis de celles qui pensent que les arts ont besoin des entreprises et les entreprises, des arts. Sur la scène internationale, par exemple, nos artistes servent de bougies d'allumage. Quand vient le moment où les compagnies partent en tournée, la "qualité" québécoise est déjà reconnue.»

Le Forum permet également l'échange d'expériences. «On est souvent isolé dans nos organismes», affirme Marcel Côté de la Compagnie Marie Chouinard. «C'est le "fun" de rencontrer d'autres entrepreneurs et bénévoles qui soutiennent les arts. Ça nous permet d'échanger des bonnes pratiques et d'élaborer des initiatives communes, en ce qui a trait au financement, notamment.»

Pour que les francophones montréalais s'engagent

Selon Isabelle Hudon, la culture du mécénat est une pratique qui est encore en train de se développer dans la Belle Province. «Les Québécois et les Montréalais sont des gens très généreux, croit-elle. Mais la philanthropie est surtout effectuée dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la religion. Il faut réussir à créer un sentiment d'urgence pour que la culture devienne une priorité.»

Florence Juncat-Adenot, qui a reçu le Prix Arts-Affaires pour la création d'un fonds de dotation destiné à la création en danse contemporaine, abonde dans le même sens. «On a des croûtes à manger pour rattraper le milieu anglophone, dit-elle. Les entreprises doivent saisir que ce sont les artistes qui donnent une vitalité à la métropole. Leurs commandites ne relèvent pas de l'altruisme, ce sont des investissements.»

La participation du milieu des affaires serait donc cruciale pour hisser Montréal au sommet du palmarès des grandes métropoles culturelles. «L'avenir de Montréal s'inscrit dans l'avenue culturelle, soutient Isabelle Hudon. Pour que la ville se développe, il faut qu'elle se trouve une niche d'exception. À cet effet, la culture, c'est gagnant!»

La Chambre de commerce oeuvre d'ailleurs à dresser une liste de gens d'affaires et d'entreprises prêts à contribuer. «On a toujours tenu pour acquis que c'était au secteur public de financer les arts. Mais cette responsabilité revient également au secteur privé. Pour que la culture devienne un domaine névralgique, il y a beaucoup de sensibilisation à faire.»

Et le public?

Malgré sa sollicitation active du milieu privé, le Forum des présidents ne milite pas pour autant en faveur d'un désengagement du secteur public. La position officielle du Forum stipule que, sans une injection de nouveaux fonds publics destinés aux créateurs et aux diffuseurs, Montréal ne pourra pas atteindre son positionnement comme ville créative et métropole culturelle distincte.

Florence Juncat-Adenot salue d'ailleurs l'initiative «Placement culture» du gouvernement du Québec, qui ajoute des subventions de contrepartie aux contributions et aux dons recueillis par les organismes culturels. «C'est une initiative brillante, affirme-t-elle. Et c'est très motivant, surtout pour les plus petits organismes qui recueillent moins d'argent.»

Marcel Côté est du même avis. «Les grands organismes comme l'OSM ou le Musée des beaux-arts sont des véritables machines de levée de fonds, ils amassent des millions en dons chaque année. Cette initiative permet de bonifier le financement des milieux d'avant-garde.»

L'art, un partenariat public-privé nouveau genre? «Les mécènes existent depuis que l'art existe, dit Isabelle Hudon. Ce ne sont pas que les millionnaires et les grosses entreprises qui ont le devoir de contribuer. Tous, nous avons les moyens d'être mécènes en culture. Ce n'est pas le nombre de zéros qui est important, mais que ça devienne une valeur sociale», conclut-elle.

Collaboratrice du Devoir






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