vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 01h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Fin de partie pour Gary Gygax

Le créateur de Donjons et Dragons s'éteint à l'âge de 69 ans

La partie vient de se terminer pour le créateur du célèbre jeu de rôles Donjons et Dragons. Après avoir marqué deux générations de jeunes joueurs avec ses «royaumes oubliés» peuplés d'elfes, d'orques, de voleurs et de magiciens, inspirant au passage plusieurs auteurs et créateurs de jeux vidéo dans le monde, Gary Gygax a épuisé les derniers points de vie qu'il lui restait mardi soir au terme d'une longue maladie dans sa résidence de Lake Geneva, au Wisconsin. En âge, il avait atteint le niveau 69.

Fils d'un immigrant suisse, Ernest Gary Gygax de son vrai nom est à l'origine du phénomène mondial et épidémique des jeux de rôles, qu'il a amorcé en publiant avec son collègue Dave Arneson la première édition de Donjons et Dragons (D&D pour les intimes). C'était en 1974, au sein de la maison d'édition Tactical Studies Rules (TSR), qu'il avait fondée un an plus tôt avec son ami Don Kaye.

Dans l'esprit des jeux de guerre, les kriegspiele utilisés par les militaires pour simuler des combats sur table, ainsi que des «histoires créatives» grandeur nature élaborées par la Society for Creative Anachronism de la Californie à la fin des années 60, ce premier jeu de rôles commercial met à profit l'imagination de ceux qui s'y frottent en les menant à inventer des personnages et des aventures fantastiques dans des mondes irréels avec, comme seuls outils, une tablette de papier, une fiche de personnages, un crayon et une série de dés polyédriques.

Le décor médiéval et fantastique posé par Gygax, librement inspiré de celui du Seigneur des anneaux de John Ronald Reuel Tolkien, autre pièce maîtresse de la culture adolescente en Europe et en Amérique du Nord, contribue très vite à la popularité de ce jeu qui, dans les années 70 et 80, se répand dans les salons et les associations d'étudiants. Au grand bonheur de nombreux joueurs, majoritairement de jeunes hommes, prêts à rester plus de 24 heures d'affilée autour d'une table, face à un maître de jeu impartial, pour améliorer les compétences de crochetage, de déplacement silencieux ou d'évasion de leur personnage, entre autres facultés extraordinaires.

«C'est un jeu toujours très populaire», a indiqué hier au Devoir Alex Seliger, responsable des jeux de rôles dans un commerce spécialisé de Montréal. «En fait, il est même plus populaire aujourd'hui que dans les années 80, et ce, certainement en raison de la trilogie du Seigneur des anneaux [les films de Peter Jackson sortis au cours des dernières années], qui a relancé l'intérêt pour Donjons et Dragons chez les 15 à 25 ans.»

Un univers contagieux

Incontournable chez les adolescents attirés par les mondes fantastiques, les histoires de hobbits et le romantisme idéalisé du Moyen Âge, la création ludique de Gygax (dont les 1000 premiers exemplaires, assemblés à la main, se sont vendus en à peine neuf mois en 1974) a également inspiré tout un éventail d'autres jeux de rôles, par exemple RuneQuest en 1978, Stormbringer en 1981, ElfQuest en 1984, GURPS en 1986 ou encore Bloodlust au début des années 90.

En plus d'habiter plusieurs jeux vidéo, dont Halo 3 de Microsoft, ces terres lointaines foulées par des princesses, des brigands, des hommes ailés et d'autres créatures mi-humaines mi-bêtes se sont aussi retrouvées en 2000 et 2005 au coeur de deux adaptations cinématographiques, plus ou moins convaincantes, sous la direction de Courtney Solomon. Jeremy Irons, Bruce Payne et Thora Birch y campaient les personnages clefs de cet univers imaginé par un homme qui «vivait dans un état d'hébétude, tout particulièrement quand il créait un monde nouveau», a indiqué cette semaine son épouse, Gail Carpenter.

Icône malgré lui de deux générations de joueurs, Gygax, qui ne rechignait pas à porter des chemises hawaïennes, aura été à plusieurs reprises la cible de mouvements conservateurs américains pour l'ensemble de son oeuvre. Le motif? Donjons et Dragons, selon ces groupes, incitait la jeunesse à la dérive, au meurtre, au suicide et aux rituels sataniques en les plongeant dans des mondes libertins où, au moyen de l'imagination, tout était possible.

Les seins nus de jeunes humanoïdes visibles sur la couverture de certains livres de référence de ce jeu ont également été montrés du doigt par des groupes religieux, dont le harcèlement a mené Gygax à faire appel aux services d'un garde du corps pendant quelques années, avait-il confié en 2005 dans une entrevue accordée au site spécialisé GameSpy.

Malgré ces déconvenues avec ce que Nietzsche aurait qualifié de «moraline», Gygax, qui souffrait depuis 2004 d'anévrisme cardiaque incurable, a précisé sa veuve, a toujours eu, à l'image des personnages qu'il a créés, assez de charisme, de sagesse et d'intelligence pour traverser toutes ces tempêtes. Toutefois, il n'aura pas eu assez de points de force et surtout de points de vie pour assister au lancement de la quatrième version de Donjons et Dragons, que la compagnie Wizards of the Coast, désormais propriétaire des droits de ce jeu, se prépare à lancer sur le marché entre juin et août prochains.

L'annonce en a été faite lors de la dernière «Gen Con» (Geneva Convention), tenue en août dernier à Indianapolis, aux États-Unis. Ce célèbre festival du jeu a été créé en 1968 par Gygax lui-même, cet homme de jeux dont la dernière sortie de table risque d'être soulignée lors de la prochaine édition de ce rendez-vous de rôlistes. En grand, comme l'impose l'oeuvre qu'il a léguée cette semaine.

***

Avec l'Agence France-Presse
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Guillaume - Abonné
    6 mars 2008 10 h 14
    Merci
    Merci à Mme Deglise et à l'équipe de direction du Devoir pour cet article, l'un des rares dans les journaux publics à grande diffusion. M. Gygax a, dans l'ombre, eu un impact indéniable sur la culture populaire nord-américaine. Je trouve important que l'avènement de son décès soit souligné. Ceci démontre l'importance de journaux comme le vôtre qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

    Merci encore.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Patrick Beaudry - Inscrit
    6 mars 2008 12 h 54
    Un grand createur
    J"aurais bientot 39 ans et cela fait plus de 22 ans que nous jouont a AD&D, moi et mon groupe.

    Gygax nous a permit et nous permet encore de vivre de grandes aventures, que je compte bien faire vivre aussi a mes fille.

    Meme si nous avons pas vecus nos aventure reellement, nous racontons encore nos explois de jadis.

    Lundi le 10 mars prochain, lors de notre prochaine session de jeux, dans le ciel des terres du coeur, dans le monde de Ravenloft, une nouvelle etoile brillera en l'honneur de ce grand createur.

    Merci Gary.

    Patrick Beaudry
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Basel Al-Kana - Inscrit
    6 mars 2008 14 h 17
    Reposez en Paix, Mr Gygax
    Gary Gygax a eu une influence incroyable sur mon adolescence et sur celle de mes amis proches. Grâce à Donjons & Dragons, nous avons passé la plupart de nos temps libres, entre 13 et 19 ans, à lire, travailler notre imagination et à vivre dans les mondes de rêves que nous avions créés avec les outils qu'il nous a donné. C'est grâce à lui, d'une certaine façon, que tout ce groupe d'amis, moi même inclus, est devenu parfaitement bilingue. En effet, les livres de D&D coûtaient parfois 100% plus cher en français...Je sais, en ces temps de crise identitaire, on dira que c'est un scandale.

    N'empêche que je crois que les jeux de rôles en général, et D&D en particulier, m'ont stimulé l'esprit et m'ont mieux armé pour l'université puisque j'étais habitué de lire beaucoup, et surtout, de lire en anglais. Aussi, ces mondes de rêves que nous visitions semaine après semaine nous ont mis à l'abri de certains abus (alcool, drogues, etc.) pour plusieurs années à un âge où nous étions plus vulnérables.

    Je ne peux que sentir de la tristesse face à la mort d'un homme qui a infuencé plusieurs générations grâce à une activité des plus saines mentalement, soit les jeux de rôles.

    Merci et adieu
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012