Télévision - Une plume pour faire trembler les colonnes du temple
Alors que la grève des scénaristes continuait de ronger le moral et l'économie de Los Angeles — avec des pertes totales estimées à 3,2 milliards —, les producteurs de la soirée des Oscars espéraient un règlement rapide mais se voyaient forcés de prévoir un plan B. Or, sans tapis rouge, sans stars, sans robes de mauvais goût, sans numéros musicaux clinquants, sans remerciements trop longs ou vacheries trop courtes, le «B» de ce plan se résumait toujours à «boring». Et tant qu'à dépenser 50 millions de dollars pour une soirée ayant une incidence directe sur le box-office, mieux vaut qu'elle soit trop longue que réduite à une tristounette conférence de presse.
La catastrophe appréhendée n'aura pas lieu, au grand soulagement de tous, à commencer par les millions de téléspectateurs en manque de strass depuis le rendez-vous raté des Golden Globes en janvier. Et ceux qui avaient aimé son humour pince-sans-rire se réjouiront du retour de Jon Stewart à la barre de la soirée. L'animateur du Daily Show avait cédé sa place à Ellen DeGeneres l'an dernier et, jusqu'à la mi-février, il a sans doute regretté d'avoir accepté de revenir dans cette grosse galère, qui commençait à ressembler aux dernières heures du Titanic.
C'est une tradition incontournable: plus la soirée avance et plus le maître de cérémonie doit s'effacer tout en fouettant les troupes, limitant ainsi les débordements de larmes et de flatteries, au besoin en s'en moquant. De plus, sa présence, si amusante soit-elle, n'est jamais un facteur déterminant pour le succès de l'événement. Ce succès repose en fait sur les 1000 académiciens appelés à sélectionner les premiers de classe. Et d'un point de vue cinéphilique, leurs choix, surtout cette année, sont particulièrement audacieux et inspirants: il n'y a rien de facile et de léger dans des films comme ceux des frères Coen (No Country for Old Men), de Joe Wright (Atonement), ou même dans cette comédie franchement provocante où une adolescente effrontée traîne fièrement sa bedaine de femme enceinte (Juno).
Par contre, levez la main ceux qui ont vu le film exceptionnel de Paul Thomas Anderson, There Will Be Blood. Ne soyez pas mal à l'aise, vous n'êtes pas les seuls. Et c'est bien ce que craignent les bonzes de l'Académie. Encensé par la critique, possiblement le grand vainqueur de la soirée — mon coeur va saigner si ce n'est pas le cas... —, son succès au box-office (environ 26 millions de dollars en Amérique du Nord) prouve qu'il s'agit encore d'un secret bien gardé. L'équation est d'ailleurs simple: plus les films nommés ont obtenu un grand succès avant la remise des Oscars, plus les producteurs se frottent les mains. Et rêvent de reproduire l'état de grâce de Titanic, de James Cameron. Car en 1998, ce n'était pas seulement grâce aux bonnes blagues de Billy Crystal si 55 millions de téléspectateurs avaient contemplé le balayage de cette production à succès (11 prix, dont celui du meilleur film... ). L'an dernier, on se contentait de 39,9 millions de fidèles, rêvant tout haut de voir la fin de l'hémorragie.
La grève des scénaristes américains aura, du moins on le souhaite, une portée pédagogique. Lorsque les téléspectateurs verront défiler le cortège de vedettes ou celui des artisans de l'ombre obtenant quelques secondes de lumière, ils comprendront sans doute que tout ce beau monde a besoin de la plume de milliers d'auteurs pour faire leur travail. De leur côté, les scénaristes se doutaient bien que de s'en prendre à la soirée des Oscars n'aiderait pas leur cause, mais ils ont tout de même réussi à faire trembler les colonnes du temple. Pas mal, comme le disait le coloré Michael Moore, pour «une poignée de gens à qui on cassait la figure à l'université parce qu'ils tenaient leur journal». Deux d'entre eux vont repartir dimanche avec un Oscar sous le bras.
La 80e soirée des Oscars - Le dimanche 24 février -CTV et ABC, 20h30
La catastrophe appréhendée n'aura pas lieu, au grand soulagement de tous, à commencer par les millions de téléspectateurs en manque de strass depuis le rendez-vous raté des Golden Globes en janvier. Et ceux qui avaient aimé son humour pince-sans-rire se réjouiront du retour de Jon Stewart à la barre de la soirée. L'animateur du Daily Show avait cédé sa place à Ellen DeGeneres l'an dernier et, jusqu'à la mi-février, il a sans doute regretté d'avoir accepté de revenir dans cette grosse galère, qui commençait à ressembler aux dernières heures du Titanic.
C'est une tradition incontournable: plus la soirée avance et plus le maître de cérémonie doit s'effacer tout en fouettant les troupes, limitant ainsi les débordements de larmes et de flatteries, au besoin en s'en moquant. De plus, sa présence, si amusante soit-elle, n'est jamais un facteur déterminant pour le succès de l'événement. Ce succès repose en fait sur les 1000 académiciens appelés à sélectionner les premiers de classe. Et d'un point de vue cinéphilique, leurs choix, surtout cette année, sont particulièrement audacieux et inspirants: il n'y a rien de facile et de léger dans des films comme ceux des frères Coen (No Country for Old Men), de Joe Wright (Atonement), ou même dans cette comédie franchement provocante où une adolescente effrontée traîne fièrement sa bedaine de femme enceinte (Juno).
Par contre, levez la main ceux qui ont vu le film exceptionnel de Paul Thomas Anderson, There Will Be Blood. Ne soyez pas mal à l'aise, vous n'êtes pas les seuls. Et c'est bien ce que craignent les bonzes de l'Académie. Encensé par la critique, possiblement le grand vainqueur de la soirée — mon coeur va saigner si ce n'est pas le cas... —, son succès au box-office (environ 26 millions de dollars en Amérique du Nord) prouve qu'il s'agit encore d'un secret bien gardé. L'équation est d'ailleurs simple: plus les films nommés ont obtenu un grand succès avant la remise des Oscars, plus les producteurs se frottent les mains. Et rêvent de reproduire l'état de grâce de Titanic, de James Cameron. Car en 1998, ce n'était pas seulement grâce aux bonnes blagues de Billy Crystal si 55 millions de téléspectateurs avaient contemplé le balayage de cette production à succès (11 prix, dont celui du meilleur film... ). L'an dernier, on se contentait de 39,9 millions de fidèles, rêvant tout haut de voir la fin de l'hémorragie.
La grève des scénaristes américains aura, du moins on le souhaite, une portée pédagogique. Lorsque les téléspectateurs verront défiler le cortège de vedettes ou celui des artisans de l'ombre obtenant quelques secondes de lumière, ils comprendront sans doute que tout ce beau monde a besoin de la plume de milliers d'auteurs pour faire leur travail. De leur côté, les scénaristes se doutaient bien que de s'en prendre à la soirée des Oscars n'aiderait pas leur cause, mais ils ont tout de même réussi à faire trembler les colonnes du temple. Pas mal, comme le disait le coloré Michael Moore, pour «une poignée de gens à qui on cassait la figure à l'université parce qu'ils tenaient leur journal». Deux d'entre eux vont repartir dimanche avec un Oscar sous le bras.
La 80e soirée des Oscars - Le dimanche 24 février -CTV et ABC, 20h30
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