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Un autre tableau Stern est retrouvé en Europe

Les maisons d'encan allemandes sont montrées du doigt

Et de trois. Une autre toile de l'ancienne collection Stern a été retrouvée en Europe et retournée aux ayants droit de la succession. Il s'agit de la troisième prise de l'année pour l'équipe qui mène la traque mondiale des oeuvres volées à Max Stern (1904-1987) par les nazis dans les années 1930. Le galeriste d'origine juive allemande s'est ensuite établi à Montréal, où il est devenu le marchand d'art le plus important canadien de son époque.

L'oeuvre en question représente un grand paysage (74 x 97 cm). Elle a été réalisée au XVIIe siècle par l'artiste néerlandais Jan de Vos (1593-1649). Cette huile sur toile, intitulée En passant devant l'église, a changé d'attribution, ce qui a compliqué sa traque. Stern l'avait enregistrée comme un François van Knibbergen. Elle a été vue en 1968 à l'université de Mainz, en Allemagne. En 1991, le travail pour un catalogue raisonné de Jan van Goyen avait permis de l'attribuer à Jan de Vos, un de ses collaborateurs. Elle a été retracée en 2005 par l'Holocaust Claims Processing Office de New York et récupérée par les agents de la maison Christie's. Le nom de son dernier «propriétaire» n'a pas encore été dévoilé.

L'annonce du recouvrement sera faite officiellement ce matin à la Ben Uri Gallery du London Jewish Museum of Art, où est actuellement présentée l'exposition itinérante Auktion 392 - Revendiquer les oeuvres de la galerie Stern, Düsseldorf.

«Ce n'est pas seulement la troisième pièce récupérée en un an, c'est surtout la première oeuvre qui faisait partie de la collection Stern avant la tristement célèbre vente forcée de 1937», a dit Clarence Epstein, de l'université Concordia, interviewé par Le Devoir avant son départ pour Londres. Il a expliqué que des documents récemment découverts dans les archives Max Stern à Ottawa prouvent que le marchand a été forcé d'abandonner sa profession début 1935 et de liquider une partie du fonds de commerce familial à vil prix dès cette période. «Stern agissait sous contrainte [«duress»], et nous sommes légalement autorisés à réclamer aussi les oeuvres vendues entre 1935 et 1937.»

La chasse aux trésors arrachés recule donc de deux ans dans les temps noirs. Elle concerne maintenant environ 400 oeuvres, surtout des toiles de maîtres anciens. «Le nombre d'oeuvres recherchées vient de doubler», a résumé M. Epstein, qui dirige les «projets artistiques spéciaux» à l'université Concordia, dont le vaste chantier de la restitution de la collection Stern. Le galeriste et son épouse ont légué leurs biens à trois universités (Concordia, McGill ainsi que l'Université hébraïque de Jérusalem), qui se sont engagées à reconstituer la collection dilapidée.

À Londres aujourd'hui, le chercheur montréalais va en profiter non seulement pour saluer la collaboration de la grande maison Christie's mais aussi pour dénoncer ce qu'il qualifie de manque flagrant d'efforts de la part de certains acteurs du commerce de l'art en Allemagne. Ainsi, trois autres toiles de la collection Stern, qui allaient être vendues par la maison d'enchères Van Ham, à Cologne, ont finalement été rendues à leurs consignataires. Cette galerie a même officiellement contesté le droit de la succession universitaire à déclamer des oeuvres.

«Trop de maisons d'encan allemandes ne sont pas prêtes à reconnaître le problème et à faire face à leurs responsabilités morales», a conclu Clarence Epstein, expliquant avoir résolument adopté la position du «plaignant perpétuel» dans cette cause juridique. «Il y a encore de la résistance en Allemagne, ce qui représente un gros défi puisque nous croyons que la majorité des oeuvres de la collection Stern s'y trouvent encore.»
 
 
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