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Être ou ne pas être métropole culturelle ?

Le Rendez-vous novembre 2007 doit éviter la grande messe pour convertis

Le Rendez-vous novembre 2007 - Montréal, métropole culturelle suscite d'immenses attentes. Le grand sommet qui se déroulera les 12 et 13 novembre au Palais des congrès dessinera l'avenir — sur un horizon de dix ans — de Montréal comme métropole culturelle digne de ce nom, selon ses organisateurs. Mais ce genre d'exercice d'échange et de concertation dont les Québécois sont si friands peut-il vraiment changer la donne?

La planète Montréal n'est pas réputée pour sa gouverne mirobolante en matière de grands projets culturels. Celui d'une maison de l'Orchestre symphonique de Montréal a avorté plusieurs fois avant qu'on n'annonce son ancrage sur l'esplanade de la Place des Arts; les grands festivals ont dû passer le cap de leurs 25 ans avant qu'on ne songe à les pérenniser. Le sommet guérira-t-il la métropole de cette maladie chronique? La campagne de charme auprès des investisseurs privés se fera-t-elle au détriment du financement public des arts et de la culture?

On parle pourtant déjà du Rendez-vous comme d'un succès, avant même sa tenue. Il est vrai que les organisateurs ont réussi le tour de force de réunir autour d'une même table pendant plusieurs mois des représentants des trois ordres de gouvernement, du milieu culturel et du secteur des affaires pour cerner ensemble les enjeux de la métropole.

«Le casting réuni est vraiment unique: les discussions vont se faire avec toutes les parties concernées», signalait cette semaine au Devoir Simon Brault, président de Culture Montréal et initiateur des deux sommets.

Vrai aussi que le nombre d'inscriptions (1200 au moment d'écrire ces lignes) cristallise l'intérêt (l'urgence?) de tous de voir les choses bouger. Et ce, à une période de surcroît peu favorable pour Montréal avec deux gouvernements minoritaires en quête de votes issus des régions québécoises qui, elles, accusent la métropole de tous les maux, à commencer par l'immigration et les accommodements raisonnables.

«Il n'y a pas d'appétit politique, ni à Ottawa ni à Québec, pour Montréal, rappelle M. Brault. Avoir réussi à provoquer une discussion sur ce terrain-là en 2007, pour moi, c'est une immense victoire.»

Cette mobilisation a certes de quoi réjouir et donner espoir à la plupart des acteurs du milieu. Un optimisme plus dynamique qu'attentiste, comme en témoignent les récentes sorties du Conseil interculturel de la Ville et de la coalition «Pour des quartiers culturels à Montréal». Même si on s'inquiète un peu de l'après-sommet.

«Je suis sûre qu'il y aura des actions concrètes qui sortiront de cela si on peut sortir du sommet en poursuivant la mobilisation», prédisait Louise Roy, présidente du Conseil des arts de Montréal. «Il y a un "momentum"», croit Florence Junca-Adenot, femme d'affaires et professeur en études urbaines et touristiques. «Le milieu culturel est prêt, mais il a besoin de moyens. Le milieu des affaires a fait beaucoup d'efforts, et il est prêt à aller plus loin. Mais ça prend des leaders forts qui poussent, autant pour réaliser les infrastructures que pour développer des activités artistiques.»

Ces propos suivent le mot d'ordre qui a précédé le sommet: mettre fin au cynisme et au fatalisme qui règnent actuellement sur Montréal.

Stratégie fourre-tout?

La mobilisation monstre de tous les acteurs pourrait toutefois avoir les défauts de ses qualités. On veut donner voix au plus grand nombre à propos de plusieurs sujets, mais tous ne pourront pas monter sur la tribune. Plusieurs organismes craignaient cette semaine que leur droit de parole soit nié au sommet à cause du trop grand nombre de participants. Cinq réunions plénières portant chacune sur un sujet (améliorer l'accès à la culture, investir dans la culture, enrichir la qualité de vie, favoriser le rayonnement de Montréal et lui fournir les moyens d'une métropole culturelle) ouvriront les micros à 13 interventions planifiées de trois minutes et dix interventions spontanées de deux minutes en provenance du public. C'est à la fois trop et trop peu. Il ne faudrait pas que le sommet prenne des airs de Commission sur les raccommodements culturels...

«C'est un signe de santé qu'autant de gens se mobilisent, fassent savoir qu'ils sont intéressés à apporter une contribution», reconnaît Gérard Beaudet, de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. «Là où j'ai certaines craintes, c'est dans la suite qui est donnée à tout cela. La première fournée des sommets [en 2002], à quelques exceptions près, a fini par donner quelque chose comme une liste d'épicerie où tout le monde trouve son compte mais où, collectivement, on peut douter que les résultats soient à la hauteur des attentes.»

M. Beaudet se réfère à ces expériences récentes, notamment la politique du patrimoine à laquelle il a collaboré. Le document de travail initial comptait 40 pages; la version finale en fait plus de 90. «Il y a une espèce d'enflure qui montre que ce n'est pas une mécanique de sélection stratégique mais [une formule] où tout le monde qui lève la main est ajouté. J'ai l'impression qu'il faut donner satisfaction à tout le monde. Le problème des sommets, c'est que c'est devenu une grande messe pour convertis. Il y a très peu de voix discordantes.»

Les organisateurs du sommet ont pourtant répété que le Rendez-vous évitera la liste d'épicerie de demandes d'aide, le festival des litanies ou les énumérations d'annonces d'investissements. Pour ce faire, ils ont réalisé un plan d'action vraiment ambitieux.

«On voulait un plan précis, complet, étoffé, pour ne pas se retrouver à se demander qu'est-ce qu'on fait mais comment on le fait, pour discuter des vrais enjeux», indique M. Brault.

Les sujets des cinq plénières, auxquelles participeront systématiquement le maire et les ministres fédéral et provincial, reprennent en fait les cinq orientations du plan. Le programme aborde autant les réalisations concrètes, par exemple regarnir les bibliothèques municipales et réussir le Quartier des spectacles, que des stratégies politiques d'avenir, notamment favoriser le droit à la culture pour tous par la médiation culturelle et accroître le recours aux mesures fiscales pour diversifier les ressources financières du développement culturel.

Il y a des énoncés fermes, annonçant des engagements qui le seront tout autant. Et il y en a d'autres plus mous, où on sent moins l'urgence d'agir.

«Le plan d'action n'est ni l'aboutissement ni le point de départ du sommet», insiste Mme Hudon pour faire valoir qu'il s'agit d'un work in progress, pour reprendre une expression chère aux artistes, que tous sont invités à commenter, à modifier. Les démarches ont commencé il y a 18 mois avec les partenaires; le sommet donnera un bon coup de manivelle, mais le travail se prolongera au cours des mois et des années qui suivront sa tenue. D'importantes annonces ont d'ailleurs précédé le sommet (l'aide au projet d'expansion du Musée des beaux-arts de Montréal, le programme de rénovation des infrastructures), d'autres le suivront. Tout ne se jouera donc pas pendant ces deux journées.

À quoi donc peut-on s'attendre? Le Quartier des spectacles est évidemment sur toutes les lèvres. Les plus optimistes prédisent une hausse du budget du Conseil des arts de Montréal, le renforcement des pôles culturels des arrondissements et de bons coups en matière de diffusion culturelle, de protection du mont Royal et de mise en valeur du Havre (y compris le canal de Lachine).

Certains sont moins convaincus. «L'événement lui-même ne fera sans doute que confirmer des projets déjà annoncés: Quartier des spectacles, rénovation, immobilisations, etc.», avance Guy Bellavance, de l'INRS Urbanisation, Culture et Société de l'UQAM, qui reste tout de même positif.

Chose certaine, on n'investira pas seulement dans le béton, bien au contraire. Les plus petits dossiers, les plus sous-estimés aussi, feront du chemin à l'ordre du jour.

«La relève, la médiation culturelle et la diffusion en danse, il va y avoir là des avancées qui ne se seraient jamais produites autrement parce qu'ils ne sont pas dans les cercles de pouvoir et de décision», promet Simon Brault, qui parle d'un processus partant de la base des préoccupations des milieux et non du haut des décisions ministérielles.

Mais encore? «Vous ne serez pas renversés, mais on va avoir de très bons signaux, et ce, pour des projets qui s'étendent sur plus d'un an», prédit Isabelle Hudon.

Les organisateurs insistent beaucoup sur un changement de ton général et la qualité de l'écoute, les gouvernements ayant laissé de côté leurs prérogatives, leur calendrier politique et les obsessions d'imputabilité. Mme Hudon raconte la longue mais fructueuse mise à bas des masques du jeu politique tout au long du processus.

C'est un jeu qui revient naturellement au galop, si on en croit les propos des ministres provincial (Christine St-Pierre) et fédéral (Michael Fortier), qui se renvoyaient la balle en matière d'actions hier dans Le Journal de Montréal. Avec des attentes d'un côté et une écoute attentive de l'autre, il est difficile de passer à l'action.

Une main tendue au privé

Une réussite incontestable réside dans la mobilisation des gens d'affaires. Quelque 150 personnalités du secteur privé seront au rendez-vous, ce qui accroît la pression sur les gouvernements. Mme Hudon, qui défend un sommet de la culture «dans une perspective économique», a répété que si ceux-ci donnent le ton, comme ils sont invités à le faire, le privé suivra.

Mais il ne faudrait pas que le rendez-vous se résume à tendre la main aux gens d'affaires. «Il ne faut pas perdre de vue que le soutien aux créateurs et à la diffusion est important», rappelle Louise Roy, du Conseil des arts de Montréal, qui souligne toutefois l'importance du rôle de mentorat et le don d'expertise que peuvent offrir les entreprises.

«Je ne milite pas pour un désengagement de l'État, loin de là, dit Mme Hudon. Mais il faut faire assez de bruit à Montréal pour que les entrepreneurs et les leaders de la communauté des affaires se préoccupent et investissent davantage dans la culture. On n'a jamais créé un sentiment d'urgence autour de la culture comme on l'a si bien fait pour la santé et l'éducation.»

Et s'il y a une chose qu'on espère de ce sommet, c'est bien cela.
 
 
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