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Paris à la Sarah Bernhardt

Patrick Caux   9 novembre 2007  Actualités culturelles
Fernand Pelez, Grimaces et misère: les saltimbanques, 1888. Huile sur toile, 222 x 625 cm. Achat en 1914.
Fernand Pelez, Grimaces et misère: les saltimbanques, 1888. Huile sur toile, 222 x 625 cm. Achat en 1914.
Le Musée national des beaux-arts du Québec invite les visiteurs à faire un voyage dans le Paris de la Belle Époque. Pour ce faire, il présente plus de 140 oeuvres réalisées entre 1880 et 1920. Provenant des collections du Musée du Petit Palais, elles dessinent un portait fascinant de la capitale française à l'aube du XXe siècle.

Québec — L'exposition est divisée en deux salles. Pour chacune, un regard différent sur la Ville lumière. D'un côté, le Paris mondain, celui du faste et du luxe clinquant. De l'autre — à l'opposé de la chance —, le Paris populaire et son visage marqué par la faim et les luttes sociales. Le contraste est grand, l'intérêt aussi!

L'exposition s'ouvre avec la section consacrée à la somptuosité de la vie bourgeoise. Aux murs, une série de toiles de maîtres représentant la Parisienne sous un jour flatteur. Si les noms des artistes exposés impressionnent (Renoir, Giron, Blanche et plusieurs autres), il ne faut pourtant pas s'attendre à de grandes rencontres.

À la recherche de mécènes, il n'était pas rare que ces derniers prêtent leurs talents à la haute société. Si la qualité picturale des oeuvres est irréprochable, la sagesse et la retenue des compositions ne masquent pas qu'il s'agit de commandes. Au centre de la pièce, sur les cimaises, reposent des objets décoratifs et usuels qui dévoilent la souplesse et la fluidité des lignes de l'Art nouveau. Entre paravents, vases et parures, la maîtrise et l'imaginaire des artisans de cette époque séduisent.

Même si le charme du luxe opère, la visite de la première salle laisse un peu perplexe. On finit curieusement par avoir l'impression de feuilleter un magazine de mode: le Paris mondain révèle de grandes qualités esthétiques et techniques, mais le tout demeure vaguement superficiel. Au moment où on commence à s'interroger sur la pertinence de l'exposition, on arrive à la seconde salle.

Habilement, la transition vers le Paris populaire se fait par la majestueuse toile de Sarah Bernhardt réalisée par Clairin. La représentation la plus connue de l'icône française fait office de clef de voûte soutenant les deux volets de l'exposition. Les origines modestes de la comédienne et sa fabuleuse ascension vers la gloire permettent en effet un passage cohérent vers les quartiers où on vit à l'ombre des grands boulevards.

Derrière la toile de Sarah Bernhardt, tout s'éclaire enfin. Si la première salle donne parfois un certain sentiment de vacuité, la seconde est habitée, vibrante et dérangeante.

On y rencontre en premier lieu une série de gravures et d'estampes croquant la vie quotidienne des Parisiens. Les eaux-fortes de Félix Buhot sont particulièrement saisissantes. Convoi funèbre, ouvriers faisant la queue devant la Taverne du Bagne et grisaille de l'hiver dépeignent l'existence dure mais joyeuse dans les quartiers populaires. À ces carnets de vie, on peut ajouter d'intéressantes statuettes de terre cuite. Faites de la main d'Aimé Jules Dalou, elles représentent des ouvriers et des travailleurs.

En point d'orgue, le Musée du Petit Palais nous offre de fabuleux tableaux de Fernand Pelez. Issu de la tradition des Beaux-Arts (lors de ses études, la prestigieuse institution est entre autres dirigée par Cabanel), le peintre consacra une grande partie de son oeuvre aux thèmes de la misère et de la pauvreté.

Les cinq toiles présentées montrent la dure vie des exclus parisiens. Petites figurantes, saltimbanques et indigents peuplent les compositions de l'artiste. L'impact de ces oeuvres est d'autant plus grand qu'on ne peut pas s'empêcher d'être frappé par le contraste entre ces visages marqués par le temps et la fraîche insouciance des grandes bourgeoises de la salle précédente.

En complément de programme

On profitera du passage au MNBAQ pour visiter Images inoubliables - Îuvres célèbres du Musée des beaux-arts de Hamilton. On peut y voir certaines oeuvres phares de la collection d'art moderne du MBAH. Entre des toiles de Maurice Cullen, Emily Carr, Tom Thomson et Paul-Émile Borduas, on découvre un panorama des différents mouvements artistiques ayant marqué l'art moderne au Canada.

De plus, il ne faut pas manquer de faire un saut dans l'autre aile du musée — l'ancienne prison — afin de profiter d'une rétrospective consacrée à certaines oeuvres de Picasso. C'est une rare occasion de voir les toiles peintes par le maître alors qu'il séjournait au Château d'Antibes.

n Paris 1900 - Collection du Petit Palais, Paris. Images inoubliables - Oeuvres célèbres du MBAH. La Joie de vivre - Picasso au Château d'Antibes. Jusqu'au 6 janvier 2008, Musée national des beaux-arts du Québec, Parc des Champs-de-Bataille, Québec, 418 643-2150.

***

Collaborateur du Devoir
Fernand Pelez, Grimaces et misère: les saltimbanques, 1888. Huile sur toile, 222 x 625 cm. Achat en 1914. Charles Giron, Femme au gant dite La Parisienne, vers 1883. Huile sur toile, 200 x 91 cm. Petit Palais, Musée des beaux-arts de la Ville de Paris. Don de Simone Giron de Pourtalèse en 1960.
 






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