Décès de Marcel Marceau - Un mythe à la grandeur de sa gestuelle
Quelque chose s'est immobilisé sur la scène de la vie et le battement d'aile du papillon Marceau est à même de troubler l'océan des âmes orphelines et le silence est fracassé. J'ai bien connu Marceau alors que je l'ai accompagné comme directeur de tournée à travers tout le pays, d'un océan à l'autre. Très vite nous avons développé une connivence qui était faite de discussions sur la force de l'histoire, le sens du tragique et l'immuable pérennité de l'art de la pantomime.
De Montréal, Toronto, Winnipeg, Thunder Bay, Sault Ste-Marie, Edmonton, Vancouver, Halifax et St John NFDL, les occasions de vérifier son immense popularité m'ont convaincu de sa notoriété incroyable. Il était un géant et, pourtant, son appréciation des événements du monde restait celle, intacte, de sa jeunesse et de ses engagements. Fils d'un des innombrables sacrifiés d'Auschwitz, il n'en défendait pas moins le droit du peuple palestinien à une terre, à une vie en paix avec son voisin Israël. Il gardait également une empathie pour les laissés-pour-compte d'une société obsédée par les profits immédiats. Et son goût immodéré pour la poésie de Chaplin et de Prévert le transportait dans des sphères que son sens du geste exact permettait de nous traduire en un langage du corps accessible et lumineux.
Artiste irremplaçable, il était aussi d'une incroyable témérité personnelle. Lors de notre étape à Winnipeg, un de ses assistants, originaire de cette ville, nous invita chez ses parents à deux heures de route vers le nord. Un accueil charmant qui nous permis de souper en famille dans un endroit magnifique et isolé: de la neige partout et un froid normal bien au dessous de zéro! Marceau, qui s'était renseigné, décide alors de faire un tour de motoneige et demande à quelqu'un de le conduire. Il faisait nuit et je tentai de le dissuader, responsable du spectacle du lendemain et des suivants et craignant qu'aucune assurance ne pourrait couvrir l'annulation d'un spectacle — advenant un accident même léger — pour cause de promenade nocturne en motoneige par moins 20 au milieu de nulle part dans la campagne manitobaine!
Rien n'y fit et Marceau s'enfonce dans la nuit — passager d'un bolide qu'il chevauchait pour la première fois. Tout comme moi qui n'avais jamais eu à piloter cet engin. Je ne pouvais donc suivre Marceau dans son périple, juste attendre qu'il revienne sain et sauf! Ce qui fut le cas et me libéra d'une inquiétude pesante. Il débarqua avec un sourire magnifique en me disant: «Tu vois, je pourrai prochainement passer du MoonWalk au SkidooRide!» Je ne sais pas s'il a su mimer cet épisode, je sais simplement que sa curiosité insatiable lui permettait de transformer n'importe quel instant du quotidien en une phase de sa pantomime universelle.
J'ai revu Marceau plusieurs fois, à Paris lors d'une série de spectacles au Théâtre du Casino et à Montréal où il était venu célébrer son 75e anniversaire sur les planches de la Place des Arts. Il me rappela alors que c'était à Montréal qu'il avait donné son tout premier spectacle en Amérique du Nord. Il faisait une tempête de neige incroyable en ce jour de février 1998, mais le public était au rendez-vous comme mes deux fils de trois et six ans qui voyaient pour la première fois un spectacle de pantomime.
À la fin de cette soirée, une file impressionnante de spectateurs attendait Marceau en arrière-scène et lui se faisait un devoir de rencontrer son public: il aimait dessiner un «BIP» sur un carnet ou autographier un programme. Et ce soir là, une jeune spectatrice japonaise était présente, incapable de prononcer un mot, en pleurs tellement était forte l'émotion de pouvoir rencontrer celui qui, pour ses compatriotes est un trésor vivant. Et Marceau de la prendre tendrement dans ses bras pour tenter de la réconforter et de lui démontrer sans doute son humanité. Toute son humanité sans un mot.
De Montréal, Toronto, Winnipeg, Thunder Bay, Sault Ste-Marie, Edmonton, Vancouver, Halifax et St John NFDL, les occasions de vérifier son immense popularité m'ont convaincu de sa notoriété incroyable. Il était un géant et, pourtant, son appréciation des événements du monde restait celle, intacte, de sa jeunesse et de ses engagements. Fils d'un des innombrables sacrifiés d'Auschwitz, il n'en défendait pas moins le droit du peuple palestinien à une terre, à une vie en paix avec son voisin Israël. Il gardait également une empathie pour les laissés-pour-compte d'une société obsédée par les profits immédiats. Et son goût immodéré pour la poésie de Chaplin et de Prévert le transportait dans des sphères que son sens du geste exact permettait de nous traduire en un langage du corps accessible et lumineux.
Artiste irremplaçable, il était aussi d'une incroyable témérité personnelle. Lors de notre étape à Winnipeg, un de ses assistants, originaire de cette ville, nous invita chez ses parents à deux heures de route vers le nord. Un accueil charmant qui nous permis de souper en famille dans un endroit magnifique et isolé: de la neige partout et un froid normal bien au dessous de zéro! Marceau, qui s'était renseigné, décide alors de faire un tour de motoneige et demande à quelqu'un de le conduire. Il faisait nuit et je tentai de le dissuader, responsable du spectacle du lendemain et des suivants et craignant qu'aucune assurance ne pourrait couvrir l'annulation d'un spectacle — advenant un accident même léger — pour cause de promenade nocturne en motoneige par moins 20 au milieu de nulle part dans la campagne manitobaine!
Rien n'y fit et Marceau s'enfonce dans la nuit — passager d'un bolide qu'il chevauchait pour la première fois. Tout comme moi qui n'avais jamais eu à piloter cet engin. Je ne pouvais donc suivre Marceau dans son périple, juste attendre qu'il revienne sain et sauf! Ce qui fut le cas et me libéra d'une inquiétude pesante. Il débarqua avec un sourire magnifique en me disant: «Tu vois, je pourrai prochainement passer du MoonWalk au SkidooRide!» Je ne sais pas s'il a su mimer cet épisode, je sais simplement que sa curiosité insatiable lui permettait de transformer n'importe quel instant du quotidien en une phase de sa pantomime universelle.
J'ai revu Marceau plusieurs fois, à Paris lors d'une série de spectacles au Théâtre du Casino et à Montréal où il était venu célébrer son 75e anniversaire sur les planches de la Place des Arts. Il me rappela alors que c'était à Montréal qu'il avait donné son tout premier spectacle en Amérique du Nord. Il faisait une tempête de neige incroyable en ce jour de février 1998, mais le public était au rendez-vous comme mes deux fils de trois et six ans qui voyaient pour la première fois un spectacle de pantomime.
À la fin de cette soirée, une file impressionnante de spectateurs attendait Marceau en arrière-scène et lui se faisait un devoir de rencontrer son public: il aimait dessiner un «BIP» sur un carnet ou autographier un programme. Et ce soir là, une jeune spectatrice japonaise était présente, incapable de prononcer un mot, en pleurs tellement était forte l'émotion de pouvoir rencontrer celui qui, pour ses compatriotes est un trésor vivant. Et Marceau de la prendre tendrement dans ses bras pour tenter de la réconforter et de lui démontrer sans doute son humanité. Toute son humanité sans un mot.
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