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Les grands festivals devront se contenter de 7,4 millions

Chose promise, chose due. Josée Verner, la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, a rapidement détaillé la répartition des 30 millions promis aux festivals lors du budget Flaherty. Les grands festivals qui réclamaient haut et fort leur part du gâteau, soit un minimum de 10 millions pour l'été 2007, se partageront finalement une somme supplémentaire annuelle de 7,4 millions à partir d'avril 2008. Les réactions n'ont pas tardé, de la vive protestation, notamment dans les rangs du Bloc québécois, à la circonspection des deux manitous festivaliers, Alain Simard et Gilbert Rozon.

Chose certaine, Josée Verner a pris tout le monde de court en annonçant hier à Halifax les détails de l'attribution de l'enveloppe fédérale de 30 millions qui a provoqué une mobilisation monstre du début au milieu de l'été. Or cette somme sera d'abord consacrée aux événements présentant les arts et le patrimoine locaux, de niveau professionnel ou non.

En effet, 18 des 30 millions de dollars annoncés dans le budget Flaherty en mars dernier financeront un nouveau programme intitulé «Développement des communautés par le biais des arts et du patrimoine», qui vise surtout les manifestations jusqu'ici non admissibles aux programmes de Patrimoine canadien. Les organisateurs d'événements sont invités à remplir leurs demandes d'aide dès maintenant pour l'hiver 2008.

«Il n'y a pas de prérequis quant au caractère professionnel ou non de ces événements, ont précisé aux médias les porte-parole de Patrimoine canadien, lors d'un appel conférence hier. Ce qu'on regardera quand on recevra les demandes de subventions, c'est ce qu'ils [les festivals et événements] font pour la communauté locale. Quand le gouvernement a annoncé les sommes, c'était surtout pour les actions locales.»

Une autre tranche de 4,6 millions permettra de financer les infrastructures nécessaires aux commémorations historiques de nature locale.

Seul un montant de 7,4 millions de dollars sera injecté annuellement dans le programme existant «Présentation des arts Canada», auquel font déjà appel le Festival international de jazz et Juste pour rire. En place depuis 2001, le programme qui soutenait les festivals à la hauteur de 12,5 millions voit donc ses coffres renfloués à 19,9 millions de dollars.

Ces fonds, distribués à partir d'avril 2008, iront aux «festivals artistiques professionnels qui s'engagent, de manière significative et démontrable, à présenter des activités de participation communautaire», indique le feuillet d'information publié par le ministère, qui cite les exemples suivants: «les activités gratuites ou peu coûteuses qui complètent la programmation d'activités payantes», celles «auxquelles participent les artistes professionnels locaux» et celles «qui cherchent à joindre les communautés avoisinantes».

Prudence

Les réactions négatives à cette annonce ont d'abord afflué. Le président du Regroupement des événements majeurs internationaux a regretté que l'annonce ne reflète pas les demandes faites par les grands festivals d'être reconnus à l'échelle de leur rayonnement.

«À prime abord, je suis très déçu qu'on ne se limite qu'aux arts locaux, alors qu'on a toujours dit que les festivals avaient une action plus large», a indiqué Luc Fournier.

Maka Kotto, porte-parole du Bloc québécois en matière de patrimoine, a exprimé sa grande déception. «Je qualifierais l'annonce de festivals de faussetés, d'attentes déçues et de promesses brisées. Faut-il pénaliser les grands événements pour favoriser les petits?»

Les principaux intéressés, meneurs des grands festivals québécois, ont quant à eux accueilli la nouvelle avec un contentement prudent, en attendant de voir les incidences réelles de ces nouvelles mesures.

«C'est une bonne nouvelle que Mme Verner ait réagi aussi vite, a affirmé Alain Simard de l'Équipe Spectra, qui mène le Festival international de jazz et les Francofolies. Il faut voir quelle est la proportion de ça qui ira aux événements de stature internationale. Chose certaine, c'est le premier gouvernement fédéral depuis dix ans qui reconnaît l'industrie du festival et qui veut l'aider à se développer.»

«Ç'a plutôt l'air positif, lance Gilbert Rozon, de Juste pour rire. 7,4 millions, c'est de l'argent frais pour les événements majeurs. Mais c'est combien d'événements majeurs? Il manque une inconnue dans l'équation.»

Hausse du plafond d'aide

Ce qui rassure les deux directeurs, c'est la hausse du plafond maximal de l'aide à laquelle ils auront accès. Jusqu'ici fixé à 200 000 $, il pourrait en effet atteindre le million, selon les porte-parole de Patrimoine canadien.

«Pour la plupart des festivals, ce sera 500 000 $, mais si c'est un festival qui a un budget de cinq millions ou plus et qu'il s'engage dans des activités communautaires significatives, ce soutien pourrait s'élever jusqu'à un million de dollars», ont-ils déclaré. Il ne faut pas oublier que le ministère compte 353 clients actuels à travers le pays, mais que la plupart de ceux-ci fonctionnent avec un budget de moins de un million.

«N'oubliez pas que le festival type reçoit de nous en moyenne 32 500 $, soulignent les porte-parole. La plupart oeuvrent donc à une tout autre échelle» que les grands festivals majeurs.

Ces nouvelles conditions laissent place à un bel espoir. «Tel que c'est écrit, ça nous laisse croire qu'on aura accès au fameux million que nous demandons à cor et à cri depuis plusieurs années, dit M. Rozon. Si jamais ce n'est pas le cas, les cris vont recommencer.»

Sa croisade n'est d'ailleurs pas terminée puisqu'il entend asseoir tous les intervenants afin de conclure des ententes «au moins» triennales pour assurer la croissance de son événement.

Le p.-d.g. de Spectra se réjouit aussi à l'idée de faire des demandes dans le cadre du nouveau programme pour certains volets de ses festivals, comme «la Nuit blanche [du festival Montréal en lumière], c'est très communautaire, note M. Simard. Si des volets d'événements qui ont une nature plus communautaire avec des artistes locaux peuvent avoir accès à ce programme, je pense que ça pourrait être plus équitable pour tout le monde».

Au début de l'été, les gros joueurs de l'industrie festivalière québécoise ont défrayés les manchettes en réclamant leur part des 30 millions pour la tenue de leurs manifestations estivales. Ils ont critiqué la lenteur avec laquelle l'ex-ministre Bev Oda élaborait ses critères d'attribution des sommes, alors que le gouvernement du Québec avait déjà mené cet exercice de concert avec le milieu.

L'opposition fédérale, certains ministres québécois du gouvernement Harper et la Ville de Montréal, appuyée par la Fédération des municipalités, avaient joint leurs voix à celles de Spectra et de Juste pour rire. Mais Mme Oda est restée de glace. L'arrivée de la nouvelle ministre Verner a rehaussé les attentes, qui semblent aujourd'hui en partie satisfaites.






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