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De Tchernobyl à la navette Challenger - Les grandes catastrophes exposées

29 novembre 2002  Actualités culturelles
Paris - Ce qui arrive, une exposition conçue par le philosophe Paul Virilio à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, à Paris, constitue une mise en garde terrifiante, mais pas désespérée, contre les effets pervers du progrès scientifique.

Terrifiante, parce que le public pourra y retrouver, du 29 novembre au 30 mars, la mémoire de catastrophes restituée grâce à des installations d'artistes, des photographies de l'Agence France-Presse et des documents de l'Institut national de l'audiovisuel.

Pas désespérée cependant, car selon Paul Virilio, 70 ans, professeur d'architecture, «l'homme se trouve renvoyé à lui-même. Il est arrivé au bout de tout, mais il n'est pas arrivé au bout de lui-même».

Effondrements, explosions, chaos. Serait-ce l'Apocalypse? On en est à deux doigts face à La Chute, gigantesque installation de 16 x 20 mètres et sept mètres de haut, de l'architecte américain Lebbeus Woods, dont les 900 tubes d'aluminium dessinent un faisceau de trajectoires brisées dans l'espace.

La Californienne Nancy Rubins évoque quant à elle un écrasement d'avion avec une suspension de cinq tonnes de fragments de fuselages ou autres débris aéronautiques ramassés dans le désert et qui semblent ne tenir qu'à un fil.

Deux oeuvres monumentales, installées au rez-de-chaussée et qui «montrent» l'instant d'avant la chute tandis que le temps même de l'accident, ou plutôt d'accidents filmés et photographiés, nous engloutit au sous-sol.

En janvier 1986, c'est la navette Challenger qui explose après une minute et treize secondes de vol, sous les yeux de millions de téléspectateurs.

1986, c'est aussi Tchernobyl, un événement atypique qui participe de cette «quantité inconnue» selon laquelle «plus le progrès est puissant, plus les accidents, plus les drames sont douloureux, catastrophiques».

Dans un entretien filmé, la philosophe Svetlana Alexievitch, journaliste russe qui a interrogé les témoins de la catastrophe, conclut que «c'est après Tchernobyl que le temps a pris une dimension nouvelle. Tchernobyl est bien plus qu'une panne d'un réacteur, c'est la préfiguration d'un accident global qui concerne l'avenir du monde. Accident de la substance — la centrale qui explose —, accident de la connaissance — le savoir des physiciens atomiques qui se trouve dépassé».

Pourquoi donc exposer l'accident? «Pour ne plus être simplement exposé à l'accident», répond PaulVirilio.

«Ce qui arrive n'est pas une exposition d'avant-garde ou d'arrière-garde mais une exposition de mise en garde. Un crash-test de la culture du XXIe siècle pour appréhender la quantité inconnue des dégâts du progrès.»

«Parce que, poursuit Virilio, la menace majeure est bel et bien la perte de la conscience de l'accident: il s'agit non seulement d'inconscience mais aussi de folie, la folie de l'aveuglement volontaire aux conséquences de nos inventions.»

Le philosophe invite à réfléchir à la création d'un «dépôt légal» des accidents majeurs, d'un «conservatoire» des accidents, qui relèverait d'une attitude scientifique mais aussi du devoir de mémoire.
 
 
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