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Luzmila Carpio, chanteuse et ambassadrice de la Bolivie en France

27 juillet 2007  Actualités culturelles
Photo : Agence France-Presse
Martigues, France — Le chant l'a sauvée de la misère et lui a permis de défendre la dignité des Indiens des Andes, son peuple, à travers le monde; devenue ambassadrice de la Bolivie en France, Luzmila Carpio a décidé de rester fidèle à son art et à la scène, entre ses obligations diplomatiques.

Aujourd'hui, la première Indienne quechua nommée ambassadrice en France, en septembre 2006, est l'invitée d'honneur d'une soirée sud-américaine d'un des grands festivals de musique de l'été dans le sud-est de la France, «Les Voix du monde», à Martigues.

Dimanche, elle remonte sur scène avec une chanteuse de flamenco et une des voix montantes du fado, Katia Guerreiro, pour un récital intitulé Chant de la terre et des étoiles.

«Bien sûr, j'ai dû annuler des concerts lorsque j'ai été nommée ambassadrice, mais j'ai dit à mon président que je ne pouvais pas abandonner mon art», raconte cette femme menue aux longues tresses noires qui porte avec fierté un tailleur orné de broderies traditionnelles aux couleurs chatoyantes.

Evo Morales, premier président indien de la Bolivie, a compris que la voix de Luzmila Carpio ne pouvait pas s'éteindre. Car cette voix si particulière, qualifiée par Yehudi Menuhin de «violon qui chante», a porté durant des années le combat pour la dignité du peuple indien, qu'il soit d'ethnie quechua, aymara ou guarani. Bien qu'ils représentent 62 % de la population en Bolivie, les Indiens continuent d'être victimes de discriminations.

«Ma mère, d'origine aymara et quechua, s'était fait battre quand elle avait étendu son linge par mégarde sur le même fil à linge que la famille chez qui elle travaillait», se souvient l'ambassadrice chanteuse.

Née il y a 57 ans dans un village des Andes, Qala Qala, Luzmila Carpio aurait pu elle aussi connaître cette vie d'humiliation. À 11 ans, elle rejoint sa soeur pour travailler comme bonne dans une famille d'Oruro, dans le centre de la Bolivie. Mais l'adolescente va à l'école et apprend avec détermination. Dans la journée, elle chante les airs traditionnels que sa mère, devenue paysanne, lui a appris.

«Ces chants célèbrent notre mère la nature, la pachamama, déesse de la terre, les oiseaux, l'eau, les arbres», raconte Mme Carpio.

Après avoir gagné un concours de chant, elle entame une carrière professionnelle et parcourt la Bolivie: «Au début, je ne chantais qu'en espagnol car le quechua était mal vu. Puis j'ai décidé de chanter dans ma langue car je veux montrer à mon peuple que notre culture est une richesse, pas un problème.»

Grâce à des coopérants, elle rejoint la France. Elle chante pour la radio France Culture et décroche son premier contrat avec une maison de disques. Plusieurs suivent, loués par la critique qui s'émerveille de sa voix qui monte dans des aigus inattendus. En 1997, elle participe à Bruxelles au concert Les Voix de la paix aux côtés de la Sud-Africaine Maryam Makeba et de l'Israélienne Noa.

Aujourd'hui, elle poursuit son action sur le plan diplomatique, expliquant inlassablement la politique de nationalisation et de réforme agraire du président Morales: «Nous ne voulons pas de conflit mais nous voulons l'équité et la justice. La Bolivie a toutes les richesses du sous-sol mais le pays est très pauvre.»

Elle affirme n'avoir jamais douté de sa réussite: «C'est comme si mes ancêtres me poussaient, j'ai senti que j'étais une princesse.»
 
 
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