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George Tabori, un dramaturge saute-frontières qui connut Brecht et Chaplin

25 juillet 2007  Actualités culturelles
Le dramaturge et metteur en scène George Tabori est décédé lundi à Berlin à 93 ans.
Photo : Agence Reuters
Le dramaturge et metteur en scène George Tabori est décédé lundi à Berlin à 93 ans.
Berlin — Polyglotte se jouant des frontières, artiste aux multiples facettes, le dramaturge George Tabori, décédé lundi à Berlin à 93 ans, était une figure exceptionnelle du théâtre mondial, dont la route avait croisé celles d'Elia Kazan, de Charlie Chaplin ou de Bertolt Brecht.

Auteur et metteur en scène de théâtre, mais aussi scénariste pour le cinéma, romancier ou acteur à l'occasion, ce nonagénaire à l'humour cinglant, dont le père fut assassiné par les nazis au camp d'extermination d'Auschwitz, aimait à évoquer dans ses oeuvres en forme de paraboles l'amour aussi bien que la mort.

Né à Budapest en 1914 dans une famille d'intellectuels juifs, George Tabori passe quelques mois en Allemagne en 1932-33, où il assiste à l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler. «Berlin était devenu trop petit pour nous deux», raillera-t-il beaucoup plus tard. En 1935, il gagne Londres, où il vit comme traducteur et journaliste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il acquiert la nationalité britannique et part sous l'uniforme anglais pour Jérusalem, où il écrit son premier roman.

Après la guerre, alors que son père a péri dans les camps nazis mais que sa mère a miraculeusement survécu à l'Holocauste — une expérience qu'il évoquera des années plus tard dans sa pièce Le Courage de ma mère —, Tabori part aux États-Unis pour un séjour qui va durer plus de 25 ans.

Écrivant en anglo-américain, le jeune émigré devient scénariste à Hollywood, travaillant pour Alfred Hitchcock (La Loi du silence) ou Joseph Losey (Cérémonie secrète) et fréquentant Greta Garbo, Marilyn Monroe et Charlie Chaplin, mais également les écrivains allemands exilés Thomas Mann et Bertolt Brecht.

Au début des années 1950, c'est Elia Kazan qui met en scène à New York sa première pièce, Flight into Egypt. Plus tard, en 1968, il signe lui-même la mise en scène de son oeuvre The Cannibals, qui se déroule à Auschwitz, et fait scandale deux ans plus tard avec Pinkville, où il s'engage contre la guerre

du Vietnam.

Invité par les Allemands à monter la pièce chez eux, il quitte alors définitivement les États-Unis et s'installe en 1971 en Allemagne, où il vivra jusqu'à sa mort. Fondateur d'un laboratoire de théâtre alternatif à Brême, dans le nord, il met en scène Franz Kafka ou Samuel Beckett — sa version de En attendant Godot est très remarquée à Munich en 1983 — ainsi que ses propres textes, comme Le Courage de ma mère, Jubilée, Mein Kampf (farce).

Dans les années 1980 et 1990, il est occasionnellement acteur dans des films allemands et hongrois, tout en dirigeant de 1987 à 1990 le théâtre Der Kreis à Vienne.

Malade et alité depuis plusieurs mois, George Tabori continuait depuis son lit d'hôpital à s'entretenir avec les acteurs du Berliner Ensemble, le théâtre fondé par Brecht et avec lequel il travaillait depuis de longues années.

Celui qui se qualifiait avec ironie de «plus vieux metteur en scène vivant dans le monde» projetait même de monter encore une pièce de William Shakespeare, mais «le roi Lear a quitté la scène», selon le mot du directeur du Berliner Ensemble, Claus Peymann, qui avait déjà travaillé avec lui à Vienne, au Burgtheater.

Le maire de la capitale allemande, Klaus Wovereit, a de son côté évoqué un «conteur brillant et un metteur en scène génial», qui, «toute sa vie, s'est senti lié à Berlin, malgré l'expérience douloureuse de l'Allemagne nazie».

De cette expérience, dont il avait souvent fait la matière de son oeuvre, George Tabori aimait à rappeler qu'elle ne lui avait pas ôté son sens de l'humour: «Le rire est la seule chose qui reste après la catastrophe. L'adéquation entre sainteté et humour est peut-être la plus grande contribution juive à la civilisation.»
 
 
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