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Le Feuilleton passe en mode psychotronique

Happés par le tourbillon du Festival TransAmériques, plusieurs abonnés des salles montréalaises sont passés à côté d'un délicieux ovni théâtral que l'on aurait pourtant tort de ne pas souligner. À moins qu'il ne faille plutôt parler d'un ovni télévisuel? L'hésitation est pertinente. Depuis ses premiers balbutiements dans l'ambiance enfiévrée de la LIMonade, la Ligue d'improvisation expérimentale, Le Feuilleton n'a eu de cesse de changer de forme. Inclassable, polymorphe et déjanté, cette année encore, le «spectacle de théâtre génétiquement modifié» franchit de nouvelles limites.

Né de l'imaginaire de deux improvisateurs, Vincent Rouleau et Salomé Corbo, Le Feuilleton se présente comme une télésérie en cinq épisodes livrés sans filet sur une scène de théâtre presque nue. Seul support autorisé: un large écran vidéo qui sert à la fois de décor et de porte d'entrée sur un monde télévisuel interactif. Scénarisée au quart de tour, l'intrigue voit ses plus infimes rebondissements remis entre les mains des comédiens et des musiciens qui improvisent à chaud tous les dialogues et la moindre ambiance sonore.

La troisième édition de ce Feuilleton ne fait pas exception à la règle. Mieux, on sent que la formule s'affine et délaisse les oeuvres chorales pour se concentrer sur une intrigue réglée comme du papier à musique... mais psychotronique! Nous sommes en 2009 à la veille d'un Noël chaud et estival, changements climatiques obligent. Prêt à faire le grand saut, Jonathan quitte enfin sa blonde — et avec elle son beau-père qu'il adore — pour vivre avec la pétillante Daphné. Mais le sort veut qu'un Hummer fauche la vie de sa nouvelle flamme. Le jeune homme se retrouve à errer seul dans un Montréal devenu le théâtre d'une étonnante chasse à... l'extraterrestre.

Trop d'informations? Ne vous en faites pas, on pourrait continuer ainsi et tout révéler de l'intrigue que le plaisir resterait le même. C'est que la part d'improvisation qui cimente tous les éléments de ce drôle d'objet apporte une fraîcheur qu'il est bien difficile de décrire. Sur la scène, musiciens et comédiens se lancent la balle avec une inventivité qui démontre la supériorité de la construction sur les punchs, dont aucun des comédiens ne fait pourtant l'économie. Certes, on n'échappe pas à quelques glissements et cabotinages, mais l'amalgame mise souvent dans le mille grâce à des comédiens familiers des patinoires comme des scènes de théâtre, que l'on pense aux Vincent Bolduc, Salomé Corbo, Sophie Cadieux, Christian Bégin et autres Paul Savoie.

Même la vidéo — souvent statique et un peu froide sur la scène — arrive ici à prendre des libertés étonnantes en plongeant littéralement dans la tête des personnages et en jouant avec eux grâce à des superpositions parfois jouissives. Personnage à part entière, la caméra de Vincent Rouleau, rompue aux exercices de style de l'école Kino, sert d'ailleurs délicieusement le propos. Le plus beau, c'est que même les absents pourront s'y retrouver puisque chaque épisode commence avec un récapitulatif exhaustif. Mais attention, le compte à rebours est commencé et il ne reste plus que deux épisodes... La suite ce soir et lundi prochain au Lion d'Or.
 
 
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