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Le grisonnement de la culture

Le glas sonne-t-il de plus en plus fort pour les formes traditionnelles des arts?

Photo : Jacques Nadeau
La lecture des livres et des journaux intéresse de moins en moins les jeunes. Les têtes blanches se multiplient dans les salles de spectacle. Même les concerts rock attirent une majorité de has been de 35 ans. Des piliers artistiques d'un monde vieux comme le monde vont-ils s'écrouler sous les coups répétés de la révolution en cours? Le glas sonne-t-il de plus en plus fort pour les formes traditionnelles des arts et de la culture?

L'opéra se meurt, ses amateurs aussi. D'ailleurs, ceci explique un peu cela. L'Opéra de Montréal (OdeM) perd ses abonnements en même temps que ses abonnés. En une décennie à peine, leur nombre est passé d'environ 12 000 à un peu plus de 6800. Dans la majorité des cas, l'annulation du forfait découlait du décès de l'amateur de beau chant ou d'un problème de santé assez grave pour l'empêcher de se déplacer à la Place des Arts.

«Notre clientèle a 60 ans et plus, confie Pierre Vachon, directeur des communications et du marketing de l'OdeM. Notre bassin est là. Les abonnements déclinent alors que l'offre de spectacles concurrents ne cesse de croître.»

La chose se confirme dans les statistiques inédites analysées récemment par le sociologue Rosaire Garon, un ancien fonctionnaire du ministère de la Culture. Il a publié son inquiétante étude dans un cahier spécial de l'Institut du Nouveau Monde (inm.qc.ca), fin janvier, en prévision d'un grand «rendez-vous national» sur le thème de la culture fin avril à Montréal. Toutes les données colligées pointent vers un vieillissement croissant des publics de toutes les formes dites «classiques», que ce soit la lecture, les arts de la scène ou la fréquentation des musées (voir le tableau en page A 9).

«Le phénomène examiné auparavant s'amplifie, explique M. Garon au Devoir. Il faut distinguer les arts d'interprétation et les établissements culturels comme les librairies et les musées: dans les deux cas on observe un vieillissement des publics, mais qui traduit une réalité différente. En gros, la génération des baby-boomers continue de fréquenter les arts d'interprétation, mais on y observe très peu de relève. Le même problème affecte le salon des métiers d'art. Par contre, les bibliothèques, les musées et même le cinéma voient leur public vieillir tout en le renouvelant. En clair, les plus vieux fréquentent ces salles de plus en plus et les plus jeunes s'y retrouvent aussi. Mais pour le reste, l'avenir semble inquiétant.»

La vitesse de la mutation étonne tout autant que son ampleur. Les données témoignent d'un vieillissement généralisé en quinze ans seulement, soit entre 1989 et 2004. Pendant cette courte mais décisive période, la population en général a vieilli d'un peu moins de trois ans au Québec, mais le public du jazz de 11 ans, celui de la danse classique de sept ans et le client des bibliothèques de cinq. L'âge moyen des spectateurs progresse rapidement et glisse vers la seconde moitié de la quarantaine: la salle de musique classique a 50 ans, celle de la danse classique, 47 ans et celle du théâtre en saison régulière, 45 ans.

Sans vouloir jouer les Cassandre, le sociologue de la culture doit bien avertir certains cercles artistiques des catastrophes prévisibles avec de telles données. Le théâtre d'été semble particulièrement menacé, avec son parterre de 50 ans boudé par les plus jeunes.

«Entre 1989 et 2004, la fréquentation des salles de théâtre en été a chuté de 12 %, dit encore M. Garon. Le vieillissement de son public est de huit ans. Donc, les salles de théâtre d'été vieillissent et se vident. À moyen terme, à moins d'un changement radical, ça me semble très inquiétant pour cette forme comme pour d'autres. Les supporters continuent de se présenter aux guichets, mais dans 15 ou 20 ans, ils ne seront plus là et des jeunes ne les auront pas remplacés.»

Que faire?

Alain Monast, de l'Association des producteurs de théâtre privé (APTP) du Québec, ne se laisse pas ébranler par de telles prévisions apocalyptiques. En entrevue, il observe que la clientèle de son secteur a toujours été assez âgée et que la perspective de deux décennies laisse amplement de temps pour s'ajuster. Par courriel, après coup, le directeur précise sa pensée.

«En 2006, au sein de notre association composée d'une quarantaine de compagnies privées et sur la trentaine de spectacles présentés en été plusieurs étaient produits par de jeunes producteurs, créant de nouveaux textes en rupture avec le style traditionnel du théâtre estival», note-t-il en allongeant les exemples: le Théâtre des Marguerites de Trois-Rivières et un spectacle mis en scène par Stéphane Bellavance; le Théâtre de Saint-Hilaire avec une pièce écrite et jouée par Stéphane E. Roy et Gilbert Turp; le Théâtre de la Dam-en-terre à Alma, pour la création d'un spectacle écrit par neuf auteurs. «Les jauges de ces théâtres vont de petites (70) à moyenne (300). Leur rayonnement est sans doute moindre... mais quand même. Le genre se renouvelle.»

Les prochains états généraux du théâtre, déplacés à l'automne, porteront en bonne partie sur la diffusion et ses écueils. Un des «chantiers» traitera spécifiquement de «la fréquentation du théâtre par la jeunesse», notamment en référence aux trois boycottages successifs des sorties culturelles par les enseignants québécois depuis le début de la décennie. Pour apprécier, il faut commencer par connaître et, au Québec, l'école n'aime pas beaucoup les arts. Des enquêtes sur la fréquentation américaine ont d'ailleurs prouvé l'inefficacité relative des matinées scolaires par rapport à la pratique des disciplines: les spectatrices des Grands Ballets s'avèrent souvent d'anciennes ballerines et une formation en musique favorise la fréquentation de la salle Pollack.

Encore faut-il savoir recevoir les jeunes amateurs. Comme beaucoup d'institutions, le Théâtre du Trident de Québec mise sur la souplesse de ses abonnements pour les accommoder. Une formule réservée aux 18-30 ans permet de voir cinq spectacles pour 75 $. Du théâtre pour le prix du cinéma, ou presque. En plus, la belle jeunesse peut réclamer sa place à 24 heures d'avis. Le Trident a vendu 500 de ces forfaits cette année, soit un abonnement sur huit environ.

«Les jeunes viennent beaucoup, mais les jeunes retraités sont plus nombreux dans notre salle», explique la directrice des communications, Geneviève Paquette. Le rajeunissement de sa salle ne lui fait pas trop peur, surtout dans le contexte particulier de la capitale, où les théâtres généralistes ne subissent pas la concurrence de salles spécialisées dans les productions scolaires, comme le TDP dans la métropole.

À l'Opéra de Montréal les gains de juniors ne compensent pas encore pour la perte des seniors. La compagnie peut tout de même revendiquer un bond de 350 à 1300 jeunes abonnés en cinq ans. En clair, un forfait sur cinq est maintenant acheté par un spectateur de 18 à 30 ans, pour un ratio finalement supérieur à celui du Trident. Les têtes blanches dominent toujours par rapport aux ténors et aux sopanos, mais la salle Maisonneuve de la Place des Arts rajeunit un peu.

Même l'Agora de la danse, avec ses productions de pointe, subit la tendance lourde, avec un bond de six ans de la moyenne d'âge du public de la danse contemporaine, maintenant haussé à 42 ans. «Nous avons des matinées scolaires, explique la directrice Francine Bernier. Nous manquons surtout de moyens pour poursuivre ces efforts. Il faut de l'argent et du personnel pour développer les publics.» Elle considère cependant qu'il appartient davantage aux diffuseurs et moins aux artistes de s'atteler à la tâche.

On peut découper d'innombrables tranches dans le saucisson des publics pour distinguer entre les jeunes et les vieux, mais aussi entre les riches et les pauvres, les diplômés ou pas, les hommes ou les femmes. André Courchesne, directeur de la division des arts du Conseil des arts du Canada, rappelle les enquêtes sur les fréquentations du sociologue américain Richard Peterson, de l'Université de l'Illinois, distinguant les culturo-maniaques des autres citoyens béotiens. En gros, ses recherches montrent que le bassin des omnivores de sorties, tous genres confondus, représente moins de 15 % d'une population et que c'est sur ce segment que les campagnes de promotion des arts devraient miser d'abord et avant tout.

«Nous sommes d'accord avec le constat du vieillissement, commente M. Courchesne. C'est un problème crucial et un défi très important. Mais des solutions existent et sont déjà mises en oeuvre. [...] Il faut par exemple des stratégies croisées pour rejoindre les omnivores. Il faut que le TNM et le Musée des beaux-arts s'échangent les maniaques de culture, peu importe leur âge d'ailleurs. En fait, la leçon vaut pour toutes les stratégies de développement de publics: il faut bien déterminer ses cibles et articuler les bons moyens pour les atteindre.»

Pour réagir encore mieux, il faut évidemment comprendre le moteur de cette profonde mutation. Pourquoi les jeunes délaissent-ils ces formes traditionnelles de la culture, parfois multilinéaires?

Les dates de référence de l'enquête du sociologue Garon fournissent déjà un bon indice: 1989, ce n'est pas seulement l'année de la chute du mur de Berlin ou de la naissance de Daniel Radcliffe (Harry Porter lui-même), c'est aussi un point tournant pour la révolution technologique qui allait massifier l'utilisation d'Internet, du DVD et d'autres fabuleux nouveaux moyens de diffusion de la culture. Cette année-là, le nombre de domaines sur la Toile passait le chiffre fabuleux de 100 000. Il s'en trouve maintenant plus de 100 millions.

«Les formes traditionnelles d'expression devront trouver leur place dans la nouvelle civilisation en train de s'implanter, résume Rosaire Garon. Une nouvelle façon de penser, de concevoir le monde et de se divertir se met en place autour des écrans. Le virtuel s'impose dans notre réalité et les arts du vrai, comme les arts d'interprétation, vont devoir composer avec cette situation.»

Le temps moyen de loisirs des sociétés occidentales oscille autour de 40 heures par semaine. Les jeunes continuent évidemment de s'activer culturellement quand ils ne travaillent ou ne s'instruisent pas. Seulement, le théâtre et la musique classique les intéressent beaucoup moins qu'ils n'intéressaient leurs parents: leurs temps libres, ils les passent à un festival gratuit, au cinéma ou devant un ordinateur et la télé. Et c'est donc peut-être ceci qui tuera cela, comme l'imprimerie a miné la foi, selon la jolie formule de Victor Hugo.

Le philosophe de la culture Walter Benjamin s'interrogeait déjà au début du XXe siècle sur les effets de la reproductibilité technique des oeuvres pour les masses sur l'aura rattachée à l'original et à son expérience. Cela ne l'empêchait pas d'attribuer un rôle positif à la culture de masse. Plus tard, les sociologues ont parlé d'une «génération de parvenus» en référence aux baby-boomers, ces nouveau-nés de l'après-guerre. N'empêche, ils auront donc moins bousillé la culture classique traditionnelle que préparé bien malgré eux leurs propres enfants à introduire une nouvelle fracture radicale.

Il est aussi possible que la fréquentation des formes traditionnelles de la culture devienne une sorte d'«effet de génération». Au vieil âge les vieux divertissements, comme l'OSM, le TNM ou Le Devoir...

«Le vieillissement pourrait se stabiliser, effectivement», dit encore Rosaire Garon. Il ne recommande pas pour autant aux directeurs de théâtre ou d'orchestre de devenir de naïfs spectateurs de leur propre déchéance. «Quelque chose bascule et il faudra beaucoup de travail pour renverser la tendance.»

Il faut finalement penser sur le long, voire le très long terme pour juger la crise actuelle. «Le milieu de la danse contemporaine a connu de très profondes mutations en très peu de temps, remarque Francine Bernier, de l'Agora. Ce monde n'existait pas il y a trois ou quatre décennies et maintenant il se demande s'il va réussir à renouveler son public. Nos salles n'existaient pas et maintenant elles sont pleines, surtout quand il s'y passe quelque chose. Il faut donc relativiser les lectures catastrophistes. Surtout, je pense que la qualité va toujours trouver son public, jeune ou vieux.»

De même, l'opéra fut extrêmement populaire pendant des siècles et n'est devenu l'apanage d'une certaine élite cultivée qu'à la faveur de la croissance des divertissements de masse modernes, notamment le disque et le cinéma.

«Le balancier commence à nous être de nouveau favorable», assure Pierre Vachon, de l'OdeM. Il en veut pour preuve le succès impressionnant de la diffusion des créations du Metropolitan Opera dans les salles de cinéma du continent nord-américain. «Je demeure très optimiste. Oui, nous perdons des abonnés et notre public vieillit. Mais certains jeunes commencent à s'intéresser à notre art, qui va retrouver le succès.»

Les amateurs d'opéra passent, l'opéra reste...
 
 
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  • René Guillemette
    Abonné
    vendredi 9 février 2007 23h09
    Le coût de la culture
    Pour la jeune étudiante universitaire que je suis, le cinéma à près de 12$ la séance est déjà un luxe. Que dire alors d'une pièce de théatre à souvent deux ou trois fois ce prix? Il me semble évident que les jeunes, souvent aux prises avec une précarité monétaire, délaissent la culture "classique" de tradition bourgeoise pour des divertissements moins couteux et tout aussi enrichissants. Allez donc faire un tour dans les bars et dans les salles de spectacle underground et vous constaterez que la culture se porte bien au Québec.

  • Marc Ouimet
    Abonné
    samedi 10 février 2007 10h28
    la réalité d'un "réseau"
    Effectivement, quiconque fréquente un tant soit peu les différentes salles de spectacles arrive au même constat que celui de cet article, à une nuance près cependant. Le vieillissement du public, comme celui des artistes d'ailleurs, est surtout observable dans les institutions reconnues et implantées - et donc dotées de moyens -, alors qu'existe un réseau davantage underground d'événements et de diffuseurs où le public (de même que les artistes) est souvent beaucoup plus jeune.

    Ce réseau n'a cependant pas la visibilité, ni surtout le soutient financier, dont bénéficient les endroits consacrés avec leurs conseils d'administrations regroupant des amis bien placés et influents auprès des mécènes privés et de l'État. Il ne faut pas se le cacher, il y a aussi là un effet de génération, et la réalité pour bien des jeunes artistes est de se produire sans grands moyens, souvent à leurs propres frais, dans des endroits comme des petites salles de spectacles, des bars ou des galleries. Certes, l'intérêt des jeunes se déplace vers des nouvelles formes médiatiques, mais retourne aussi souvent vers les anciennes par le biais du métissage et de l'intégration (pensons au multimédia, à la culture DJ et VJ dans son volet expérimental).

    Peut-être qu'une plus grande ouverture des institutions artisitiques dites classiques aux tendances du champ artistique actuel - sans dénaturer pour autant leur propre approche - pourrait faciliter l'intérêt d'une génération qui ne se reconnaît pas beaucoup dans des événements qui tournent parfois à l'autocélébration générationnelle et grisonnante (combien de rétrospectives contentes et quasi corporatistes sur les oeuvres et auteurs de "leur" temps). À cet égard comme pour autre chose, il semble qu'un dialogue fructueux entre générations et pratiques artistiques reste encore à élaborer, même s'il arrive parfois de tomber sur d'heureuses conversations qui gagneraient à obtenir davantage de diffusion.

    Marc Ouimet

  • André Julien
    Inscrit
    samedi 10 février 2007 11h06
    Les forces ayant attirées les têtes grises vers les spectacles sont absentes depuis longtemps
    Les présentations de pièces de théâtres, de spectacles de danses, d'opéras et de concert à la télévision ont été des révélateurs pour la population lors des débuts de la télévision. Une tranche de la population a désiré voir dans les salles ce qu'elle avait aimé au petit écran et a continué de la faire, mais elle a vieilli.

    Cette même télévision n'a pas su maintenir l'intérêt de ses spectateurs. De même, l'avènement de la couleur a augmenté de beaucoup les coûts de production. Ces coûts ont été accrus indirectement par la création de nombreuses troupes dans tous les domaines, et l'offre et la demande a eu un effet sur les prix.

    La télévision a laissé tomber la production de ses spectacles à grands déploiements.

    Une autre forme d'encouragement aux spectacles a été abandonnée c'est celle de concerts gratuits offerts lors d'enregistrements pour la radio et la télévision. En passant, quelques villes canadiennes possèdent encore leur CBC Orchestra alors que l'orchestre de Radio-Canada a disparu de Montréal depuis des lustres.

    Les concerts destinés spécifiquement pour les jeunes ont été aussi abandonnés.

    Les programmes du volet culturel offerts précédemment par Radio-Canada le sont maintenant par abonnement sur ARTV. Mais cette station ne produit pas de spectacles elle achète des productions déjà montées. La concentration dans un même canal de tous les programmes de haut-niveau enlève l'attrait pour le spectateur moyen, en le transformant en canal élitiste, réduisant par là son audience.

    L'attraction principale du télé-théâtre dépendait de l'exclusivité de la présentation, de l'aura des auteurs et des pièces présentées.
    Les télé-romans offerts maintenant par toutes les chaines sont identique aux télés-théatres mais leurs nombres en a banalisé la qualité malgré qu'elle soit toujours présente, maintenant tout est commun, normal, rien d'extraordinaire. Alors que c'est tout le contraire, un travail d'écriture remarquable, une mise en scène enviable et des interprètes de haut niveau.

    Le profit, la marge bénéficiaire à tout prix sous peine de faillite laisse à penser que les arts de la scène dans le domaine classique sont condamnés à devenir des troupes soutenues entièrement par l'État comme la France le fait.

  • Alexandre Thibodeau
    Inscrit
    samedi 10 février 2007 12h09
    La non passation des traditions
    Je crois que la non passation de la tradition artistique est en partie responsable du désintérêt des jeunes face aux arts. À partir des baby boomers, plusieurs parents, voulant déconnecter avec la passer, n'ont pas insisté sur le passage des connaissances et des traditions à leurs enfants, laissant ce rôle aux écoles.

    Mais ce n'est pas les écoles qui doivent passer ces traditions. Au même titre que l'éducation civique (sans entrer dans cet autre débat), les parents sont responsables de la passation des traditions. Or, il se trouve que parmis les têtes blanches présentes dans les salles d'opéra, les musées, etc, parmis ces têtes blanches, peu ont initié leurs enfants à ces arts. Les jeunes peuvent s'intéresser d'eux-mêmes, mais c'est aussi aux parents à les intéresser, à leur faire découvrir la richesse qu'ils ont pu se faire montrer, ou trouver eux-mêmes.

    Un parallèle pourrait être établi avec le passage des connaissances. Aujourd'hui, il n'y a presque plus que l'école qui permette de passer les connaissances. Le père mécanicien ne montre plus à son fils les rudiments de la mécanique. Le fils en question devra apprendre ce qu'il doit apprendre à l'école, et ne le transmettra probablement pas à son fils non plus. Ce fut la même chose avec la musique traditionnelle. Rares sont les familles perpétuant cette tradition. Rares sont les parents qui montrent à leurs enfants à manier un accordéon. Pourtant, il y a quelques décennies, les parents montraient à leurs enfants à manier cet instrument symbolique.

    Bien que plusieurs facteurs expliquent la baisse de popularité des arts en général chez les jeunes, le rôle qu'ont joué les têtes blanches ne peut pas être négligé. Ayant moi-même 18 ans, je crois que le rôle que jouent les parents dans le passage de la culture est beaucoup plus important que l'on ne le croit. Peut-être ces têtes blanches devraient-elles inviter leurs enfants ou leurs petits enfants, car il faut souvent que quelqu'un nous prenne la main et nous initie à une forme d'art nouvelle, si ce quelqu'un n'est pas un parent, si ce quelqu'une n'est pas un ami, ami qui lui non plus n'a pas été initié par ses parents, et si, en dernier recours ce quelqu'un n'est pas l'école, qui est-ce?

  • Régis Desrosiers
    Inscrit
    samedi 10 février 2007 12h43
    Les jeunes ne serait-ils tout simplement plus pauvres?
    Le prix de départ d'un maison unifamiliale dans la région de Montréal est présentement aux environs de 200 000$. Les jeunes terminent leurs études avec en moyenne 20 000$ de dettes. Ce n'est pas le prix de l'essence ni de l'épicerie ni des garderies qui vont en descendant. Je crois que la plus part des jeunes couples de mon age (j'ai 31 ans) aimerait beaucoup avoir la possibilité de sortir plus souvent mais ils n'en ont tout simplement pas les moyens. L'opéra n'est pas l'apanage d'une certaine élite cultivée, c'est l'apanage d'une certaine élite riche.

    Je ne crois pas que le changement de modèle qu'on observe dans la diffusion de l'art soit cependant si dramatique. Ce que je constate, c'est qu'avec les nouvelles technologies, l'art est de moins en moins un affaire d'artiste et de plus en plus l'affaire de tous. De plus en plus de gens enregistrent des albums dans leur sous-sol, de plus en plus de gens produisent des court métrages qu'ils diffusent sur des des sites comme youtube. De plus en plus de gens partagent leur réflexions sur leur blogs... et je ne parle pas de la photo.

    L'art n'est pas fait que pour être regardé passivement en salle. Tous devraient avoir la chance d'être créateurs.

    La culture doit s'adapter, l'OSM ne pourrait pas être disponible en podcast? Pas dans le but de vider les salles mais dans le but de financer justement des billets plus accessibles.

    C'est certain que ceux qui vont persister à s'encrer dans les vieux modèles de diffusion vont écoper et c'est dommage mais je crois néanmoins que l'avenir nous réserve quelque chose de tres intéressant.

  • FARID KODSI
    Inscrit
    samedi 10 février 2007 12h53
    À cause des mêmes opinions insignifiantes des baby boomers
    Si les jeunes s'intéressent de moins en moins aux livres et aux journaux, c'est parce qu'ils retrouvent dans ces médiums les mêmes opinions -plattes- des vieux baby boomers des années 60 qui ressassent continuellement les vieilles histoires des pays d'en haut sur la langue, la culture, le nationalisme québécois et le féminisme pernicieux. Ils en ont marre de ces sujets parce qu'ils vivent aujourd'hui dans un environnement multiculturel complètement différent de celui de leurs vieux parents et grands-parents encore accrochés à la pouding chômeur et au ragoût de pattes de cochons.

  • Batiste Foisy
    Abonné
    samedi 10 février 2007 13h35
    S'adapter
    "Au vieil âge les vieux divertissements", suggère Stéphane Baillargeon.

    Pas nécessairement. Je suis dans la jeune vingtaine et comme nombre de jeunes je l'apprécie cette culture de vieux. La différence c'est que l'opéra, je l'écoûte sur mon iPod et Le Devoir, je le lis sur Internet (d'ailleurs, on ne peut pas l'acheter en kiosque dans mon vilage...).

    Ce n'est pas les goûts qui changent, mais l'accès et le format et rien n'arrêtera cette tendance amorcée bien avant la naissance de Mozart. On raconte que le concerto qui s'exécute en une demi-heure aujourd'hui, durait probablement 60 minutes il y a deux cent ans. Même les classiques changent. L'opéra tel qu'il se présentait au XVIIe siècle, n'est pas l'opéra d'aujourd'hui et l'opéra de demain ne sera pas celui d'ajourd'hui.

    Plutôt que de pester sur les jeunes qui leur échappent, les "vieux piliers artistiques" feraient mieux de s'adapter, sinon ils finiront comme ces multinationales du disque moribondes qui ont préféré lutter contre le téléchargement plutôt que de suivre le mouvement.

  • Odile Gruet
    Abonnée
    samedi 10 février 2007 18h32
    C'est que vous ne regardez pas assez autour de vous.
    Il y a actuellement énormément d'offres culturelles de tous genre dont les formes sont bouleversées et qui, à mon sens, nourrissent beaucoup plus les jeunes. Entre un théâtre classique dont le prix tourne autour des 25$ et un théâtre de rue du genre de ceux présentés au festival Fringe, on sera beaucoup plus motivé à aller découvrir quelque chose de non-prévisible et qui intègre son environnement au spectacle sinon statique. On sera bien plus intéressé à participer à des festivités comme celles de la fête de l'art, qui proposait une expo multimédia à la galerie Oboro, une marche assistée de musique originale de Tim Hecker, I8U et Fishhead vers le carré Saint-Louis où le groupe Parlour Treats promettait une performance festive et colorée, puis un arrêt au Studio XX où nous attendaient d'autres performances (et de la bouffe!). Ou encore, à l'halloween, par un groupe prennant d'assaut une vitrine d'un antiquaire pour présenter un spectacle de marionnettes trash. On prend ainsi beaucoup plus notre place dans notre environnement, on découvre des artistes libres, on ne sait pas trop à quoi s'attendre. Ça peut être bancal ce genre de trucs, bien sûr, mais c'est une expérence fantastique qui nous fait découvrir plein de monde et de visions artistiques!
    Entre toutes ces offres originales à prix modiques qui savent intégrer le spectateur et un spectacle classique au dessus de nos moyens, il est bien sûr qu'on sera plus allumé par le premier choix. Un omnivore, comme vous dites, et freak de sorties culturelles comme moi, est bien plus motivé par quelque chose d'inconnu que par quelque chose de prévisible.

  • André Julien
    Inscrit
    samedi 10 février 2007 19h31
    Un pays multiculturel en mouvement depuis 1534
    La culture canadienne n'est pas figée dans le temps, elle n'est ni ancienne, ni nouvelle, mais en évolution constante. Ce pays a son héritage propre et celui des arrivants. Ce jeune pays a accueuilli depuis ses origines des européens, asiatiques et africains. Le Canada est un pays entièrement peuplé d'immigrants incluant les membres Premières Nations venant aussi d'ailleurs. Dans les circonstances comment dire que le pays n'est pas multiculturel ?

  • Guy Girard
    Inscrit
    dimanche 11 février 2007 06h06
    Coût de la culture -vs- Jeunes moin riches
    ....sans oublier que ces deux constats n'empêche aucunement ces jeunes de se procurer les nouvelles technologies "up to date" pour se donner leurs genres de culture devenu plus accessible par ces moyens, qui malgré leurs coûts d'achats assez élévés leur permet de combler l'attrait devenu presqu'inaccessible, que sont les concerts, les spectacles, théatres,chansonniers etc et aussi les humoristes malheureusement également....voilâ!

  • quintalg
    Abonné
    dimanche 11 février 2007 08h01
    Qui lira Le Devoir dans 25 ans?
    Si la lecture des journaux intéresse de moins en moins les jeunes, qui lira Le Devoir dans 20-25 ans lorsque les boomers s'entasseront dans les CHSLD? Avez-vous le profil de vos lecteurs/lectrices? Vs celui de votre équipe de rédaction? Ne sommes-nous pas semblables? Alors, pour rajeunir votre lectorat, il faudrait à mon avis, y penser dès maintenant.

  • Théodore Wittmann
    Inscrit
    dimanche 11 février 2007 13h03
    L'accès à l'art classique
    Je trouve malheureuse cette notion de « maniaque culturel », de même que l'approche marchande de cette catégorie de « consommateurs » de la culture, de qui on veut tirer le maximum de profit, selon les déjà « classiques » stratégies d'écrémage en marketing.

    L'offre culturelle classique, même dans le cas des arts d'expression, se heurte, je crois, au-delà des difficultés économiques de ce modèle et des fractures sociodémographiques dans la société, à un problème de renouvellement, non pas de ses contenus, mais de ses rapports au public, avant, durant et après le spectacle.

    Dans le cas du jeune public, un problème de rapport de ce public à l'oeuvre d'art sous toutes ses formes s'ajoute, puisque les jeunes n'ont pas encore l'exercice de la réception de l'art (ou de son interprétation subséquente, par ailleurs) ; ils y cherchent plutôt l'interception, la rencontre, et surtout la décharge. Or, les arts classiques d'interprétation sont restés, dans leurs formes institutionnalisées, dans une logique de séparation entre les deux moments privilégiés du spectacle, soit l'expression et la réception.

    Il n'y a pas de place pour une rencontre effective, pas pour un public non-averti, du moins. Leonard Bernstein transgressait, à son temps, dans ses concerts à caractère pédagogique, par son jeu de déconstruction de la magie des notes et des motifs musicaux, cette séparation porteuse d'exclusions. Certains acteurs et metteurs en scènes le font après le spectacle, lors des rencontres informelles avec leurs publics pas nombreux. D'autres réussissent à « mettre en scène » un dialogue imaginaire des acteurs, sinon de la pièce, avec son public, où parfois la condition même de récepteur passif y est interrogée.

    On ne peut pas demander à un spectateur élevé au « Ritalin » de rester immobile dans un fauteuil pendant une heure et plus, face à une interprétation - dont il n'est pas prêt ou disposé à saisir les nuances, puisqu'il n'a pas eu de rapport préalable avec le texte - au rythme apparent plusieurs fois plus lent que celui de toute autre forme de divertissement facile à laquelle il aurait accès pour moins d'argent, avec moins d'effort intellectuel et plus d'opportunités de décharge émotionnelle. Les jeunes - et les moins jeunes, d'ailleurs - sont souvent dans le mode de la « sortie culturelle » et non pas dans celui de « l'immersion culturelle ». Il s'agit d'une fuite du quotidien vers l'exceptionnel et non pas d'une (re-)découverte de l'exemplaire.

    Pour qu'ils puissent apprécier les arts classiques, mais aussi les arts contemporains, ceux qui ne sont pas encore tombés dans l'exceptionnalisme dérisoire de l'intensité crue des émotions primaires ou dans la tentation de la distanciation choquante des états-limite, il faut d'abord leur apprendre, à l'école si possible, les vertus de l'exemplarité dans l'art, de la recherche d'universalité. Ils auront ainsi, peut-être, à nouveau accès aux émotions secondes, cette note profonde du parfum de la culture classique qui nous accompagne encore longtemps après la fin du spectacle.

  • evens bellevue
    Inscrit
    dimanche 11 février 2007 13h40
    Les jeunes ne delaissent pas la culture c'est plutot le contraire...
    En tant que disc-jockey, je pense vraiment que les jeunes ne sentent pas de place faits pour eux. Je ne veux pas encore m'acharner sur les baby-boomers mais je pense sincèrement qu'il y'a du monde qui sont dans des positions auquels ils n'ont pas d'affaires a etre la. Les lieux de cultures n'ont absolument RIEN à offrir pour les jeunes.

    Pourquoi? Parce qu'il n'y a personne qui a vraisemblament trouvé le tour pour initier la génération d'après. Les annonces "riendemoins.ca" pour encourager les études dans
    la comptabilité en est une preuve, parce la génération d'avant m'avait appris que des comptables sont des des hommes chauves renfermés qui ne savent pas comment
    agencer la couleur de leurs bas avec leurs chemises. Maintenant on essaie de les rendre "full cool". Ouin...

    être jeune aujourd'hui et voir des animateurs de radio dite "branché" grisonnant n'a RIEN d'attrayant. La culture quebecoise malheureusement est completement "matantifié".
    On essaye de plaire à un ideal pré-concue qui prend forme de la femme 40-60 ans habitant en region. Tout est centré vers cette clientèle. Pourquoi? Des chanteurs et

    chanteuses de relève ne font que refaire ce qu'il a déja été fait il y'a 20 ans. Quand je vois des chanteuse comme Cindy Daniel (malgré que c'est pas mon style, je trouve qu'elle a un talent) qui semble être dans la début 20-aine et qui fait des chansons de "matante" je change de poste, point. Et on veut que des jeunes de 18-24 s'identifie à ce monde la? Ben voyons donc...

    Maintenant j'ai 32 ans, et quand je veut ecouter de la musique qui me rejoint, je cherche ailleurs. Ca c'est très malheureux car je sais que je ne suis pas le seul. Des
    spectacles de rock? Quoi, Pink Floyd encore? C'est certain que j'irai pas (malgré que j'aime leurs albums). Entre une "game" de playstation et écouter du Gregory Charles
    pour un ado, pensez-vous que le choix est si dur? Gregory Charles a mon age et moi je veut pas ecouter sa musique. Aussi un autre point, Les jeunes ont-ils des idoles
    d'ici? Je parle des idoles "made in quebec", pas 50cent la. C'est qui? Les académiciens (nnes)? Julie Snyder? Garou? Qui? Clodine? C'mon...

    Meme nos humoriste sont "plate". Des jokes de cabanons, c'est pas bon. A part Mike Ward et Martin Matte, on à pas des Chris Rock, des Robin Wiliams,etc. On ne me fait pas rire, pensez meme pas a faire rire un jeune. Ca ne marchera pas. Nos emissions TV sont mediocre aussi. Un Homme Mort a TVA etait la seul serie qui m'avait completement accroché et qui etait EXCELLENT, digne de la lignée 24, the Wire & CSI chez nos voisins américains. Et on le retire. POURQUOI? C'etait trop bon? Mes nièces de 14 ans ecoutait ca, eux! Je sais qu'il doit avoir d'autre raisons plus evidente mais au yeux d'un télé-spectateur moyen, comme moi, c'est a ca que ca ressemble. Wow...

    Dans le debats des accomodements raisonables, le point qui semble faire peur au quebecois(se) c'est la perte de leur identité et leur culture. Moi je dit que si on pousse nos artistes du rire, des arts et de la chanson à faire ce qu'ils font pour les "matantes" seulement, inquietez vous pas, on va la perdre notre culture pour de vrai. Pourtant moi je croit au potentiel d'ici, qu'il est bouillonant et qu'il va exploser. Notre cinema en est une preuve, l'une des meilleurs au monde, donc pourquoi s'arrêter la? Conclusion, c'est les "baby-boomers" qui programme la radio, la television, les salles de spectacles, et les parents (maintenant des grands-parents dans certain cas) qui devront faire les premiers pas, pas le contraire. Les jeunes d'aujourd'hui sont des clients aussi et le client a toujours raison.

    Un Mononcle desenchanté

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