vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 07h57
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Diversité - Gestion de la différence

La diversité culturelle présente bien sûr un nombre infini de visages. Elle fait l'objet de doctes observations et donne à penser à beaucoup de chercheurs. Ils sont nombreux à développer leur propre créneau et à analyser la chose selon le cadre conceptuel pointu pour lequel ils ont opté.

Pour Annick Germain, professeure-chercheure titulaire à l'INRS, urbanisation, culture et société, la fragmentation culturelle est au centre des enjeux sociaux contemporains. Selon elle, la culture est moins que jamais ce qui rassemble les acteurs sociaux, mais serait au contraire ce autour de quoi se définissent les différences, ce qui remet en question d'anciens principes d'unité. En sortant du domaine du privé, la diversité culturelle — sous sa forme ethnique, religieuse ou linguistique ou sous celle des catégories d'âge, de genre ou d'appartenances régionales — est désormais inscrite au coeur de ce qui fragmente la société, tranche-t-elle. Pourtant, les instances gouvernementales ne semblent pas toujours vouloir rendre compte de ces diverses aspérités. Cela se «traduirait» même dans l'appellation officielle du ministère qui a pour responsabilité d'accueillir les nouveaux arrivants. De ministère des Communautés culturelles, on est passé au ministère de l'Immigration et des Citoyens. Le gouvernement du Québec donne donc, selon elle, peu de place à la reconnaissance de différences profondes.

«Il y a une évolution dans la politique québécoise qui me semble adoptée, une orientation plus proche de ce que les Français appellent les approches universalistes républicaines qui, par définition, accordent moins d'importance aux différences culturelles et aux communautés qui les portent. Il y a une volonté de considérer que tout immigrant arrivé au Québec après trois ans n'en est plus un. Il est certain que ça part d'une volonté d'intégration mais on ne peut quand même pas ignorer le processus d'adaptation et le fait que les gens que nous accueillons sont porteurs de différences qu'ils ont le droit de valoriser.» Elle soutient que la perspective civique définie par le gouvernement du Québec laisse, somme toute, peu de place à la reconnaissance de la diversité culturelle alors que, dans l'expérience quotidienne des Montréalais, cette dernière est omniprésente.

Ironiquement, Annick Germain croit que les intellectuels universitaires y sont pour beaucoup dans ce virage, puisqu'ils ont tenu un discours très fort sur l'importance de se méfier d'une ghettoïsation provoquée par la survalorisation des différences. En allant trop loin dans ce sens, le retour du balancier se fait maintenant sentir. Une situation qui appelle un certain doigté.

«Je pense qu'il faut gérer la diversité. C'est la réalité. On ne peut s'attendre à ce que des personnes venant d'horizons différents se fondent dans la masse de façon instantanée ni même que ce soit souhaitable à long terme. On doit donc être davantage à l'écoute de cette réalité que constitue la diversité culturelle dans une ville comme Montréal aujourd'hui.» Elle rappelle, par ailleurs, que plusieurs enquêtes ont mis à jour l'existence au Québec d'une corrélation positive entre la fréquence des contacts vécus par des citadins, dans leur vie quotidienne et dans leur entourage, avec les personnes d'origines ethno-culturelles différentes, et leur tolérance vis-à-vis de cette diversité.

Premiers peuples

Carole Lévesque, professeure à l'INRS urbanisation, culture et société, et anthropologue de formation, s'intéresse de son côté à l'affirmation identitaire des groupes tenus jusqu'au début des années 1960 en marge du développement — les peuples amérindien et inuit, plus précisément. Elle établit ainsi un lien avec ce qui s'est passé à la même époque ailleurs en Occident. «Il y a des rapprochements importants à faire avec les revendications des populations amérindienne ou inuite qui précèdent les autres mouvements de revendication auxquels on assistera, dans la mesure où certaines représentations des Hurons et des Mohawks s'étaient tenues à Genève au début du XXe siècle. Après la mise en place de l'État-providence et d'un développement qui tendait vers une certaine universalité, on s'est bien rendu compte que les femmes, les Noirs aux États-Unis et les autochtones avaient un peu été mis en marge, qu'ils avaient des cultures bien particulières qui n'étaient pas les nôtres et qui étaient tout aussi valables.»

Ces gens ont commencé aussi à protester et à parler, eux aussi, de développement et de modernité. «On a aussi tendance à penser dans leur cas que, parce qu'on les tenait en marge du développement, ils n'appartiennent pas aujourd'hui à la modernité; c'est une erreur.» D'après Mme Lévesque, cette modernité des nations autochtones se manifeste notamment dans les questionnements d'ordre politique ou juridique à l'intérieur desquels ils doivent se positionner. Elle croit qu'ils sont aussi très modernes dans leur façon d'accorder beaucoup d'importance aux liens entre les individus «alors que notre société a perdu ça au profit de relations très pratiques quelquefois très froides. Les autochtones ont une longueur d'avance parce qu'ils accordent toujours plus d'importance à l'humanité, au fait humain, aux relations entre les individus».

Les perspectives transcontinentales de certaines questions font aussi état de ce trait. Mme Lévesque soutient qu'il y a souvent des parentés beaucoup plus importantes entre les autochtones du Nord et ceux du Sud et qu'on s'en rend compte maintenant parce que ce sont les autochtones eux-mêmes qui se reconnaissent les uns dans les autres. «Ceux d'ici entretiennent déjà des liens réguliers avec des groupes autochtones du Mexique et d'Amérique du Sud, quasiment autant, sinon plus que les chercheurs. Souvent ils nous ouvrent le chemin. Si on ne le voit pas, on arrive à des écueils.» D'après elle, les anthropologues, par leur formation, sont plus attentifs et peuvent jouer un grand rôle pour favoriser la rencontre entre les autochtones et les Québécois, parce que l'anthropologue se trouverait dans une position idéale d'intermédiaire pour traduire certaines réalités. «En fait, le métier d'anthropologue, c'est un métier de traduction culturelle, de correspondance entre des univers distincts et des préoccupations distinctes; c'est notre rôle de pouvoir traduire, de faire la connexion, de faire le point.»

Anglophones et identité

Ce rapprochement entre les communautés fait aussi partie des priorités de Jack Jedwab, directeur général de l'Association d'études canadiennes qui, pour sa part, s'intéresse plus particulièrement à l'évolution de l'identité de la minorité québécoise de langue anglaise — distincte, selon lui, de celle du reste du Canada — et il porte son attention à l'expression culturelle émanant de cette communauté.

«On a l'impression, si on survole la littérature et les productions culturelles des anglophones d'ici, de voir qu'il y a une influence importante de la question nationale dans ses multiples variations et manifestations. De nombreuses satires sont marquées par les événements politiques au Québec et la réaction des anglophones face à ces événements est mise en relief grâce à cette forme de distanciation.»

Il croit que les anglophones considèrent en général qu'ils sont d'abord Montréalais et que le caractère cosmopolite de la ville facilite cette identification. Les anglophones sont très attachés à Montréal, où la langue et la communauté anglophones sont très peu menacées alors qu'à l'extérieur, cette communauté est beaucoup plus fragile d'un point de vue institutionnel et démographique, soutient-il. «Kevin Parent, en tant que bloke de la Gaspésie, est un des rares représentants d'une expression biculturelle hors Montréal.»

Jack Jedwab a aussi remarqué un changement démographique important dans la mesure où, croit-il, les gens qui ont des origines britanniques se définissent moins comme étant liés à la Grande-Bretagne qu'ils ne le faisaient il y a 40 ou 50 ans. «Dans la communauté anglophone, il y a maintenant un important métissage. La notion de Wasp (White Anglo-Saxon Protestant) est maintenant un peu mythique. Je pense qu'on a vu depuis bon nombre d'années que la question constitutionnelle est de moins en moins pertinente auprès de la population montréalaise, ce qui fait qu'on se chicane moins autour de ça et qu'on est en train de voir nos rapports autrement. On dialogue sur d'autres bases et on peut construire plus de projets conjointement. J'ai travaillé longtemps pour le Congrès juif canadien et on mettait de l'avant beaucoup de programmes de rapprochement entre les communautés. On essayait d'éviter la question constitutionnelle dans nos programmes parce c'était mauvais pour l'harmonie dans le dialogue. Je trouve que, pour les anglophones, il y a en ce moment de belles occasions de mieux connaître la culture de leurs voisins et je dirais que l'on traverse une période où l'insécurité est moins forte, ce qui fait que l'on a plus d'ouverture de part et d'autre en ce qui concerne la diversité de ces expressions culturelles qui enrichissent collectivement le Québec.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012