Guy Bellavance - Démocratisation ? Non !
Une «démocratisation de la culture» est-elle encore possible dans notre société? Le terme lui-même déplaît à Guy Bellavance, professeur à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS). Selon lui, certains milieux sont plus propices que d'autres à une telle ouverture. La compréhension d'une oeuvre artistique demande temps et engagement. Deux notions qui font défaut dans notre société.
«J'essaie d'employer le moins souvent possible le terme "démocratisation de la culture", car celui-ci est lié aux projets des gouvernements d'étendre l'art à un plus large public», affirme-t-il. Selon lui, construire plus de théâtres ou de salles d'exposition n'entraîne pas automatiquement un accroissement de visiteurs. Ce qu'il importe plutôt de faire, c'est de mieux enseigner la notion artistique. Et pas seulement dans les écolesÉ
«Depuis une quarantaine d'années, il existe un réel manque d'éducation populaire en ce qui concerne le milieu artistique», affirme-t-il. Car pour devenir un adepte, «il faut d'abord avoir
été initié».
Bien que les médias assurent une certaine connaissance de base, l'engagement requis pour apprécier ce domaine en décourage plusieurs. «Le facteur temps joue à l'encontre du milieu artistique, parce qu'il en faut beaucoup pour apprécier l'art à sa juste valeur. De plus, il doit obligatoirement être doublé d'un engagement personnel qui ne soit pas que superficiel.»
L'art est-il universel?
Avant le XVIIIe siècle, le mot «artiste» désignait une personne qui pratiquait un métier ou une technique difficile. Aujourd'hui, le terme désigne simplement le créateur d'une oeuvre d'art. Est-ce alors à la portée de tous? «On a longtemps cru, à tort, que l'art est universel et que les grandes oeuvres touchent tout le monde. Pourtant, c'est loin de se dérouler de cette façon: certains aiment, d'autres pas», explique le chargé de cours dans les domaines de la sociologie des arts et de la culture à l'INRS. «Il y a des milieux sociaux où l'art circule plus facilement qu'ailleurs, est-ce que ça veut dire que l'art doit être sorti de ces milieux?», questionne-t-il.
Pour illustrer sa pensée, il cite en exemple la poésie: «Elle s'adresse à des individus plutôt qu'à la masse. Son résultat crée autant d'effets que Céline Dion, mais ceux-ci sont beaucoup moins visibles.» La logique de la publicité est également étrangère à cette forme d'expression. «Et il n'est pas nécessaire que tout le monde entende de la poésie», poursuit-il. En plus, il importe également de définir les limites, d'établir jusqu'où la société est prête à aller: «Il y a dans l'art une dimension subversive qui fait peur. L'expression artistique constitue une forme de violence symbolique qui n'est pas destinée à tous.»
L'art menacé
par l'économie
Face à la montée d'une uniformisation culturelle et à un envahissement américain constant, il appert que la société perd tranquillement de vue la notion de créativité propre à l'artiste. «Je trouve regrettable que nous voyions de moins en moins d'artistes et de plus en plus de vedettes.» La rentabilité maladive semble obnubiler la recherche de sens qui draine les créateurs. «L'art a un impact réel sur la société, mais ce sont des effets qui ne se quantifient pas puisqu'ils s'inscrivent davantage dans une quête de sens symbolique. Il existe également une dimension anthropologique fondamentale à cette notion mais, malheureusement, on la perd de vue.»
Les efforts du gouvernement pour raffermir et promouvoir le domaine culturel ne semblent toutefois pas enthousiasmer le principal intéressé: «Il faut d'abord se demander ce que l'on désire démocratiser.» De ce fait, il existe plusieurs actions qui mènent toutes à des résultats différents. «Le gouvernement a investi beaucoup d'efforts dans la consolidation et l'organisation du milieu artistique. L'idée consiste à croire que mieux c'est fait, plus ça attire de gens. Il aurait toutefois fallu y ajouter un véritable enseignement pédagogique, qui n'a malheureusement pas suivi.»
Malgré tout, le phénomène artistique se porte bien et est encore loin d'être éclipsé: «Le mythe de l'artiste comme représentant de la culture et porte-parole de la société est encore très présent. L'image transcende l'artiste lui-même.» Comment se porterait notre société si la soupape qui nous est offerte par les artistes n'existait pas? «Pour ma part, je ne saurais pas comment m'en passer», répond Guy Bellavance.
«J'essaie d'employer le moins souvent possible le terme "démocratisation de la culture", car celui-ci est lié aux projets des gouvernements d'étendre l'art à un plus large public», affirme-t-il. Selon lui, construire plus de théâtres ou de salles d'exposition n'entraîne pas automatiquement un accroissement de visiteurs. Ce qu'il importe plutôt de faire, c'est de mieux enseigner la notion artistique. Et pas seulement dans les écolesÉ
«Depuis une quarantaine d'années, il existe un réel manque d'éducation populaire en ce qui concerne le milieu artistique», affirme-t-il. Car pour devenir un adepte, «il faut d'abord avoir
été initié».
Bien que les médias assurent une certaine connaissance de base, l'engagement requis pour apprécier ce domaine en décourage plusieurs. «Le facteur temps joue à l'encontre du milieu artistique, parce qu'il en faut beaucoup pour apprécier l'art à sa juste valeur. De plus, il doit obligatoirement être doublé d'un engagement personnel qui ne soit pas que superficiel.»
L'art est-il universel?
Avant le XVIIIe siècle, le mot «artiste» désignait une personne qui pratiquait un métier ou une technique difficile. Aujourd'hui, le terme désigne simplement le créateur d'une oeuvre d'art. Est-ce alors à la portée de tous? «On a longtemps cru, à tort, que l'art est universel et que les grandes oeuvres touchent tout le monde. Pourtant, c'est loin de se dérouler de cette façon: certains aiment, d'autres pas», explique le chargé de cours dans les domaines de la sociologie des arts et de la culture à l'INRS. «Il y a des milieux sociaux où l'art circule plus facilement qu'ailleurs, est-ce que ça veut dire que l'art doit être sorti de ces milieux?», questionne-t-il.
Pour illustrer sa pensée, il cite en exemple la poésie: «Elle s'adresse à des individus plutôt qu'à la masse. Son résultat crée autant d'effets que Céline Dion, mais ceux-ci sont beaucoup moins visibles.» La logique de la publicité est également étrangère à cette forme d'expression. «Et il n'est pas nécessaire que tout le monde entende de la poésie», poursuit-il. En plus, il importe également de définir les limites, d'établir jusqu'où la société est prête à aller: «Il y a dans l'art une dimension subversive qui fait peur. L'expression artistique constitue une forme de violence symbolique qui n'est pas destinée à tous.»
L'art menacé
par l'économie
Face à la montée d'une uniformisation culturelle et à un envahissement américain constant, il appert que la société perd tranquillement de vue la notion de créativité propre à l'artiste. «Je trouve regrettable que nous voyions de moins en moins d'artistes et de plus en plus de vedettes.» La rentabilité maladive semble obnubiler la recherche de sens qui draine les créateurs. «L'art a un impact réel sur la société, mais ce sont des effets qui ne se quantifient pas puisqu'ils s'inscrivent davantage dans une quête de sens symbolique. Il existe également une dimension anthropologique fondamentale à cette notion mais, malheureusement, on la perd de vue.»
Les efforts du gouvernement pour raffermir et promouvoir le domaine culturel ne semblent toutefois pas enthousiasmer le principal intéressé: «Il faut d'abord se demander ce que l'on désire démocratiser.» De ce fait, il existe plusieurs actions qui mènent toutes à des résultats différents. «Le gouvernement a investi beaucoup d'efforts dans la consolidation et l'organisation du milieu artistique. L'idée consiste à croire que mieux c'est fait, plus ça attire de gens. Il aurait toutefois fallu y ajouter un véritable enseignement pédagogique, qui n'a malheureusement pas suivi.»
Malgré tout, le phénomène artistique se porte bien et est encore loin d'être éclipsé: «Le mythe de l'artiste comme représentant de la culture et porte-parole de la société est encore très présent. L'image transcende l'artiste lui-même.» Comment se porterait notre société si la soupape qui nous est offerte par les artistes n'existait pas? «Pour ma part, je ne saurais pas comment m'en passer», répond Guy Bellavance.
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