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    Emily Carr revisitée

    17 juin 2006 |Anne Michaud | Actualités culturelles
    Emily Carr, Blunden Harbour, v. 1930, huile sur toile.
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
    Photo: Emily Carr, Blunden Harbour, v. 1930, huile sur toile. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
    Jusqu'au 4 septembre prochain, le Musée des beaux-arts du Canada présente Emily Carr. Nouvelles perspectives, une exposition rétrospective qui propose un nouveau regard sur l'oeuvre de l'artiste.

    Pour une artiste qui n'a véritablement commencé sa carrière qu'à 56 ans, on peut dire qu'Emily Carr a fait du chemin! En effet, depuis sa mort, en 1945, c'est la quatrième exposition rétrospective majeure qui lui est consacrée! Le MBAC lui-même s'était déjà livré à cet exercice en 1990, mais l'institution fédérale n'a pas pu refuser l'invitation de la Vancouver Art Gallery, qui voulait célébrer son 75e anniversaire en mettant à l'honneur la plus célèbre, et la plus controversée, des artistes britanno-colombiens.

    Il fallait donc préparer une exposition qui se démarquerait des rétrospectives antérieures... Après mûre réflexion, les commissaires ont choisi «d'explorer comment les différentes expositions ayant révélé Carr ont aussi collaboré à construire un portrait de l'artiste et de ses préoccupations», explique le directeur du MBAC, Pierre Théberge. Par conséquent, les quelque 200 objets présentés — peintures, dessins, aquarelles, caricatures, oeuvres en céramique, sculptures, tapis crochetés, livres, cartes géographiques, photographies et documents — sont divisés en trois groupes représentant chacun une manière différente d'aborder l'oeuvre d'Emily Carr.

    Une spiritualité croissante

    Les premières salles reproduisent partiellement l'exposition L'Art de la côte ouest du Canada: autochtone et moderne présentée à la Galerie nationale du Canada (aujourd'hui le Musée des beaux-arts) en 1927. Le directeur du musée, Eric Brown, et l'ethnologue Marius Barbeau prétendaient démontrer par cette exposition que l'art autochtone était un art du passé, qui n'évoluait plus mais qui servait néanmoins d'inspiration à des artistes non autochtones modernes. C'est à ce moment que les tableaux et les tapis crochetés d'Emily Carr, découverts par Brown et Barbeau quelques mois auparavant, furent montrés pour la première fois au public de la côte est.

    Âgée de 56 ans, Carr avait plus ou moins délaissé la peinture depuis quelques années, pour gagner sa vie en tenant une pension, en crochetant des tapis et en faisant de la poterie. Malgré le peu de succès remporté par l'exposition auprès du public, ce fut l'occasion pour Carr de rencontrer des artistes tels que Lawren Harris, du Groupe des Sept, qui l'encouragea fortement à poursuivre le travail qu'elle avait entrepris.

    Dès son retour en Colombie-Britannique, Emily Carr reprit donc ses pinceaux et se remit à parcourir la province et à fréquenter les communautés autochtones, auprès de qui elle trouvait son inspiration. Sa renommée franchit bientôt les frontières canadiennes et dépassa même celles de l'art pictural, puisqu'elle publia quelques livres, dont Klee Wyck (Celle qui rit), un ouvrage dans lequel elle raconte ses voyages dans les villages autochtones, qui lui valut le Prix du gouverneur général en 1941.

    À sa mort, en 1945, l'Art Gallery of Toronto organisa une première exposition rétrospective de l'ensemble de sa carrière. C'est le cadre et une partie du contenu de cette exposition qui est reproduit dans la seconde section de l'exposition actuellement présentée au MBAC. À ce moment, Emily Carr était présentée comme une artiste canadienne moderne, inspirée par son environnement immédiat, au même titre que le Groupe des Sept. On soulignait particulièrement le fait que ses tableaux, empreints au début d'un caractère quasiment documentaire, avaient acquis au fil des ans une expressivité et une spiritualité croissantes.

    Le regard sur le regard sur le...

    Enfin, la troisième partie d'Emily Carr. Nouvelles perspectives propose d'autres façons d'aborder les thèmes préférés de l'artiste et aborde certains aspects de sa vie personnelle. Ainsi, on juxtapose certains tableaux représentant des arbres avec des photographies illustrant l'état de l'industrie forestière de la Colombie-Britannique dans les années 1930; on montre aussi comment les mâts totémiques si chers à Emily Carr étaient utilisés, entre autres sur des cartes postales, pour promouvoir le tourisme culturel sur la côte ouest.

    Cette dernière partie de l'exposition permet même au visiteur de découvrir, avec une certaine stupéfaction, que cette femme à l'air sévère était dotée d'un bon sens de l'humour, qu'elle exprimait particulièrement par des caricatures dans lesquelles elle se représentait dans toutes sortes de situations. On y présente finalement diverses publications, lettres et autres documents publics et privés, qui font état de ce que ses amis, les critiques et le public en général pensaient d'elle et de son oeuvre.

    Cette manière d'aborder l'oeuvre d'Emily Carr peut être déroutante lorsqu'on est habitué à une présentation chronologique ou thématique des oeuvres d'un artiste. Mais peu importe la présentation des oeuvres, ce qui compte c'est que les visiteurs qui se rendront au Musée des beaux-arts du Canada cet été pourront y voir certains des tableaux les plus connus d'une des artistes les plus appréciées du Canada. Quant à la réflexion que les commissaires ont voulu susciter sur la manière dont la représentation d'un artiste se crée à partir des expositions qui lui sont consacrées, elle pourra être appréciée par quelques experts et amateurs éclairés...

    L'exposition Emily Carr. Nouvelles perspectives est à l'affiche à Ottawa jusqu'au 4 septembre 2006 et sera par la suite présentée à Vancouver, à Toronto, à Montréal et à Calgary. À noter que toutes les Emily, peu importe l'orthographe exact de leur nom, sont admises gratuitement au Musée des beaux-arts du Canada à condition d'être accompagnées. Pour renseignements, consulter le site www.musee.beaux-arts.ca.

    Collaboratrice du Devoir












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