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Vitrine du disque

THE CAPITOL ALBUMS

VOL. 2

The Beatles

Coffret de quatre disques

Capitol - EMI

C'était une magouille. Histoire d'allonger la sauce, Capitol charcutait pour le marché de l'Amérique les albums des Beatles tels que parus ailleurs dans le monde. Titres enlevés ici et là, quelques faces de 45-tours ajoutées, et puis voilà: une galette de plus dans les bacs. Pire, pour grossir le son mono privilégié par le réalisateur George Martin, les Ricains bidouillaient du faux stéréo (l'infâme procédé Duophonic). Bref, on se faisait avoir. Seulement, voilà, on aimait ça quand même. C'était les Beatles, après tout, et ces disques-là — The Early Beatles, Beatles VI, Help! avec la trame instrumentale du film, Rubber Soul raccourci — nous devinrent familiers et chéris. Quand advint le CD, les Beatles imposèrent partout les versions originales. Et nos disques à nous? Capitol les ressort depuis l'an dernier, en coffrets, versions mono et stéréo. Joie! Enfin, je retrouve l'intro jamesbondienne de Help!, le faux départ d'I'm Looking Through You, etc. Curieuse chose que d'aimer ces disques jamais voulus par les Beatles. Ainsi va la nostalgie. On veut ce qu'on a eu. Défauts compris.

Sylvain Cormier

***

CRAZY MAMA!

Lulu Hughes

Novem - Sélect

C'est entendu, Lulu Hughes est notre Janis, notre Chaka Khan, notre Etta James, notre big bad crazy hot mama locale, mais aucun enregistrement n'était encore parvenu à en témoigner assez puissamment. En 2002, un premier album échouait honorablement: l'énergie fuyait de toute part. Ce coup-ci, c'est réussi: on a harnaché l'énergie de la centrale électrique Lulu. Question de canalisation. Ici, tout va dans la même direction. La formidable chanteuse nous entraîne à travers un siècle de musique frénétique, sorte de tour de la planète danse à elle toute seule: ça y va en swing, en jazz, en boogie, en rock'n'roll, en blues, en soul, en funk, en disco, en latino, en hard rock même, souvent dans la même chanson. C'en est essoufflant tellement c'est soutenu, avec des guitares qui hachent menu, des percussions qui fessent ferme et des cuivres qui pouêêêêttent de santé. L'approche n'est surtout pas historique: tout ça est Lulu Hughes, véritable rhythm'n'soul revue sur deux jambes. «Qui m'aime me suive», s'écrie-t-elle dans la chanson-titre. Qui résiste s'épuise, oui.

S. C.

***

Foe Destroyer

Stephen Beaupré

Mutek_Rec - Fusion 3

On l'a connu à travers le duo Crackhaus avec Scott Monteith, mais cette fois-ci, il fait le pari d'un premier album solo, signé Mutek_Rec. Avec Foe Destroyer, Stephen Beaupré, qui performe ce soir au festival Mutek à la Fonderie Darling, livre un album hybride solidement construit. Des morceaux un peu plus expérimentaux (Dark Water, My Old Lady Silhouette) servent de hors-d'oeuvre à une série de pièces de plus en plus dansantes, funky et ludiques (El Gato, Les Filles, Sacrelicious, Keep Your Hands Off). Les voix qui parsèment l'ensemble confèrent une petite touche délicieusement organique. Toutefois, Stephen Beaupré ne fait pas le compromis de la facilité et de la prévisibilité. Les pièces sont méticuleusement architecturées et ne nous emmènent jamais tout à fait là où on s'y attendait. Plump City et Alcahuaz nous font renouer avec un son plus proche de ce que fait Crackhaus, mais de manière générale, Foe Destroyer porte une marque totalement originale et très riche dans l'éventail sonore. Les Filles, surtout, exercent si bien leur charme...

Frédérique Doyon

***

BEHMANKA

Mamadou Diabate

World Village - Fusion 111

Cousin du grand Toumani Diabate, Mamadou relève de la tradition des djélis mandingues. Cela transparaît d'un bout à l'autre de ce disque. Né à Kita, au Mali, haut lieu d'un art noble, il a appris en bas âge les rudiments de la kora, la grande harpe à 21 cordes qu'il maîtrise avec un remarquable doigté et dont il joue ici en solo. Fidèle à la manière de son pays, il se réclame de l'école classique tout en faisant évoluer les techniques de jeu de son instrument. Si, après son arrivée aux États-Unis en 1996, il s'était laissé taquiner par les démons de la fusion, il revient maintenant à l'essence acoustique et instrumentale d'une musique majestueuse, muse de l'ancienne cour impériale dès le XIIIe siècle. Improvisateur hors du commun, il peut facilement se donner de l'espace pour ornementer tout en nuances des pièces douces et délicates. À d'autres moments, il emprunte aux styles de la Gambie et de Casamance, nettement plus rythmiques et plus rapides. Il sait aussi faire voler les notes en leur conférant un caractère allègre et parfois euphorisant. À n'en point douter, Mamadou fait honneur à sa célèbre famille. À voir aux Francos le 11 juin sur la scène des Spectacles multiculturels.

Yves Bernard

***

BERLIOZ

La Damnation de Faust. Michael Myers, Marie-Ange Todorovitch, Alain Vernhes, Choeur philharmonique slovaque; Orchestre national de Lille, Jean-Claude Casadesus.

Naxos 2 CD 8.660 116-17.

Très belle surprise que cette Damnation enregistrée en concert en 2003. On y gagne en flamme sans perdre en précision, même si le ténor Michael Myers fatigue un peu dans la quatrième partie. La qualité de la discographie est à l'inverse du génie de l'oeuvre avec bien des versions vocalement inconstantes, «francophoniquement» exotiques, mal enregistrées ou dramatiquement fades. Avec un ou plusieurs de ces critères, on exclut des noms tels Munch, Davis (deux fois), Solti, Prêtre, Barenboïm, Dutoit, Nagano ou Ozawa. Ne restent que Markevitch (DG) et Gardiner (Philips). Markevitch, avec Richard Verreau en Faust, est le plus électrique, mais il pratique quelques coupures aussi inutiles qu'injustifiables. Ainsi, le nouveau disque de Casadesus se tire largement d'affaire par sa direction riche et bien balancée, un enregistrement réaliste et dynamique, son choeur juste et homogène et ses solistes très bien choisis, dont Alain Vernhes, parfait en Méphisto. Seul défaut notoire: le manque d'humour et d'imagination dans l'incarnation chorale de la deuxième partie.

Christophe Huss

***

DUKAS

Sonate en mi bémol majeur. Decaux: Clairs de lune. Marc-André Hamelin (piano). Hyperion CDA 67513 (SRI).

La Sonate de Dukas est un «gros morceau» de la littérature pianistique, une oeuvre très ambitieuse de trois quarts d'heure, écrite entre 1899 et 1900. Elle repose sur les héritages de Saint-Saëns et Franck, mais avec un sens presque austère de la grandeur et un volet final très lisztien. Cette composition rarement jouée a été, au disque, l'apanage de François-René Duchâble (EMI) devant sept ou huit autres enregistrements. La gravure de Marc-André Hamelin fait disparaître du paysage toutes les demi-mesures. Devant ce nouveau standard interprétatif, ne restent que Duchâble pour son programme entièrement dédié à Dukas et Margaret Fingerhut, meilleur choix économique (album Chandos Essential Dukas). Hamelin appelle les superlatifs s'agissant de sa virtuosité, sa rigueur architecturale et la carrure de son jeu. Les Clairs de lune d'Abel Decaux, en quatre volets d'une «atonalité impressionniste», peuvent susciter encore plus de sortilèges sonores et de demi-teintes. Mais ce disque est fondamental pour qui veut écouter de cette période autre chose que Ravel et Debussy.

C. H.
 
 
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