vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 07h57
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

De Visu - Regard et jeux dans l'espace... et sur toile

«Jeune, j'aimais lire à l'ombre des arbres, participer à des séances de la salle paroissiale où l'on jouait Molière ou Labiche avec mon cousin Saint-Denys Garneau, mes frères, ma soeur au beau temps des vacances», se souvenait Anne Hébert en 1993. Je tiens à vous dire tout ce que le paysage de Sainte-Catherine a fait pour moi depuis ma toute petite enfance. Marquée par ces lieux, l'auteure du Torrent et des Chambres de bois a voulu être inhumée au cimetière du village où repose également le poète Hector de Saint-Denys Garneau.

Ce paysage, c'est aussi le même qu'illustre Hector de Saint-Denys Garneau. Si le poète était également peintre, la peinture pour lui n'avait rien d'un hobby. Ses oeuvres décrivent son monde familier. Et surtout cette campagne de Sainte-Catherine-de-Fossambault à laquelle, lui aussi, est enraciné. On retrouve dans ses toiles un peu de cette fascination devant «le grand mystère du monde». Ce thème, il le partage dans ses écrits avec Anne Hébert.

S'ancrant dans les souvenirs du vert paradis d'une jeunesse où ils furent proches, l'exposition Filiations fait se côtoyer les univers d'Anne Hébert (1916-2000) et d'Hector de Saint-Denys Garneau (1912-1943). On y voit des manuscrits, des documents et tapuscrits, des objets familiers. Ces témoignages s'accompagnent d'une dizaine de tableaux peints par l'un, appréciés avec délectation par l'autre. La présentation se veut une conversation inédite entre deux univers qu'une même exigence poétique, et bien d'autres choses, unit. Elle se juxtapose à une «exposition dans l'exposition» produite par Bibliothèque et Archives Canada, portant plus précisément sur Saint-Denys Garneau.

Dessinateur très académique à ses débuts, Saint-Denys Garneau hisse peu à peu sa peinture au rang d'une expression à part entière. Souvent de dimensions réduites, ses tableaux s'inspirent par bien des côtés de ceux de John Lyman, précurseur de la modernité au Québec, que le peintre-poète admirait. Saint-Denys Garneau peintre ne sera redécouvert qu'en octobre 1993, à l'occasion du 50e anniversaire de sa mort. Six ans plus tard, le Musée de Joliette consacrait à son oeuvre picturale une grande exposition itinérante. À Sherbrooke, l'exposition Filiations rassemble une dizaine de ses oeuvres. La plupart de ces huiles sur toile, le plus souvent sans titre, datent de 1943. Sur certaines toiles, des lieux, des sites fréquentés sont clairement identifiables. On y reconnaît ainsi les terres au-delà de la rivière Jacques-Cartier. Saint-Denys Garneau pouvait les apercevoir des hauteurs derrière le manoir Juchereau-Duchesnay. Ailleurs, la boulangerie de Pierre Beaumont, aussi maître de poste, est représentée. Cette petite maison rouge fut louée par le père d'Anne Hébert, Maurice Hébert. Saint-Denys Garneau photographiait également des scènes que son regard aimait particulièrement: le manoir familial, le jardin dont il s'occupait, le torrent déchaîné des environs, des arbres sous la neige.

Royaumes en commun

«Je peins comme un enragé mais sans rage. Calmement», écrit-il dans son journal. Là, dans la féerie des sous-bois d'automne inondés d'ombre, des sapins ponctuent l'olive des feuillus et l'ocre jauni des prés. Refuge et réservoir pour l'imaginaire, la nature a été croquée sur le motif par l'oeil aux aguets de Saint-Denys Garneau.

Publié à compte d'auteur en 1937, son recueil Regard et jeux dans l'espace est accueilli dans l'indifférence. «Ce qui équivaut, pour le poète, notait Anne Hébert, à la confirmation de son propre jugement destructeur.» De retour d'Europe, il s'isole de plus en plus longtemps au manoir de Sainte-Catherine. En peinture, ses dernières oeuvres témoignent d'horizons rompus par des impasses, un arbre qui s'abat ou des ciels bas et nuageux. Saint-Denys Garneau meurt en canot en 1943 à 31 ans, victime d'une crise cardiaque. En décembre 1944, dans La Nouvelle Relève, Anne Hébert dresse une sorte de testament artistique de son cousin, que «la lumière a reconquis». «Nous habitions, écrit-elle, la même campagne. La même campagne et le même été. Nous avons mis nos royaumes en commun [...] J'étais la plus petite. Il m'apprenait à voir la campagne. La lumière, la couleur, la forme: il les faisait surgir devant moi [...] Le paysage d'eau et de feuillages avait fait un pacte avec lui, conclut-elle poétiquement. [...] Le paysage a accepté l'offrande consommée sur cette grève de glaise près des sapins noirs... »

Conservée à la bibliothèque Anne-Hébert de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier (le nom du village a changé avec les années), une huile de Saint-Denys Garneau transcrit la courbe sinueuse du cours d'eau. Au-delà du jade moussu des feuilles, l'ombre sombre des résineux anime les rives tandis que la rivière charrie ses flots d'écume. Cette toile était particulièrement chère à Anne Hébert, présente à ses côtés lorsqu'elle a été peinte.

Peintre, Saint-Denys Garneau l'est également dans ses écrits. Sa correspondance recèle d'allusions à la lumière, aux couleurs du paysage. Il décrit ainsi en 1940 ce qu'il voit: «Les arbres sont roses dans le soleil couchant.» La montagne entre eux est d'une teinte indigo. Les arbres roses deviennent mauves, puis violets, ensuite gris du soir, de ce gris chaud un peu brun et qui se mêle à tout.

On dirait que la brunante promène une poivrière sur le tableau qui est encadré par la fenêtre.

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012