Vitrine du disque
VIVALDI
Les Quatre Saisons.
Alexandre da Costa (violon), Wiener Concert- Verein, Christian Schulz.
Disques XXI XXI-CD 2 1528.
Le nouveau disque d'Alexandre da Costa nous arrive avec un cadeau fort utile: une corde de violon! J'ai essayé de l'employer comme fil dentaire, au grand dam de mes gencives. Et en fil à couper le beurre, cela ne marche pas non plus: le machin se tortille et vous envoie du beurre au plafond... Toute suggestion d'utilisation pratique peut-être rapportée à l'éditeur (www.XXI-21.com). On est par ailleurs heureux de vous dire que le «Vienna, Germany» indiqué dans la notice ne signifie pas que cet enregistrement a été réalisé sous l'Anschluss, entre 1938 et 1945. C'est bel et bien un — excellent — témoignage de 2005. Pour le reste, à part le minutage trop bref, il n'y a que de fort belles choses à dire. Le son d'Alexandre da Costa se bonifie grandement: il est moins acide et moins durement projeté que par le passé. D'un point de vue esthétique, ces Quatre Saisons trouvent le juste équilibre entre l'évocation, la vie, le style et le tact. Le Wiener Concert-Verein suit avec un surprenant engagement son soliste inventif (sublime cadence au milieu de L'Automne) et vivant. Un disque court (41 minutes) mais remarquable.
Christophe Huss
***
FAURÉ
Mélodies. Jos van der Crabben (baryton), Inge Spinette (piano). Fuga Libera FUG 510 (distribution: Gillmore); Mélodies (intégrale). Elly Ameling (soprano), Gérard Souzay (baryton), Dalton Baldwin (piano). Brilliant 4 CD 92792 (distribution: SRI).
L'étiquette belge Fuga Libera publie, outre une excellente version du Te Deum de Charpentier par Jean Tubéry, un bijou discret qu'il convient de sauver de l'anonymat. Les mélodies de Fauré par Jos van der Crabben (dont Poème d'un jour, L'Horizon chimérique et La Bonne Chanson) font partie de ces miracles inespérés, nés de la conjonction d'une voix, d'une intelligence et d'un répertoire. Jusqu'à présent, c'est Camille Maurane qui, dans les années 50, avait opéré idéalement cette fusion, ce parfait dosage du volume vocal, de la fluidité et de la présence du mot. Dans la lignée qui nous mène à Jos van der Crabben, on ne trouve à ce chapitre que Bernard Kruysen (disques Valois). Écouter ensuite Gérard Souzay faire le paon dans l'intégrale, pourtant renommée, jadis publiée par EMI, est impossible. Quelle modestie d'un côté, quelle fatuité de l'autre! Si vous voulez un bon coffret pas cher de mélodies chez Brilliant, achetez les Brahms de Fischer-Dieskau.
C. H.
***
COR DE POR
L'Ham de Foc
Justin Time / Fusion 111
À la première écoute, on ne saurait dire avec exactitude d'où provient cette musique, tellement les références méditerranéennes s'ouvrent à l'Orient et se croisent dans le temps comme dans l'espace. Au départ, Mara Ananda, chanteuse à la voix claire, pure et pourtant nasillarde, s'élève en catalan sur les musiques d'Efrén Lopez, compositeur et multi-instrumentiste pouvant tabler sur un impressionnant arsenal d'instruments à cordes. Les deux sont de Valence, mais ont parcouru la Grèce et la Turquie avant la réalisation de ce troisième album. Tout cela s'entend! En plus, tout au long de l'odyssée sonore, seront intégrés 15 autres instrumentistes avec leurs lots de percussions en tout genre, y compris cuillers, harpe celtique, bouzouki irlandais, cornemuse et nombre d'instruments à vent. Si l'esprit d'ensemble rappelle la musique ancienne, le groupe s'accorde de grandes libertés, aussi bien dans l'interprétation que dans l'improvisation et l'agencement des instruments qui alterneront, souvent plusieurs à la fois, sans provoquer de cacophonie, avec une déconcertante rapidité, provoquant de saisissants contrastes et faisant co-habiter le pouvoir expressif d'une musique intense et la beauté de moments plus éthérés.
Yves Bernard
***
FICTIONS
Jane Birkin
Capitol / EMI
Un disque de Jane Birkin presque tout en anglais dans le texte? La drôle d'idée que voilà. Comme si elle était anglaise! Ah oui, Jane EST anglaise! J'avais oublié. Sur l'album d'avant, Rendez-vous, elle tâtait déjà un peu d'angliche, mais en touriste, croyait-on, française d'adoption en goguette chez les ancêtres. Ce coup-ci, l'intention est plus marquée: en plus de susurrer du Beth Gibbons (de Portishead), elle se love aux mélodies mellifluentes de groupes cultes (The Magic Numbers, The Divine Comedy) et de quelques Montréalais renommés (Rufus Wainwright, Gonzales), en plus de s'offrir du Kate Bush, du Tom Waits et du Neil Young (la tendre Harvest Moon). Les rares titres en français (signés Cali, Dominique A. et Arthur H, plus un récitatif de Hervé Guibert sur fond de Ravel), ont presque l'air de trop. C'est joliment chanté, mais l'impression est bizarre: ce n'est plus notre «Djane». Sans accent charmant, sans les rimes riches de «Cheurge», c'est une chanteuse anglaise parmi d'autres chanteuses anglaises. Déception? Paradoxalement, oui. Malgré les chouettes guitares de Johnny Marr.
Sylvain Cormier
***
Brotherman
In the Fatherland
Roland Kirk
Étiquette Hyena
Ah! Rahsaan Roland Kirk! Saxophoniste, flûtiste, anthropologue et grand prêtre vaudou du jazz ou, plutôt, de sa tradition, de son histoire, Kirk est aujourd'hui trop négligé. Trop oublié. Pourtant, Dieu sait si, en ces temps de morosité musicale, on a besoin d'un Kirk. Toujours est-il qu'on nous propose depuis peu un enregistrement live réalisé à Hambourg en 1972. Ceux qui l'ont entendu lors de ses passages montréalais, au In Concert d'abord, au Soleil Levant ensuite, ne seront pas étonnés d'apprendre que cet album est plein de flamme, de passion, d'énergie et surtout, surtout, de sincérité. Écouter cet album, c'est comprendre pourquoi il faisait l'admiration de Charles Mingus et de l'Art Ensemble of Chicago. Mais encore? Il est et demeure emblématique de ce jazz faisant la part belle aux origines africaines. Il les revendiquait. Il les soignait. Il les répandait. Il y avait l'Afrique, mais il y avait aussi le blues. Le plus vieux qui soit, celui des origines. Tout cela se retrouve en concentré dans ce compact qui devrait ravir ceux qui le connaissent et séduire ceux qui seraient curieux de le connaître.
Serge Truffaut
***
Underground
Chris Potter
Étiquette Emarcy/Universal
Le saxophoniste Chris Potter est symptomatique d'un certain malaise. Sa technique est parfaite. Les difficultés musicales, il les transcende avec aisance. Mais jamais il ne convainc, jamais il n'emballe. À l'image du soufflé, on a toujours le sentiment d'entendre une musique qui se dégonfle en moins de deux gammes. Lorsqu'on écoute Potter, nous revient toujours à l'esprit cette confidence formulée par un GRAND saxophoniste d'aujourd'hui, soit David Murray. Lors d'un enregistrement à Montréal, Murray avait souligné que l'enseignement du jazz, en particulier du saxophone, à l'université avait eu un effet pervers. Lequel? Les jeunes qui sortent des facultés sont très bien formés pour lire la musique, l'interpréter, etc. Leur technique est parfaite mais il leur manque l'essentiel: le son. Ils ne sculptent pas leur son. Contrairement à ce que faisaient leurs prédécesseurs, ils n'essaient pas de se démarquer. Résultat, leurs productions tombent rapidement dans l'oubli. Tenez, depuis qu'il est sur la scène, soit depuis une bonne quinzaine d'années, combien d'albums dignes d'être conservés notre homme a-t-il signés? Aucun. Et certainement pas le nouveau.
S. T.
Les Quatre Saisons.
Alexandre da Costa (violon), Wiener Concert- Verein, Christian Schulz.
Disques XXI XXI-CD 2 1528.
Le nouveau disque d'Alexandre da Costa nous arrive avec un cadeau fort utile: une corde de violon! J'ai essayé de l'employer comme fil dentaire, au grand dam de mes gencives. Et en fil à couper le beurre, cela ne marche pas non plus: le machin se tortille et vous envoie du beurre au plafond... Toute suggestion d'utilisation pratique peut-être rapportée à l'éditeur (www.XXI-21.com). On est par ailleurs heureux de vous dire que le «Vienna, Germany» indiqué dans la notice ne signifie pas que cet enregistrement a été réalisé sous l'Anschluss, entre 1938 et 1945. C'est bel et bien un — excellent — témoignage de 2005. Pour le reste, à part le minutage trop bref, il n'y a que de fort belles choses à dire. Le son d'Alexandre da Costa se bonifie grandement: il est moins acide et moins durement projeté que par le passé. D'un point de vue esthétique, ces Quatre Saisons trouvent le juste équilibre entre l'évocation, la vie, le style et le tact. Le Wiener Concert-Verein suit avec un surprenant engagement son soliste inventif (sublime cadence au milieu de L'Automne) et vivant. Un disque court (41 minutes) mais remarquable.
Christophe Huss
***
FAURÉ
Mélodies. Jos van der Crabben (baryton), Inge Spinette (piano). Fuga Libera FUG 510 (distribution: Gillmore); Mélodies (intégrale). Elly Ameling (soprano), Gérard Souzay (baryton), Dalton Baldwin (piano). Brilliant 4 CD 92792 (distribution: SRI).
L'étiquette belge Fuga Libera publie, outre une excellente version du Te Deum de Charpentier par Jean Tubéry, un bijou discret qu'il convient de sauver de l'anonymat. Les mélodies de Fauré par Jos van der Crabben (dont Poème d'un jour, L'Horizon chimérique et La Bonne Chanson) font partie de ces miracles inespérés, nés de la conjonction d'une voix, d'une intelligence et d'un répertoire. Jusqu'à présent, c'est Camille Maurane qui, dans les années 50, avait opéré idéalement cette fusion, ce parfait dosage du volume vocal, de la fluidité et de la présence du mot. Dans la lignée qui nous mène à Jos van der Crabben, on ne trouve à ce chapitre que Bernard Kruysen (disques Valois). Écouter ensuite Gérard Souzay faire le paon dans l'intégrale, pourtant renommée, jadis publiée par EMI, est impossible. Quelle modestie d'un côté, quelle fatuité de l'autre! Si vous voulez un bon coffret pas cher de mélodies chez Brilliant, achetez les Brahms de Fischer-Dieskau.
C. H.
***
COR DE POR
L'Ham de Foc
Justin Time / Fusion 111
À la première écoute, on ne saurait dire avec exactitude d'où provient cette musique, tellement les références méditerranéennes s'ouvrent à l'Orient et se croisent dans le temps comme dans l'espace. Au départ, Mara Ananda, chanteuse à la voix claire, pure et pourtant nasillarde, s'élève en catalan sur les musiques d'Efrén Lopez, compositeur et multi-instrumentiste pouvant tabler sur un impressionnant arsenal d'instruments à cordes. Les deux sont de Valence, mais ont parcouru la Grèce et la Turquie avant la réalisation de ce troisième album. Tout cela s'entend! En plus, tout au long de l'odyssée sonore, seront intégrés 15 autres instrumentistes avec leurs lots de percussions en tout genre, y compris cuillers, harpe celtique, bouzouki irlandais, cornemuse et nombre d'instruments à vent. Si l'esprit d'ensemble rappelle la musique ancienne, le groupe s'accorde de grandes libertés, aussi bien dans l'interprétation que dans l'improvisation et l'agencement des instruments qui alterneront, souvent plusieurs à la fois, sans provoquer de cacophonie, avec une déconcertante rapidité, provoquant de saisissants contrastes et faisant co-habiter le pouvoir expressif d'une musique intense et la beauté de moments plus éthérés.
Yves Bernard
***
FICTIONS
Jane Birkin
Capitol / EMI
Un disque de Jane Birkin presque tout en anglais dans le texte? La drôle d'idée que voilà. Comme si elle était anglaise! Ah oui, Jane EST anglaise! J'avais oublié. Sur l'album d'avant, Rendez-vous, elle tâtait déjà un peu d'angliche, mais en touriste, croyait-on, française d'adoption en goguette chez les ancêtres. Ce coup-ci, l'intention est plus marquée: en plus de susurrer du Beth Gibbons (de Portishead), elle se love aux mélodies mellifluentes de groupes cultes (The Magic Numbers, The Divine Comedy) et de quelques Montréalais renommés (Rufus Wainwright, Gonzales), en plus de s'offrir du Kate Bush, du Tom Waits et du Neil Young (la tendre Harvest Moon). Les rares titres en français (signés Cali, Dominique A. et Arthur H, plus un récitatif de Hervé Guibert sur fond de Ravel), ont presque l'air de trop. C'est joliment chanté, mais l'impression est bizarre: ce n'est plus notre «Djane». Sans accent charmant, sans les rimes riches de «Cheurge», c'est une chanteuse anglaise parmi d'autres chanteuses anglaises. Déception? Paradoxalement, oui. Malgré les chouettes guitares de Johnny Marr.
Sylvain Cormier
***
Brotherman
In the Fatherland
Roland Kirk
Étiquette Hyena
Ah! Rahsaan Roland Kirk! Saxophoniste, flûtiste, anthropologue et grand prêtre vaudou du jazz ou, plutôt, de sa tradition, de son histoire, Kirk est aujourd'hui trop négligé. Trop oublié. Pourtant, Dieu sait si, en ces temps de morosité musicale, on a besoin d'un Kirk. Toujours est-il qu'on nous propose depuis peu un enregistrement live réalisé à Hambourg en 1972. Ceux qui l'ont entendu lors de ses passages montréalais, au In Concert d'abord, au Soleil Levant ensuite, ne seront pas étonnés d'apprendre que cet album est plein de flamme, de passion, d'énergie et surtout, surtout, de sincérité. Écouter cet album, c'est comprendre pourquoi il faisait l'admiration de Charles Mingus et de l'Art Ensemble of Chicago. Mais encore? Il est et demeure emblématique de ce jazz faisant la part belle aux origines africaines. Il les revendiquait. Il les soignait. Il les répandait. Il y avait l'Afrique, mais il y avait aussi le blues. Le plus vieux qui soit, celui des origines. Tout cela se retrouve en concentré dans ce compact qui devrait ravir ceux qui le connaissent et séduire ceux qui seraient curieux de le connaître.
Serge Truffaut
***
Underground
Chris Potter
Étiquette Emarcy/Universal
Le saxophoniste Chris Potter est symptomatique d'un certain malaise. Sa technique est parfaite. Les difficultés musicales, il les transcende avec aisance. Mais jamais il ne convainc, jamais il n'emballe. À l'image du soufflé, on a toujours le sentiment d'entendre une musique qui se dégonfle en moins de deux gammes. Lorsqu'on écoute Potter, nous revient toujours à l'esprit cette confidence formulée par un GRAND saxophoniste d'aujourd'hui, soit David Murray. Lors d'un enregistrement à Montréal, Murray avait souligné que l'enseignement du jazz, en particulier du saxophone, à l'université avait eu un effet pervers. Lequel? Les jeunes qui sortent des facultés sont très bien formés pour lire la musique, l'interpréter, etc. Leur technique est parfaite mais il leur manque l'essentiel: le son. Ils ne sculptent pas leur son. Contrairement à ce que faisaient leurs prédécesseurs, ils n'essaient pas de se démarquer. Résultat, leurs productions tombent rapidement dans l'oubli. Tenez, depuis qu'il est sur la scène, soit depuis une bonne quinzaine d'années, combien d'albums dignes d'être conservés notre homme a-t-il signés? Aucun. Et certainement pas le nouveau.
S. T.
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