Vitrine du disque
LP1
Navet Confit
Navet Confit - Local
Drôle de bête que ce Navet Confit. LP1, tout comme ses prédécesseurs EP1 et EP2, sont l'histoire d'un seul homme, Jean-Philippe Fréchette, qui joue, mixe, réalise, bidouille, bricole... Ce premier long jeu compte 13 titres aux textures hétéroclites, allant du rock à des ambiances planantes en passant par de la chanson plus pop. Sur Pourquoi tu fleuves, la mélodie rappelle Strawberry Fields Forever des Beatles. Dimanche et Sous la table nous renvoient à Jean Leloup tandis qu'Automne ressemble drôlement à une pièce de Malajube... Les textes du bizarroïde Navet se baladent au croisement de l'absurde, de l'abstrait et du romantique sans toutefois qu'on s'y perde. «J'essaie de marcher entre les ombres, entre les craques du trottoir / J'essaie de ressembler à mon âme / J'essaie de marcher entre les drames / J'essaie de sentir quelque chose / J'essaie de voir la vie en rose / Le temps peut rire de moi je suppose» (Automne). Il y a des coups de crayon qui dépassent çà et là, des bouts de ficelle qui s'effilochent, mais plus on tire sur les franges décousues, plus on découvre de nouvelles facettes à cette belle oeuvre d'art.
Philippe Papineau
***
MENTEUR
Cali
Labels - Virgin - EMI
Et revoilà Bruno Caliciuri, dit Cali l'intense, l'homme au gros rouge à lèvres qui tache (vous l'avez vu aux Victoires de la musique?), Cali l'écorché vif qui énonce, prononce et pèse chaque syllabe de chaque mot comme si sa vie en dépendait, éructant désespoir, désir et bonheur sur le même ton urgent et angoissé. Extrémisme qui finirait par taxer le client si ce n'était la musique, à palette large. On n'est pas toujours dans le rock acoustique haletant du premier album, et cela tient à l'instrumentation, qui change selon les nombreux invités: Matthieu Chédid fait rugir sa guitare électrique dans un slow-rock volontairement ringard (Pauvre garçon, en duo avec Daniel Darc), le grand orchestre du conservatoire de Perpignan entraîne la chanson-titre dans un maelstrom de cordes baroques, un ensemble tuba-cor-trombone-trompette swingue Tes yeux façon années folles, Steve Wickham, du groupe The Waterboys, ensorcelle de violon à l'irlandaise La fin du monde pour dans dix minutes. Bel équilibre: Cali a beau se lancer dans le vide, il y a toujours du monde pour le sauver.
Sylvain Cormier
***
Revisited By
DJ Cam
Universal
C'est sans doute ce qu'il est convenu d'appeler une belle reconnaissance: 13 grands noms de la musique électronique qui reprennent pour le plaisir de la chose le catalogue d'un ami pour faire vibrer son travail autrement et l'emmener à des endroits que le créateur n'avait certainement pas imaginés. Voilà le sort que les Thievery Corporation, Kid Loco, Bob Sinclar, Four Hero ou DJ Premier, pour ne citer qu'eux, viennent de réserver à DJ Cam, un des génies méconnus de la table tournante et des fusions particulièrement délicieuses entre le trip-hop et le jazz. Cette relecture de l'histoire musicale de celui que l'État civil français ne reconnaît que sous le nom de Laurent Daumail a bien sûr tout pour séduire les amateurs du genre, qui pourraient toutefois rester surpris devant les hauts et les bas naturellement induits par ce type d'exercice. Délicate avec la reprise de Success par Kenny Dope ou le Meera revisité par Extra Lucid, la ballade peut aussi se faire indigeste avec la lourdeur des touches hip-hop qui finissent parfois par prendre le dessus. À mettre dans des oreilles averties ou convaincues seulement.
Fabien Deglise
***
GREIF
Sonate de Requiem (1978-1993). Trio avec piano (1998). Antje Weithaas (violon), Pascal Amoyel (piano), Emmanuel Bertrand (violoncelle). Harmonia Mundi HMC 901 900.
Attention, ceci n'est pas un disque facile, mais c'est de la très grande musique contemporaine. Olivier Greif (1950-2000) était connu, entre 1978 et 1998, sous le nom de Haridas Greif, ayant adopté ce prénom qui, en sanscrit, signifie «serviteur de Dieu». Il y a là un raccourci de la personnalité de Greif, créateur tourmenté, torturé, en quête de spiritualité. Si vous cherchez des ballets de french cancan, inutile de lire la suite. La Sonate pour violoncelle et piano est une méditation sur la mort, le Trio, une plongée dans le désespoir, un «désespoir qui n'est pas une finalité en soi mais [...] un moyen de tendre vers Dieu», comme l'écrivait le compositeur. Je vous suggère d'ailleurs de commencer par le Trio, un rude début, sur des clusters de piano. Mais après ce vortex, vous écouterez différemment la Sonate de Requiem, dont les chants épars semblent provenir de l'au-delà. Pour ma part, le choc éprouvé à l'audition de ce disque est équivalent à ma première écoute du 15e Quatuor de Chostakovitch. Lancinant, sombre et violent mais cultivé et ne laissant rien au hasard, le cri d'Olivier Greif résonnera longtemps.
Christophe Huss
***
WHITACRE
«Cloudburst»: Îuvres chorales.
Polyphony. Dir.: Stephen Layton.
Hyperion CDA 67543 (distribution: SRI)
Eric Whitacre est né en 1970 dans le Nevada. Son parcours, tel que décrit dans la notice, est si drôle qu'il en paraît romancé. Joueur de trompette dans son enfance, Whitacre est renvoyé de la fanfare de son école pour mauvais caractère. Il ambitionne de devenir une star du rock et, désirant élargir son catalogue de conquêtes féminines, s'inscrit dans le choeur de l'université à Las Vegas. Là, il tombe en pâmoison, pas devant une blonde pulpeuse mais devant le Requiem de Mozart! Le parcours qui s'ensuit le mènera quelques années plus tard à la Juilliard School de New York, où il étudie la composition avec John Corigliano et David Diamond. Whitacre se spécialise dans l'écriture chorale, «véritable appel», dit-il. Véritable débouché aussi puisque sa musique a tous les atouts — contemporaine, très chantable et mélodiquement efficace — pour être diffusée. J'ai beaucoup pensé au sens des lignes et de la pureté des couleurs de Britten en entendant ce disque (cf. le début de I Will Wade Out, plage 4). Whitacre a un flair inné pour l'écriture chorale et toute personne intéressée par les choeurs et admirant Poulenc, Duruflé ou Britten devrait connaître ce disque.
C. H.
***
ENDLESS VISION
Hossein Alizadeh et Djivan Gasparyan
World Village - Fusion 111
Hossein Alizadeh, compositeur iranien renommé, révélé en 2002 par le formidable Without You signé par The Masters of Persian Music, invite dans une rencontre aller-retour Djivan Gasparyan, le joueur de doudouk le plus accompli sur la planète. De la famille des bois, cet instrument, dont le son chaud évoque à la fois la flûte, le hautbois ou un quelconque ancêtre du saxophone, pourrait avoir été inventé 1200 ans avant notre ère. L'échange entre les deux mondes nous fait pénétrer dans un seul univers, celui de la spiritualité profonde d'une musique classique sophistiquée, ponctuée de longues improvisations, dégageant un véritable climat de contemplation et de méditation. Rien à voir avec les pulsations rythmiques qui mènent à la transe. Tout est affaire de douceur, de mystère et de sensualité. La poésie soufie, si importante dans la musique persane, nous transporte dans un espace libérateur: «Soyez fous, ô vous les amoureux. Soyez le papillon, pénétrez au coeur de la flamme!» La parole mystique est admirablement portée par les voix éthérées, les vagues de percussions et les cordes virtuoses de l'Ensemble Hamavayan. Le disque est grandiose pour qui se donne la peine de se laisser pénétrer.
Yves Bernard
Navet Confit
Navet Confit - Local
Drôle de bête que ce Navet Confit. LP1, tout comme ses prédécesseurs EP1 et EP2, sont l'histoire d'un seul homme, Jean-Philippe Fréchette, qui joue, mixe, réalise, bidouille, bricole... Ce premier long jeu compte 13 titres aux textures hétéroclites, allant du rock à des ambiances planantes en passant par de la chanson plus pop. Sur Pourquoi tu fleuves, la mélodie rappelle Strawberry Fields Forever des Beatles. Dimanche et Sous la table nous renvoient à Jean Leloup tandis qu'Automne ressemble drôlement à une pièce de Malajube... Les textes du bizarroïde Navet se baladent au croisement de l'absurde, de l'abstrait et du romantique sans toutefois qu'on s'y perde. «J'essaie de marcher entre les ombres, entre les craques du trottoir / J'essaie de ressembler à mon âme / J'essaie de marcher entre les drames / J'essaie de sentir quelque chose / J'essaie de voir la vie en rose / Le temps peut rire de moi je suppose» (Automne). Il y a des coups de crayon qui dépassent çà et là, des bouts de ficelle qui s'effilochent, mais plus on tire sur les franges décousues, plus on découvre de nouvelles facettes à cette belle oeuvre d'art.
Philippe Papineau
***
MENTEUR
Cali
Labels - Virgin - EMI
Et revoilà Bruno Caliciuri, dit Cali l'intense, l'homme au gros rouge à lèvres qui tache (vous l'avez vu aux Victoires de la musique?), Cali l'écorché vif qui énonce, prononce et pèse chaque syllabe de chaque mot comme si sa vie en dépendait, éructant désespoir, désir et bonheur sur le même ton urgent et angoissé. Extrémisme qui finirait par taxer le client si ce n'était la musique, à palette large. On n'est pas toujours dans le rock acoustique haletant du premier album, et cela tient à l'instrumentation, qui change selon les nombreux invités: Matthieu Chédid fait rugir sa guitare électrique dans un slow-rock volontairement ringard (Pauvre garçon, en duo avec Daniel Darc), le grand orchestre du conservatoire de Perpignan entraîne la chanson-titre dans un maelstrom de cordes baroques, un ensemble tuba-cor-trombone-trompette swingue Tes yeux façon années folles, Steve Wickham, du groupe The Waterboys, ensorcelle de violon à l'irlandaise La fin du monde pour dans dix minutes. Bel équilibre: Cali a beau se lancer dans le vide, il y a toujours du monde pour le sauver.
Sylvain Cormier
***
Revisited By
DJ Cam
Universal
C'est sans doute ce qu'il est convenu d'appeler une belle reconnaissance: 13 grands noms de la musique électronique qui reprennent pour le plaisir de la chose le catalogue d'un ami pour faire vibrer son travail autrement et l'emmener à des endroits que le créateur n'avait certainement pas imaginés. Voilà le sort que les Thievery Corporation, Kid Loco, Bob Sinclar, Four Hero ou DJ Premier, pour ne citer qu'eux, viennent de réserver à DJ Cam, un des génies méconnus de la table tournante et des fusions particulièrement délicieuses entre le trip-hop et le jazz. Cette relecture de l'histoire musicale de celui que l'État civil français ne reconnaît que sous le nom de Laurent Daumail a bien sûr tout pour séduire les amateurs du genre, qui pourraient toutefois rester surpris devant les hauts et les bas naturellement induits par ce type d'exercice. Délicate avec la reprise de Success par Kenny Dope ou le Meera revisité par Extra Lucid, la ballade peut aussi se faire indigeste avec la lourdeur des touches hip-hop qui finissent parfois par prendre le dessus. À mettre dans des oreilles averties ou convaincues seulement.
Fabien Deglise
***
GREIF
Sonate de Requiem (1978-1993). Trio avec piano (1998). Antje Weithaas (violon), Pascal Amoyel (piano), Emmanuel Bertrand (violoncelle). Harmonia Mundi HMC 901 900.
Attention, ceci n'est pas un disque facile, mais c'est de la très grande musique contemporaine. Olivier Greif (1950-2000) était connu, entre 1978 et 1998, sous le nom de Haridas Greif, ayant adopté ce prénom qui, en sanscrit, signifie «serviteur de Dieu». Il y a là un raccourci de la personnalité de Greif, créateur tourmenté, torturé, en quête de spiritualité. Si vous cherchez des ballets de french cancan, inutile de lire la suite. La Sonate pour violoncelle et piano est une méditation sur la mort, le Trio, une plongée dans le désespoir, un «désespoir qui n'est pas une finalité en soi mais [...] un moyen de tendre vers Dieu», comme l'écrivait le compositeur. Je vous suggère d'ailleurs de commencer par le Trio, un rude début, sur des clusters de piano. Mais après ce vortex, vous écouterez différemment la Sonate de Requiem, dont les chants épars semblent provenir de l'au-delà. Pour ma part, le choc éprouvé à l'audition de ce disque est équivalent à ma première écoute du 15e Quatuor de Chostakovitch. Lancinant, sombre et violent mais cultivé et ne laissant rien au hasard, le cri d'Olivier Greif résonnera longtemps.
Christophe Huss
***
WHITACRE
«Cloudburst»: Îuvres chorales.
Polyphony. Dir.: Stephen Layton.
Hyperion CDA 67543 (distribution: SRI)
Eric Whitacre est né en 1970 dans le Nevada. Son parcours, tel que décrit dans la notice, est si drôle qu'il en paraît romancé. Joueur de trompette dans son enfance, Whitacre est renvoyé de la fanfare de son école pour mauvais caractère. Il ambitionne de devenir une star du rock et, désirant élargir son catalogue de conquêtes féminines, s'inscrit dans le choeur de l'université à Las Vegas. Là, il tombe en pâmoison, pas devant une blonde pulpeuse mais devant le Requiem de Mozart! Le parcours qui s'ensuit le mènera quelques années plus tard à la Juilliard School de New York, où il étudie la composition avec John Corigliano et David Diamond. Whitacre se spécialise dans l'écriture chorale, «véritable appel», dit-il. Véritable débouché aussi puisque sa musique a tous les atouts — contemporaine, très chantable et mélodiquement efficace — pour être diffusée. J'ai beaucoup pensé au sens des lignes et de la pureté des couleurs de Britten en entendant ce disque (cf. le début de I Will Wade Out, plage 4). Whitacre a un flair inné pour l'écriture chorale et toute personne intéressée par les choeurs et admirant Poulenc, Duruflé ou Britten devrait connaître ce disque.
C. H.
***
ENDLESS VISION
Hossein Alizadeh et Djivan Gasparyan
World Village - Fusion 111
Hossein Alizadeh, compositeur iranien renommé, révélé en 2002 par le formidable Without You signé par The Masters of Persian Music, invite dans une rencontre aller-retour Djivan Gasparyan, le joueur de doudouk le plus accompli sur la planète. De la famille des bois, cet instrument, dont le son chaud évoque à la fois la flûte, le hautbois ou un quelconque ancêtre du saxophone, pourrait avoir été inventé 1200 ans avant notre ère. L'échange entre les deux mondes nous fait pénétrer dans un seul univers, celui de la spiritualité profonde d'une musique classique sophistiquée, ponctuée de longues improvisations, dégageant un véritable climat de contemplation et de méditation. Rien à voir avec les pulsations rythmiques qui mènent à la transe. Tout est affaire de douceur, de mystère et de sensualité. La poésie soufie, si importante dans la musique persane, nous transporte dans un espace libérateur: «Soyez fous, ô vous les amoureux. Soyez le papillon, pénétrez au coeur de la flamme!» La parole mystique est admirablement portée par les voix éthérées, les vagues de percussions et les cordes virtuoses de l'Ensemble Hamavayan. Le disque est grandiose pour qui se donne la peine de se laisser pénétrer.
Yves Bernard
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