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Vitrine du disque - Aux Français le meilleur de Marie-jo Thério

Sylvain Cormier , Christophe Huss   2 juillet 2005  Culture
Cet album a d'abord paru en France: c'est pour ça qu'il y a dessus des réenregistrements des trois chansons majeures de la Marie-jo Thério que nous connaissons, nous, depuis une bonne dizaine d'années. À savoir: À Moncton, Arbre à fruits, arbre à fruits et Café Robinson. Plus une reprise d'Évangéline, la chanson de Michel Conte devenue hymne national acadien, que Marie-jo Thério avait enregistrée en tout début de carrière en duo avec la chanteuse lyrique Rosemarie Landry.

J'établis une cause à effet parce qu'on sent bien qu'il s'agissait pour la compagnie de disques Naïve de positionner Marie-jo en France en tant que chanteuse acadienne plutôt que comme chanteuse québécoise, parmi une flopée d'autres chanteuses québécoises. On a donc marqué fortement l'appartenance historique avec Évangéline, et on a ramené la fille dans le Café Robinson que tenait son frère à Moncton. C'est que l'Acadie, en passant par la Louisiane et les Cajuns, ça plaît là-bas. Je le dis sans cynisme. Y a qu'à lire les quelques lignes consacrées par la presse française à ce nouvel album: on ne manque pas de rappeler comment «un peuple tout entier a été déporté», et on décrit non sans délectation anthropologique le drôle de franglais qu'est le chiaque, dialecte acadien.

Cela dit, nous retrouvons, nous, notre Marie-jo Thério, avec ses mélodies un peu trop libres, ce piano qu'elle caresse et maltraite comme si c'était son meilleur ami, ses chansons sans contours et ce personnage de douce foldingue qu'elle incarne expertement. Les nouvelles chansons ressemblent en cela passablement à celles de l'album précédent, La Maline, moins les saynètes psychédéliques qui nous perdaient dans la brume. Ici, il y a une évidente volonté de cohésion, du moins dans les arrangements. Un quatuor de cordes tisse une sorte de grand hamac dans lequel les chansons, les anciennes comme les nouvelles, viennent se lover. Ça rend les maniérismes vocaux de Marie-jo, ses chuchotements, ses envolées, ses pauses abruptes, beaucoup plus lisses à l'oreille. Marie-jo demeure Marie-jo, sa poésie est encore impressionniste et parfois indéchiffrable (dans la bilingue Bodily Deltas, par exemple), ses airs sont encore extrêmement volatils, mais ces cordes et les guitares très enracinées de l'ami Bernard Falaise et de Bill Dillon (collaborateur de Daniel Lanois, chouchou des Français) rattachent la chanteuse et son piano à la terre. Dans J'vas m'en aller, dans Brille brille petite tortue, l'équilibre est parfait.

Tout ça compose un album très abouti. Le meilleur de Marie-jo Thério, de loin. Peut-être bien par ses côtés a priori agaçants pour nous. Ça se tient à cause de l'estampille Acadie, à cause de ces réenregistrements qui font admirablement corps avec le reste. Le portrait de Marie-jo n'avait jamais été aussi bien dessiné. Question de perspective.

Sylvain Cormier

DOUBLE VUE

CharlÉlie Couture

Flying Boat / GSI Musique

(Sélect)

C'est le je-ne-sais-plus-combientième album du cher CharlÉlie, mais son premier depuis qu'il vit dans la Grosse Pomme, et c'est aussi le premier disque dont il n'a pas composé les musiques. Et c'est certainement l'un des premiers disques où un auteur aura surtout travaillé avec des compositeurs sans les avoir jamais rencontrés en personne. En effet, c'est par Internet que tout s'est fait. Au hasard des méandres de la toile, CharlÉlie s'est trouvé en contact avec des types d'un peu partout, un certain Dombrance, un certain Mathias Delplanque, un gars de Marseille du nom d'Usthiax B., qui lui ont envoyé des musiques en MP3. Il n'en a pas fait une recette: quelques complices de longue date ont aussi été réquisitionnés, dont Alice Botté.

Cela dit, peu importe la méthode, l'important est que ça colle entre le texte et la musique, et c'est le plus souvent le cas ici. Ça se passe souvent en rap, forme qui sied tout à fait au verbe délié du CharlÉlie, notamment dans l'excellente Ballade en ruine, sorte de constat urbain de fin du monde, mais aussi dans Appel à l'aide (Les Peurs) et Killer Zoom Zoom. Les rimes se déclinent aussi en reggae à la Gainsbourg dans Gangsters, en folk-blues dans Tourne en rond, en chanson chansonnière aussi.

Moi, pour dire la vérité, c'est le CharlÉlie chanson que j'aime. Celui qui émeut plus que celui qui décrit l'état des lieux. Alors je zappe un peu le rap et passe directement aux ballades piano: Estelle a disparu, poignante évocation d'un fait divers terrible (la disparition d'une fillette); Sers-toi de moi, très très belle chanson d'un père à son enfant. CharlÉlie est un type moderne, bravo pour lui, mais plus important encore, c'est un homme sensible.

S. C.

***

Classique

BACH

Cantates pour la Saint-Jean-Baptiste, BWV 7, 30 et 167. Suzie LeBlanc (soprano), Daniel Taylor (alto), Charles Daniels (ténor), Stephan MacLeod (basse), Montréal Baroque, dir. Eric Milnes. ATMA SACD 2 2400.

Fil rouge, qui reliera les éditions de Montréal Baroque pour les prochaines années, voici une collection de cantates de Bach dans l'esthétique défendue jadis par Joshua Rifkin: une voix par partie. Ce pari ne peut être réussi qu'avec un quatuor homogène qui se connaît bien et possède les mêmes réflexes musicaux. C'est tout à fait le cas dans ce disque rassemblant trois cantates pour la Saint-Jean-Baptiste, choix logique puisque le festival se tient précisément autour de cette fête. On notera que le programme 2005 (Saint-Michel) sera donné ce samedi soir à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. On relèvera enfin que ce premier volume est édité sous forme de SACD, que les possesseurs de CD pourront écouter normalement mais qui offre aux adeptes de l'écoute en multicanal une piste SACD admirablement équilibrée et très efficace.

Les caractéristiques principales du disque sont la lumière distillée par les effectifs réduits et le rebond imposé par le chef Eric Milnes, parfaitement en situation dans la Cantate BWV 30, et tout particulièrement son choeur introductif, «Freue dich» (Réjouis-toi). Oui, on se réjouit de la sensibilité des interventions de Daniel Taylor, de ces timbres orchestraux à la fois fondus mais à forte personnalité. L'alchimie opère réellement entre les quatre chanteurs et les vingt instrumentistes. Tout juste regrettera-t-on, petit bémol, la relative placidité et le manque d'autorité de la basse Stephan MacLeod dans ses airs. Mais on écoute ce disque avec ferveur et joie.

Christophe Huss






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