Arts visuels - La relève débarque
« Griff Graff Groff » est une fête de la sérigraphie
Cette année, aux Grand Prix du Conseil des arts, les arts visuels étaient représentés par un événement qui n'avait pas la taille d'une grande biennale ni l'aura d'une grande exposition muséale. Griff Graff Groff voulait donner une visibilité accrue aux artistes de la relève.
Griff Graff Groff, l'exposition, témoigne d'un travail acharné, celui du centre de conception graphique Graff, qui fêtera l'an prochain ses 40 ans d'existence, et d'un engouement renouvelé, dans le champ des arts plastiques, pour l'art de l'imprimé. En point de fuite de cette nomination est souligné un art tout investi par la tradition, qui avance parfois en sourdine, mais dont la vague de fond ne cesse de s'actualiser.
Fondé il y a près de 40 ans par le regretté Pierre Ayot, Graff continue d'être un des hauts lieux de la création québécoise. Une cinquantaine d'artistes gravitent autour des ateliers Graff, dont la moitié représentent la relève. Cette année encore, plusieurs artistes majeurs d'ici sont passés par les ateliers, dont Dominique Blain ou Irene F. Whittome par exemple, au sein du projet Artistes en résidence de l'atelier. De plus, depuis 2000, le programme Insertion accueille des artistes en fin de formation universitaire et a permis à une vingtaine d'artistes, dont certains sont devenus membres de l'atelier, de parfaire leur apprentissage.
En outre, l'artiste Dominique Pétrin est une des jeunes artistes très active au centre. Cette dernière est également membre de la formation musicale Les Georges Leningrad, qui fait largement parler d'elle ici comme ailleurs. Fait à noter, la pochette du premier album du groupe, Deux Hot-Dogs Moutarde Chou, a entièrement été fabriquée dans les ateliers Graff. Pétrin a notamment produit en sérigraphie des grandes marionnettes exposées lors de l'exposition Graff. Écho des ateliers, en janvier 2003, des oeuvres qui ont servi dans un des spectacles des Leningrad. Pétrin a également signé l'affiche bigarrée de Griff Graff Groff.
De la relève
Avec l'exposition Griff Graff Groff, Graff voulait donner une visibilité accrue aux artistes de la relève qui fréquentent régulièrement ses espaces de production. Plusieurs des artistes ayant participé à l'exposition avaient bénéficié des ateliers Insertion, dont Julie Doucet (connue autrement comme bédéiste), Clark Ferguson, Laurent Lamarche, Marie-Ève Lanneville, Nina Logan et Pétrin. Tenue en avril dernier à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, l'exposition réunissait aussi des jeunes artistes plus établis comme Mathieu Beauséjour, Jérôme Fortin ou des artistes aguerris comme Ed Pien et Lynn Hugues, tous des artistes en résidence les années antérieures.
Avec sa table ronde, «L'estampe en 2004 - état et débat», l'événement était une occasion de donner le haut du pavé à l'art de la gravure, dont la tradition tend à se dégourdir de plus en plus au contact des pratiques voisines de l'installation ou de la sculpture. Aussi, depuis 2000, Graff fait de la recherche pour lier les techniques traditionnelles de l'estampe aux nouvelles technologies. La semaine dernière, le centre a poursuivi cet effort de remise au goût du jour en faisant l'acquisition d'une imageuse de 40 pouces de large, capable de «tirer» de très grands formats.
À ce titre, de 2002 à 2004, six artistes ont travaillé à la création d'un riche Livre d'heures réalisé en collaboration avec les Ateliers Graff et un atelier de reliure. Lancé à dix exemplaires lors de l'exposition Griff Graff Groff, le livre se veut justement un constat de l'influence des nouvelles technologies sur la pratique d'artistes de générations et d'écoles différentes. Il regroupe les artistes Christian Barré, Marie-Claude Bouthillier, Denis Farley, Yan Giguère et Christiane Desjardins, qui dirige les ateliers Graff. Ce Livre d'heures est toujours disponible à la galerie Graff.
Les projets de couplage entre différentes pratiques ont également pris dans le passé des formes étonnantes. En 2001, conjointement à l'atelier de menuiserie Clark, Graff avait invité six artistes — Martin Boisseau, Sylvain Bouthillette, Thomas Corriveau, Sylvie Laliberté, Éric Lamontagne et Monique Mongeau — à réaliser chacun un multiple. L'activité, initiée en 1998 par Graff, s'était clôturée en janvier 2001 par la tenue d'une exposition-bénéfice présentée simultanément par la galerie Graff et la galerie Clark.
Un renouveau
Selon la directrice des ateliers Graff, Christiane Desjardins, il ne faut pas mettre en doute l'engouement des jeunes artistes pour les différentes techniques de l'estampe. Ce renouveau, «on le sent surtout en sérigraphie et en arts numériques, en fait. Quand on a fait l'exposition Griff Graff Groff, on a tenu le colloque sur l'état de l'estampe. Une année et demie avant la tenue de l'événement, le professeur Raymond Lavoie nous avait fait part de ce qu'il voyait comme un déclin de l'estampe. Lorsqu'il est arrivé au colloque, l'image qu'il en a- vait était beaucoup plus positive. Il y a eu un regain ces dernières années. Lavoie disait que les ateliers à l'université, surtout en sérigraphie et en eau-forte, étaient pleins.» Pour Christiane Desjardins, il y a eu un revirement, c'est certain. Autre signe de cet intérêt, les cours que donne Graff affichent régulièrement complet.
Ce renouveau s'explique, selon Christiane Desjardins, notamment par un retour très marqué vers le dessin et les arts apparentés à la bande dessinée. Christiane Desjardins donne notamment l'exemple des affiches des Georges Leningrad, entièrement produites sur place et qui sont des petites oeuvres d'art en soi, tant leur qualité graphique est indéniable.
Autre exemple de cet enthousiasme, le collectif Mobilivre/MobileBook parcourt depuis trois ans le Canada et les États-Unis en roulotte pour donner des ateliers en sérigraphie, en plus de présenter en cours de tournée des éditions de livres d'artistes (plus d'information à http://www.mobilivre.org/).
Infographie et estampe
À Graff, «on a aussi un atelier d'infographie qui permet de travailler les dessins à l'ordinateur, de les imprimer en grand format et de les retravailler selon les techniques de sérigraphie», explique Desjardins. Graff réalise des éditions d'artistes, mais aussi d'autres types de productions. Si les techniques de l'estampe permettent à une imagerie plus populaire de réclamer sa grande part de visibilité, les projets peuvent aussi prendre des visages de différentes natures. Entre autres, Nina Logan a rehaussé au moyen de la sérigraphie les boîtes qu'elle s'était procurées sur le marché et qui ont servi de présentoirs à ses poupées de papier mâché.
La nomination des ateliers Graff vient à point nommé. «Je pense qu'en voyant l'exposition, on pouvait capter l'énergie dépensée par les artistes à s'investir dans ce domaine», estime Christiane Desjardins. De plus, en accord avec son rôle de centre éducatif, Graff a reçu neuf groupes scolaires, soit 226 enfants. «La Balade guidée» à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal a sensibilisé ces jeunes à l'art contemporain grâce à l'exposition Griff Graff Groff. Les écoliers ont ensuite été introduits à l'estampe dans les ateliers Graff en mettant la main à la pâte.
Pour ses 40 ans, Graff s'apprête à dévoiler d'autres activités spéciales. Notamment, une série de duos mettront en contact des artistes établis avec d'autres de la relève. Au-delà des générations, ces artistes auront à produire conjointement, en résidence, des projets de sérigraphie et d'art numérique. Graff prépare pour septembre 2006 l'exposition qui présentera les résultats de ces tandems. Les ateliers seront également ouverts. En attendant, il faudra prêter une attention plus grande à l'art de l'estampe, dont les artisans n'ont pas l'intention de se laisser damer le pion de la visibilité dans les galeries de la province.
Griff Graff Groff, l'exposition, témoigne d'un travail acharné, celui du centre de conception graphique Graff, qui fêtera l'an prochain ses 40 ans d'existence, et d'un engouement renouvelé, dans le champ des arts plastiques, pour l'art de l'imprimé. En point de fuite de cette nomination est souligné un art tout investi par la tradition, qui avance parfois en sourdine, mais dont la vague de fond ne cesse de s'actualiser.
Fondé il y a près de 40 ans par le regretté Pierre Ayot, Graff continue d'être un des hauts lieux de la création québécoise. Une cinquantaine d'artistes gravitent autour des ateliers Graff, dont la moitié représentent la relève. Cette année encore, plusieurs artistes majeurs d'ici sont passés par les ateliers, dont Dominique Blain ou Irene F. Whittome par exemple, au sein du projet Artistes en résidence de l'atelier. De plus, depuis 2000, le programme Insertion accueille des artistes en fin de formation universitaire et a permis à une vingtaine d'artistes, dont certains sont devenus membres de l'atelier, de parfaire leur apprentissage.
En outre, l'artiste Dominique Pétrin est une des jeunes artistes très active au centre. Cette dernière est également membre de la formation musicale Les Georges Leningrad, qui fait largement parler d'elle ici comme ailleurs. Fait à noter, la pochette du premier album du groupe, Deux Hot-Dogs Moutarde Chou, a entièrement été fabriquée dans les ateliers Graff. Pétrin a notamment produit en sérigraphie des grandes marionnettes exposées lors de l'exposition Graff. Écho des ateliers, en janvier 2003, des oeuvres qui ont servi dans un des spectacles des Leningrad. Pétrin a également signé l'affiche bigarrée de Griff Graff Groff.
De la relève
Avec l'exposition Griff Graff Groff, Graff voulait donner une visibilité accrue aux artistes de la relève qui fréquentent régulièrement ses espaces de production. Plusieurs des artistes ayant participé à l'exposition avaient bénéficié des ateliers Insertion, dont Julie Doucet (connue autrement comme bédéiste), Clark Ferguson, Laurent Lamarche, Marie-Ève Lanneville, Nina Logan et Pétrin. Tenue en avril dernier à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, l'exposition réunissait aussi des jeunes artistes plus établis comme Mathieu Beauséjour, Jérôme Fortin ou des artistes aguerris comme Ed Pien et Lynn Hugues, tous des artistes en résidence les années antérieures.
Avec sa table ronde, «L'estampe en 2004 - état et débat», l'événement était une occasion de donner le haut du pavé à l'art de la gravure, dont la tradition tend à se dégourdir de plus en plus au contact des pratiques voisines de l'installation ou de la sculpture. Aussi, depuis 2000, Graff fait de la recherche pour lier les techniques traditionnelles de l'estampe aux nouvelles technologies. La semaine dernière, le centre a poursuivi cet effort de remise au goût du jour en faisant l'acquisition d'une imageuse de 40 pouces de large, capable de «tirer» de très grands formats.
À ce titre, de 2002 à 2004, six artistes ont travaillé à la création d'un riche Livre d'heures réalisé en collaboration avec les Ateliers Graff et un atelier de reliure. Lancé à dix exemplaires lors de l'exposition Griff Graff Groff, le livre se veut justement un constat de l'influence des nouvelles technologies sur la pratique d'artistes de générations et d'écoles différentes. Il regroupe les artistes Christian Barré, Marie-Claude Bouthillier, Denis Farley, Yan Giguère et Christiane Desjardins, qui dirige les ateliers Graff. Ce Livre d'heures est toujours disponible à la galerie Graff.
Les projets de couplage entre différentes pratiques ont également pris dans le passé des formes étonnantes. En 2001, conjointement à l'atelier de menuiserie Clark, Graff avait invité six artistes — Martin Boisseau, Sylvain Bouthillette, Thomas Corriveau, Sylvie Laliberté, Éric Lamontagne et Monique Mongeau — à réaliser chacun un multiple. L'activité, initiée en 1998 par Graff, s'était clôturée en janvier 2001 par la tenue d'une exposition-bénéfice présentée simultanément par la galerie Graff et la galerie Clark.
Un renouveau
Selon la directrice des ateliers Graff, Christiane Desjardins, il ne faut pas mettre en doute l'engouement des jeunes artistes pour les différentes techniques de l'estampe. Ce renouveau, «on le sent surtout en sérigraphie et en arts numériques, en fait. Quand on a fait l'exposition Griff Graff Groff, on a tenu le colloque sur l'état de l'estampe. Une année et demie avant la tenue de l'événement, le professeur Raymond Lavoie nous avait fait part de ce qu'il voyait comme un déclin de l'estampe. Lorsqu'il est arrivé au colloque, l'image qu'il en a- vait était beaucoup plus positive. Il y a eu un regain ces dernières années. Lavoie disait que les ateliers à l'université, surtout en sérigraphie et en eau-forte, étaient pleins.» Pour Christiane Desjardins, il y a eu un revirement, c'est certain. Autre signe de cet intérêt, les cours que donne Graff affichent régulièrement complet.
Ce renouveau s'explique, selon Christiane Desjardins, notamment par un retour très marqué vers le dessin et les arts apparentés à la bande dessinée. Christiane Desjardins donne notamment l'exemple des affiches des Georges Leningrad, entièrement produites sur place et qui sont des petites oeuvres d'art en soi, tant leur qualité graphique est indéniable.
Autre exemple de cet enthousiasme, le collectif Mobilivre/MobileBook parcourt depuis trois ans le Canada et les États-Unis en roulotte pour donner des ateliers en sérigraphie, en plus de présenter en cours de tournée des éditions de livres d'artistes (plus d'information à http://www.mobilivre.org/).
Infographie et estampe
À Graff, «on a aussi un atelier d'infographie qui permet de travailler les dessins à l'ordinateur, de les imprimer en grand format et de les retravailler selon les techniques de sérigraphie», explique Desjardins. Graff réalise des éditions d'artistes, mais aussi d'autres types de productions. Si les techniques de l'estampe permettent à une imagerie plus populaire de réclamer sa grande part de visibilité, les projets peuvent aussi prendre des visages de différentes natures. Entre autres, Nina Logan a rehaussé au moyen de la sérigraphie les boîtes qu'elle s'était procurées sur le marché et qui ont servi de présentoirs à ses poupées de papier mâché.
La nomination des ateliers Graff vient à point nommé. «Je pense qu'en voyant l'exposition, on pouvait capter l'énergie dépensée par les artistes à s'investir dans ce domaine», estime Christiane Desjardins. De plus, en accord avec son rôle de centre éducatif, Graff a reçu neuf groupes scolaires, soit 226 enfants. «La Balade guidée» à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal a sensibilisé ces jeunes à l'art contemporain grâce à l'exposition Griff Graff Groff. Les écoliers ont ensuite été introduits à l'estampe dans les ateliers Graff en mettant la main à la pâte.
Pour ses 40 ans, Graff s'apprête à dévoiler d'autres activités spéciales. Notamment, une série de duos mettront en contact des artistes établis avec d'autres de la relève. Au-delà des générations, ces artistes auront à produire conjointement, en résidence, des projets de sérigraphie et d'art numérique. Graff prépare pour septembre 2006 l'exposition qui présentera les résultats de ces tandems. Les ateliers seront également ouverts. En attendant, il faudra prêter une attention plus grande à l'art de l'estampe, dont les artisans n'ont pas l'intention de se laisser damer le pion de la visibilité dans les galeries de la province.
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