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Deux poids, une démesure

Stéphane Baillargeon   11 janvier 2005  Culture
Après des mois et même des années de négociations, le Cirque du Soleil (CS) vient de trouver un grand terrain dans la région parisienne où sera planté le chapiteau de son spectacle Saltimbanco, à compter du 8 avril. Il s'agit du site des anciennes usines Renault à Boulogne-Billancourt, en banlieue.

L'entreprise montréalaise mammouthienne espérait un endroit plus prestigieux, au coeur de la métropole, mais n'en a pas trouvé. Les cirques français eux-mêmes se plaignent du manque d'espace dans la capitale. Dans ce contexte tendu, l'administration municipale n'aurait fait qu'envenimer la frustration en accordant un emplacement exceptionnel au concurrent québécois.

Jusqu'au 15 janvier, le Syndicat du cirque de création a d'ailleurs décidé d'occuper la cour du Maroc, rue Aubervillers, dans le XVIIIe arrondissement, pour protester contre «la suppression des emplacements de cirque». Le Syndicat regroupe une trentaine de compagnies françaises, dont les prestigieuses Archaos et Les Nouveaux Nez.

«Je ne trouve pas la situation juste, mais je comprends sa logique politique et entrepreneuriale», commente au Devoir Marie Audoux, en apprenant l'installation prochaine du CS. Mme Audoux est une des deux permanentes du groupe de pression. «Le Cirque du Soleil est une compagnie de grande renommée qui va contribuer à l'image culturelle de Paris. Nos petits cirques offrent autre chose: des activités de proximité, dans les quartiers, près des communautés.»

La porte-parole du Cirque du Soleil demande de ne pas mêler les problèmes. «Le cas des petits cirques et le nôtre n'ont rien en commun, dit René-Claude Ménard, jointe au quartier général de Montréal. Nous avons besoin d'un lieu immense disponible plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Nous avons négocié longtemps avec la Ville de Paris, c'est vrai, mais sans dénicher la perle rare. D'ailleurs, le terrain choisi à Boulogne-Billancourt appartient à Renault, pas à l'administration municipale.»

Paris aime-t-il le cirque?

Le chapiteau du Cirque électrique a séjourné pendant un an dans la cour du Maroc en vertu d'une convention d'occupation provisoire signée avec la Ville de Paris, jusqu'au 31 décembre 2004, en attendant la construction d'un autre lieu. Une affiche placardée sur place demande: «Paris aime-t-il le cirque?»

Christophe Girard, l'adjoint au maire chargé de la culture, a répondu au Monde la semaine dernière que son administration avait prouvé son amour de cet art en faisant passer les budgets alloués à la discipline d'environ 30 000 $ à quelque 740 000 $. En entrevue, Mme Audoux réplique que la hausse soutient surtout un nouveau centre de recherche et de création pour le cirque, un laboratoire fermé au public, qui ne règle donc pas les problèmes de lieux de diffusion.

Un succès commercial ou populaire ne réconcilierait pas pour autant l'affaire solaire avec la fratrie circassienne hexagonale. Le cirque contemporain (comme on dit art contemporain) produit en France par de petites structures donne des leçons d'audace et d'innovations à la grande machine montréalaise. Les médias parisiens abritent quelques spécialistes qui en ont donc vu d'autres et pourraient sortir les longs couteaux en avril. Le prochain combat sera probablement mené sur ce terrain, esthétique et critique plutôt que politique ou économique.






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