Montréal a-t-elle plagié Loogart?

Montréal écrit que «l’illustration appartient à la Ville», qui l’a commandée à une agence qui «travaille sur des projets hautement créatifs d’envergure internationale», qu’elle ne nomme pas.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images Montréal écrit que «l’illustration appartient à la Ville», qui l’a commandée à une agence qui «travaille sur des projets hautement créatifs d’envergure internationale», qu’elle ne nomme pas.

Le visuel de la campagne « Défi des villes intelligentes » de la Ville de Montréal est tombé dans l’oeil de l’artiste Loogart… mais pas pour de bonnes raisons : l’illustration choisie copierait une partie de son travail, fait-il valoir dans une mise en demeure transmise mercredi à la Ville.

 

La campagne « utilise un graphisme qui non seulement s’inspire grandement de mes illustrations CityLine, créées en 2014, mais qui utilise aussi plusieurs éléments provenant de celles-ci, et ce, de façon identique », allègue Loogart (Chris Soueidan) dans le document envoyé à la Ville. M. Soueidan demande un dédommagement, mais surtout le retrait de l’illustration retenue par Montréal.

 

Montréal a annoncé lundi sur les réseaux sociaux qu’elle participera au Défi des villes intelligentes, une activité organisée par le gouvernement fédéral. Chris Soueidan a immédiatement communiqué avec la Ville quand il a vu le visuel retenu pour la campagne — une représentation horizontale et épurée de quelques lieux cultes de Montréal.

 

« Nous aussi sommes surpris par la ressemblance entre notre visuel et votre travail », a reconnu la Ville dans une publication Facebook. Mais cela admis, Montréal écrit que « l’illustration appartient à la Ville », qui l’a commandée à une agence qui « travaille sur des projets hautement créatifs d’envergure internationale », qu’elle ne nomme pas.

 

« La similitude est principalement [due] au choix de la technique d’illustration vectorielle et des icônes qui illustrent Montréal, écrit la Ville. Il est important de clarifier qu’il ne s’agit pas d’une utilisation non autorisée de votre matériel. »

 

Loogart ne voit pas les choses de la même façon. Celui dont des oeuvres décorent six Abribus à Montréal et dont la série CityLine a été souvent utilisée pour des publicités considère qu’on est ici devant un cas type de plagiat. « Ils ont pris des éléments, ils ont pris le style, ils ont pris l’emplacement [des bâtiments] sur mes illustrations, dit-il en entretien. Et pour un artiste, se faire voler son style, c’est comme se faire voler son numéro d’assurance sociale. »

 

Recyclage

Photo: Chris Soueidan de Loogart L’artiste Loogart a reconstitué avec ses propres illustrations le visuel produit par la Ville de Montréal, de manière à souligner les similarités entre les deux projets.

Dans un document mis en ligne mardi, Loogart décortique les six éléments de Montréal mis en valeur sur l’illustration de la campagne — le bâtiment de Farine Five Roses, l’oratoire Saint-Joseph ou le 1000 de la Gauchetière, entre autres. En mettant côte à côte cinq illustrations de CityLine, Loogart dresse le constat qu’il y a parfois copie identique, ou sinon résultat « très proche ». « Il n’y a globalement aucune réinterprétation, dit-il. On est vraiment dans le recyclage. »

 

Le directeur du programme de design graphique de l’École de design de l’UQAM, Sylvain Allard, n’est pas d’accord, même s’il trouve « les illustrations de Loogart de loin plus intéressantes ». « À mon avis, il n’y a pas de copie, mais une approche similaire et plus probablement très inspirée, indique-t-il par écrit. On peut présumer que l’agence a vu les illustrations de Loogart et s’en est servi pour créer des images similaires, mais juste assez différentes pour être recevables. »

 

La pratique est courante, note M. Allard. Que ce soit en graphisme, en publicité ou à la télévision, « il y a une quantité phénoménale de “copies”, ou plus poliment d’inspirations assez préoccupantes. […] C’est parfois assez pathétique, mais il n’y a pas de loi qui réglemente l’inspiration ou l’imitation. On a qu’à changer un minimum d’éléments pour que ce ne soit pas qualifié de copie. Certaines agences et boîtes de production font ce qu’elles veulent et ne semblent pas avoir trop d’états d’âme avec ça. »

 

En début de soirée, la Ville de Montréal a indiqué que « la nature des faits rapportés implique qu’une vérification diligente » est actuellement menée. Cela ne suppose « aucune admission de quelque nature que ce soit », précise-t-on.