La «Fashion Week» de New York dans la tempête de #MoiAussi

Des mannequins se préparent avant le défilé Verdad, à la Fashion Week de New York, en février 2017.
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Des mannequins se préparent avant le défilé Verdad, à la Fashion Week de New York, en février 2017.

S’attaquer aux démons de l’agression sexuelle exposés par le mouvement #MeToo, sur fond d’hémorragie des défilés : la Fashion Week new-yorkaise qui s’ouvre mercredi est plus que jamais confrontée aux bouleversements du monde de la mode.

À l’approche des premiers défilés, les professionnels se sont mobilisés pour essayer de bannir des pratiques qui empoisonnent la réputation du secteur depuis des années, mais qui n’avaient jamais été aussi exposées que depuis l’affaire Weinstein.

Le photographe Terry Richardson, à la réputation sulfureuse de longue date, a ainsi été le premier à devenir indésirable cet automne. Sont ensuite tombés en disgrâce Bruce Weber et Mario Testino, deux monstres sacrés de la photo de mode, accusés d’agressions lors de séances de prises de vue.

Jeudi, la mannequin Kate Upton a accusé le cofondateur de Guess, Paul Marciano, de harcèlement sexuel, faisant dégringoler le cours de l’action en Bourse même si Paul Marciano a démenti ces allégations.

Devant ces révélations, le CFDA, syndicat américain de la mode, vient de diffuser de nouvelles recommandations aux professionnels du secteur.

Il les exhorte notamment à choisir pour leurs défilés des endroits « permettant aux mannequins de se changer à l’abri des regards ». Et insiste pour que toute personne qui se sentirait menacée alerte la police ou des organisations comme l’association de défense des mannequins The Model Alliance, qui a fait de la lutte contre les agressions sexuelles une priorité.

Drogue et alcool bannis

Mi-janvier, le groupe d’édition Condé Nast, propriétaire des très influents magazines Vogue et Vanity Fair, avait déjà adopté des consignes pour éliminer les situations à risques des séances photo : accord préalable des mannequins avant toute nudité ou pose sexuellement suggestive, et plus aucun moment où les mannequins sont seules avec un photographe ou un maquilleur dans les studios, d’où sont bannis l’alcool et la drogue.

Dans ce contexte, le monde de la mode devrait profiter de la Fashion Week pour exprimer sa solidarité avec un mouvement qui le touche au coeur.

Un défilé, samedi, s’annonce comme étant dédié aux mouvements #MeToo et Time’s Up : « chaque mannequin livrera un message puissant via la mode qu’elle portera », ont promis les organisateurs.

Effet indirect de cette mobilisation : la maison Marchesa, codétenue par la femme de Harvey Weinstein, Georgina Chapman, a annulé au dernier moment son défilé à New York, où elle avait pris régulièrement résidence depuis 2006.

La marque, autrefois prisée des actrices, promettait d’attirer les foules, impatientes d’entrevoir la Britannique, silencieuse depuis le début du scandale, sauf pour annoncer qu’elle quittait Harvey Weinstein avec lequel elle a eu deux enfants.

Son annulation est venue s’ajouter aux défections d’autres habitués de la Fashion Week new-yorkaise, comme les Espagnols Delpozo et Desigual.

Malgré l’ajout de deux jours de défilés de mode masculine, le calendrier de cette semaine new-yorkaise s’appauvrit donc encore un peu, après les départs l’an dernier de Tommy Hilfiger, d’Altuzarra ou de Rodarte.

Pour ajouter à l’hémorragie, le créateur Alexander Wang — qui avait fait le buzz en septembre avec un défilé en pleine rue — a annoncé qu’il ne serait plus là la saison prochaine.

Il a préféré décaler ses présentations à juin et décembre, faisant planer du même coup un doute sur le maintien à terme du calendrier traditionnel des défilés de février et septembre.

« Le risque mérite d’être pris, car le modèle doit changer, puisque le consommateur a changé », a souligné Stephanie Horton, responsable de la stratégie de ce créateur emblématique du chic new-yorkais.

« Période de chaos »

New York a d’autant plus besoin de se renouveler que la première ville américaine est, plus encore que Londres, Milan ou Paris, sous l’emprise des « influenceurs » : blogueuses ou coqueluches des réseaux sociaux qui, telle la mannequin Kendall Jenner chez Calvin Klein ou Selena Gomez pour Coach, pèsent beaucoup aujourd’hui dans le succès des marques.

La « Grosse Pomme », qui tire quelque 900 millions de dollars de revenus directs et indirects de ses deux Fashion Weeks annuelles, doit s’attendre à « une période de chaos », avant l’émergence d’un nouveau modèle, a estimé Steven Kolb, directeur du CFDA.

Preuve que tout le monde tâtonne : plutôt que d’organiser des défilés pendant la Fashion Week, des stars comme Rihanna ou Justin Timberlake envisagent des boutiques éphémères, dites « pop-up », de plus en plus prisées pour tester une collection, selon le New York Post.

Et Kanye West a présenté la semaine dernière sa nouvelle collection Yeezy sur Instagram, via une série de photos de célébrités qui, en imitant des photos de paparazzi, ont immédiatement fait le buzz.