La vie plate de Kat Levac

Katherine Levac, à l’instar de son héros Harry Potter, aurait bien aimé être orpheline. C’est du moins ce qu’elle affirme (à la blague !) dans son premier spectacle présenté en première médiatique mercredi à la Place des Arts.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Katherine Levac, à l’instar de son héros Harry Potter, aurait bien aimé être orpheline. C’est du moins ce qu’elle affirme (à la blague !) dans son premier spectacle présenté en première médiatique mercredi à la Place des Arts.

S'il est de bon ton d’affirmer que les livres ouvrent les portes de la connaissance, de la sérénité et du bonheur, des pans entiers de la littérature universelle laissent pourtant entendre le contraire. N’est-ce pas à cause d’un excès de livres de chevalerie qu’un pauvre garçon de la Manche se prendra un jour pour le chevalier Don Quichotte ? N’est-ce pas en respirant l’eau de rose imbibant de chimériques romans d’amour que Madame Bovary s’engagera sur la voie de l’adultère et du désespoir ?

Ajoutez à cette liste de personnages floués par les fausses promesses que recèlent les livres Katherine Levac qui, à l’instar de son héros Harry Potter, aurait bien aimé être orpheline. C’est du moins ce qu’elle affirme (à la blague !) dans Velours, son premier spectacle présenté en grande première médiatique mercredi à la Place des Arts (mais que Le Devoir a eu l’occasion d’attraper récemment lors d’une date de rodage) avant de partir en tournée au Québec.

« Quand j’étais petite, je lisais beaucoup, je regardais plein de films et c’était toujours des histoires extraordinaires et magiques », se souvient la femme de 28 ans, née dans une ferme de Saint-Bernardin, dans l’Est ontarien. « Pendant ce temps, dans ma vie à moi, il n’y avait rien qui se passait. Mes parents étaient présents ! Ils m’encourageaient dans mes projets ! Je me sentais plate. » L’horreur, quoi !

Pour en finir avec le sujet des femmes en humour

Alors que bien de ses collègues puisent, pour une première présence sur scène, dans le dossier « malheurs, déceptions et autres cocasseries » de leurs archives mentales, l’humoriste révélée entre autres par SNL Québec devait se rendre à l’évidence : son existence avait été jusqu’ici beaucoup trop douce pour qu’elle adopte dans Velours pareil modus operandi.

« On dirait que tout le monde dans le milieu a vécu tellement d’embûches avant d’y arriver. Moi, je ne me suis pas fait intimider, et je ne veux surtout pas minimiser ça, mais je me disais : “Pourquoi je ne le reconnaîtrais pas, qu’il n’y a pas eu de gros drames dans ma vie, plutôt que de m’en inventer ?” Il y avait de la matière là-dedans à mes yeux, parce qu’on dirait que c’est pas cool d’admettre que sa vie a été plaisante et facile. »

Un discours rare, contrastant avec celui de nombreuses vedettes invitées à s’épancher sur les plateaux de télé et entre les pages de magazines en se remémorant de petites tragédies personnelles, flirtant souvent avec l’insignifiance. L’interprète de Rebecca-Sophie dans Like-moi ! a-t-elle déjà essuyé les réactions déçues de scribes traquant la confidence tire-larmes ?

« C’est arrivé souvent, surtout quand il est question des filles en humour ! raconte-t-elle en roulant des yeux. Je ne veux pas banaliser ce qu’ont vécu les autres générations de femmes qui ont ouvert cette voie sur laquelle je marche pieds nus, mais maintenant, on gratte un bobo qui n’existe pas. Quand on me demande si ça m’est déjà arrivé de me faire présenter sur scène par un homme qui dit : “La prochaine, c’est une fille, mais c’est pas grave, elle est drôle pareil”, la réponse est toujours non. Mais j’ai beau le répéter, il y a des gens qui veulent s’accrocher à l’idée que c’est difficile d’être une fille en humour. »

Richesse du français, des silences

Diplômée en lettres françaises de l’Université d’Ottawa, Katherine Levac utilise une nouvelle écrite sur les bancs d’école comme canevas de base lors de son audition à l’École nationale de l’humour. « On m’avait dit : “Enlève le superflu, garde juste les jokes.” » Ce parcours singulier se fait d’ailleurs toujours entendre sur scène, où le comique des textes de cette éternelle bonne élève demeure souvent lié à son choix de vocabulaire.

Qu’elle évoque dans Velours l’avenir du français en Ontario en le comparant à l’avenir lui aussi fragile, mais pas autant, du français au Québec tombe sous le sens, et réjouit aussi, dans la mesure où le sujet occupe peu de place au coeur de l’insulaire vie médiatique de notre province.

« J’en ai connu plusieurs à l’université, des filles francophones qui ont rencontré un gars, un Anglo, et qui peu à peu ont abandonné le français », explique-t-elle au sujet de ce numéro, un astucieux prétexte lui permettant d’embrasser à nouveau le franglais hilarant d’un personnage lui ayant valu beaucoup d’attention. « Je trouve ça rough de revoir certaines personnes avec qui j’ai étudié et qui maintenant cherchent leurs mots, ou dont les enfants ne parlent que l’anglais. J’accepte que, pour certains, ce ne soit pas aussi important, mais j’ai de la difficulté à comprendre que ces filles-là ne voyaient pas dans le français une richesse. »

Entre la légèreté d’observations absurdes sur le franc-parler des femmes de 64 ans et des vannes au sous-texte plus grave sur les réfugiés, Katherine Levac décrit les nombreux silences dont elle ponctue Velours comme autant d’invitations à goûter l’instant présent que nous partageons en sa compagnie.

« Il y a plusieurs humoristes qui disent : “Je n’aime pas ça, les silences, parce que j’entends les gens boire ou tousser.” Oui, mais c’est le fun, non, d’entendre le bruit d’un pichet, la glace d’une sangria ? Ces filles-là se sont payé une sangria et elles sont là devant moi, pour de vrai, pas devant leur télé. C’est pas beau, ça ? Le bruit d’une sangria, ça me rappelle à moi que l’humour, c’est un contact très important, un moment où on se parle et où on se sent compris. Et il n’y a pas grand-chose de plus important pour les humains que de se sentir compris. »

1 commentaire
  • Marie Nobert - Abonnée 3 février 2018 02 h 35

    Le silence!? ?!

    Le silence ce n'est pas l'absence de bruit, mais l'absence d'interlocuteur. Bref.

    JHS Baril