Rapprocher les jeunes de la pratique artistique

Comme l’explique Queen Ka (deuxième à partir de la droite), la poésie et le slam permettent souvent aux élèves de dévoiler publiquement des côtés d’eux-mêmes jusque-là insoupçonnés.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Comme l’explique Queen Ka (deuxième à partir de la droite), la poésie et le slam permettent souvent aux élèves de dévoiler publiquement des côtés d’eux-mêmes jusque-là insoupçonnés.

Si les jeunes ne vont pas vers l’art, il faut faire venir l’art à eux. C’est un peu la philosophie qui sous-tend le projet éducatif de la Place des Arts, qui se déploie depuis cinq ans dans les écoles secondaires de Montréal. Pour aller plus loin dans cette démarche, l’équipe de la Place des Arts s’est alliée à un partenaire d’expérience en la matière, le Lincoln Center Institute de New York. Volet éducatif du Lincoln Center for the Performing Arts, le Lincoln Center Institute s’est donné pour mission, dès sa création en 1973, d’assurer la diffusion des arts dans tous les milieux. Il compte désormais une cinquantaine d’artistes-médiateurs (teaching artists), qui oeuvrent dans les écoles de New York, à partir de la maternelle, et ce, dans une variété de disciplines artistiques, des arts visuels à la danse.

À Montréal, le projet vise présentement les jeunes du secondaire. Cette année, ils suivront des ateliers avec la slameuse Queen Ka, le rappeur Dramatik et l’auteur-compositeur-interprète Patrice Michaud. Les élèves y poursuivent leur propre démarche créatrice tout en développant une approche réceptive des arts.

Un art exutoire

Cela fait déjà cinq ans que Janie Hallé-Bolduc, professeure de français à l’école Évangéline, d’Ahuntsic, y emmène ses élèves. Les premières formations étaient offertes par le rappeur Samian. Évangéline est une école à forte composante multiethnique. Dans les textes des élèves, elle a décelé des préoccupations au sujet du choc générationnel dans les familles d’immigrants, des enjeux des réfugiés, de l’avenir et aussi de l’amour, de la dépression et de la maladie.

Au terme de leur formation, les élèves sont invités à participer à un marathon de slam, qui se déroule à la salle Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts.

Cette année, dans le cadre d’un projet-pilote, l’artiste Jean E. Taylor a été déléguée par le Lincoln Art Center Institute pour participer à la formation des enseignants et des artistes-médiateurs.

La démarche du Lincoln Center est très inspirée du travail de Maxime Greene, philosophe, activiste sociale et professeure américaine, qui a beaucoup travaillé à partager la vitalité artistique avec les professeurs et les élèves, et à chercher une compréhension de l’art qui donne un sens à la vie.

C’est en ce sens qu’elle tentait la semaine d’orienter la réflexion et la pratique de dizaines d’enseignants venus suivre une formation à la Place des Arts.

Jean E. Taylor aime utiliser cette citation de Greene : « S’ouvrir aux oeuvres artistiques, c’est partir en quête de nouvelles associations, de significations inattendues, se livrer à des actes de découverte continuelle. »

Inciter les jeunes

C’est la deuxième année que la slameuse Queen Ka est artiste-médiatrice dans le cadre du projet de la Place des Arts. Au cours de ces ateliers, elle incite les jeunes à l’écriture et à la performance de textes parlés. Après avoir suivi cette formation, explique-t-elle, ils peuvent comprendre le travail qu’a fait l’artiste avant d’arriver sur scène.

« Je suis parfaitement à l’aise avec les élèves de 3e secondaire, de 14 ou 15 ans, dit-elle. […]. Si j’arrive à rendre la poésie attirante pour eux, si je les vois se perdre dans un dictionnaire de synonymes, ou se battre pour un dictionnaire de synonymes, je peux dire que la partie est gagnée », dit-elle. Comme l’explique Queen Ka, la poésie et le slam permettent souvent aux élèves de dévoiler publiquement des côtés d’eux-mêmes jusque-là insoupçonnés.

Clothilde Cardinal, directrice de la programmation à la Place des Arts, avait remarqué un manque de stimulation culturelle pour les adolescents, lorsqu’elle a songé à développer ce programme. L’équipe de la Place des Arts a étudié différentes formules en oeuvre dans le monde, du Sydney Opera House à celle en vigueur dans les écoles du Danemark, avant de chercher une collaboration avec le Lincoln Center Institute. En entrevue, elle fait remarquer que huit des dix objectifs énoncés dans le programme du Lincoln Center Institute se retrouvent dans le programme scolaire du secondaire du gouvernement du Québec. C’est ce qui rend possible, par exemple, l’attribution de temps et de personnel dans les écoles pour la réalisation des objectifs du programme.

Les professeurs rencontrés vendredi en sont, en tout cas, absolument ravis.