Des magasins sans magazines

Archambault, ancienne filiale de l’empire Québecor, a été cédée en mai au groupe Renaud-Bray.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Archambault, ancienne filiale de l’empire Québecor, a été cédée en mai au groupe Renaud-Bray.

Fini, les magazines dans la chaîne de librairies Archambault. Tous passent à la trappe et ne pourront plus y revenir à compter du 23 octobre, selon les informations obtenues par Le Devoir. Tous, de L’actualité aux Débrouillards, d’Elle Québec au 7 Jours.

 

La décision touche les 14 commerces de la bannière. Archambault, ancienne filiale de l’empire Québecor, a été cédée en mai au groupe Renaud-Bray qui n’applique pas de consigne générale semblable dans ses propres magasins, bien que certains ne vendent déjà plus de publications périodiques.

 

Archambault explique sa décision par une logique d’affaires induite par le grand bouleversement numérique. « Ce n’est pas du tout un phénomène nouveau ni une réorientation stratégique : le désengagement des lecteurs envers le papier est là depuis longtemps et notre décision suit cette tendance », dit une employée du service des communications qui refuse d’être désignée comme porte-parole. Elle explique que le président du groupe fusionné, Blaise Renaud, est le seul autorisé à parler et qu’il ne s’exprimera pas sur ce sujet précis.

 

« Il n’y a pas de stratégie d’entreprise, répète-t-elle. On constate les chiffres de vente et on suit la courbe, tout simplement. »

 

Décision jugée déplorable

 

Le président de l’Association des éditeurs de magazines québécois trouve la décision déplorable d’un point de vue culturel. « Ça nous fait de la peine, dit Robert Goyette, joint à Toronto. Il y a une affinité naturelle entre les magazines et ce qu’on retrouve dans les librairies, les livres ou les disques. Les magazines font partie de la culture québécoise et c’est triste de savoir qu’ils ne seront pas disponibles dans certains magasins qui vendent des produits de la culture québécoise. »

 

M. Goyette dirige la version québécoise du Reader’s Digest. Autour de 7 ou 8 % de ses ventes se feraient en kiosque, dans les supermarchés, les pharmacies ou les librairies. D’autres membres de l’association réalisent une part beaucoup plus importante de leurs recettes de cette manière. C’est le cas notamment des magazines de TVA Publications, du groupe Québecor, comme Le Lundi, Dernière Heure ou Moi cie.

 

Le sort joue drôlement puisque la décision a été relayée par le distributeur Messageries Dynamiques dans un avis distribué la semaine dernière « à tous les éditeurs ». Or, Messageries Dynamiques appartient à Québecor, par ailleurs grand éditeur de magazines qui se voit donc directement touché par la décision de son ancienne filiale, quelques mois après sa vente.

 

Le texte laconique de la compagnie de distribution avertit ses clients que « tous les produits qu’elle distribue doivent être sortis des magasins d’ici le 23 octobre », en ajoutant « qu’il n’y aura donc plus de mise en marché visée pour Archambault ».

Une garantie de rendement

Un regroupement américain d’éditeurs de magazines veut combattre la fuite des annonceurs vers le numérique en leur garantissant des rendements sur leurs placements de produits. En cas d’inefficacité de la pub, l’annonceur serait remboursé partiellement ou serait dédommagés avec de nouveaux espaces publicitaires.

L’influence réelle des publicités imprimées sur les ventes sera garantie dans certains secteurs précis, dont les produits de beauté, la nourriture et certains médicaments en vente libre. Cette manne représente 60 % des dépenses publicitaires dans tous les médias.

The Association of Magazine Media compte 175 compagnies qui impriment plus de 900 magazines, et une trentaine de distributeurs de publications étrangères. En plus, le regroupement dit baser son initiative sur des enquêtes prouvant la plus grande efficacité des magazines, par rapport à la télé et le Net, pour gonfler les ventes des produits.