Équilibriste du code binaire

Myriam Bleau se dit « fascinée par la physique des mouvements, par le détournement?d’objets du quotidien ».
Photo: Source Akousma Myriam Bleau se dit « fascinée par la physique des mouvements, par le détournement?d’objets du quotidien ».

La symbolique est forte : à une époque qui donne parfois l’impression de tourner en rond, l’électroacousticienne québécoise Myriam Bleau se prépare, la semaine prochaine, à donner le coup d’envoi du Festival de musiques numériques immersives Akousma avec… des toupies. Mais pas question de voir dans Soft Revolvers, sa création qui passe par des jouets circulaires détournés à des fins musicales, un geste politique ou une oeuvre socialement chargée.

 

« C’est poétique comme lien, mais ce n’est pas là que je suis, dit la jeune artiste de 26 ans, rencontrée cette semaine par Le Devoir dans son studio montréalais. Je suis un peu plus pragmatique, pas très intéressée par le côté rituel d’une performance et surtout fascinée par la physique des mouvements, par le détournement d’objets du quotidien pour en extraire la musicalité. Rien de plus. »

 

C’est déjà beaucoup, et c’est ce que Myriam Bleau va chercher à démontrer avec une oeuvre-spectacle pour le moins atypique qui, pendant une vingtaine de minutes, fait danser des toupies lumineuses, dans la pénombre, pour mieux les faire chanter. Les objets ont été créés sur mesure, en acrylique, par l’artiste. Ils portent en eux des composantes électroniques permettant par la magie du sans-fil de traduire le mouvement en son, mais également en lumière, avec des ampoules DEL.

 

« Le mouvement a toujours influencé la façon dont on entend la musique, dit-elle. Musicalement aussi, le visuel et l’auditif se rencontrent pour donner du sens à une composition », en l’amenant ici, sans doute malgré elle, dans la sphère du hip-hop et de ses platines tourne-disque, auxquelles les toupies de Myriam Bleau peuvent un peu faire référence.

 

« Ce n’est pas calculé, mais ce symbole s’est imposé de lui-même au fur et à mesure que ce projet s’est mis en place », expose l’artiste qui, dans ses prestations, donne parfois l’impression de jouer avec ses sphères qui cherchent à déjouer la gravité comme un DJ joue avec ses platines. « C’est peut-être normal. Je suis de cette génération qui a été élevée avec de la musique populaire, avec des références qui viennent de là, mais j’arrive aussi très bien à explorer la musique savante, la musique de recherche dans laquelle Soft Revolvers s’inscrit. »

 

Hermétique ? L’oeuvre l’est sans doute, avec ses tonalités, ses modulations de fréquences, ses univers de sons échantillonnés et passés à la force centrifuge qui, au final, arrivent à faire émerger — dans l’immersion — une improbable poésie. Mais pour la jeune Myriam Bleau, elle est surtout un jeu sérieux qui cherche à remettre le corps et le geste dans la musique et sur une scène, afin d’humaniser sans doute un peu une musique que l’on dit souvent abstraite. « J’essaye de faire de la bonne musique, dit-elle simplement. Celle que je voudrais aller voir en spectacle. »

Trois autres mesures pour un festival…

Entre le 5 et le 8 novembre, l’Usine C se met au diapason du festival Akousma, versé dans la musique numérique immersive, provenant d’ici et d’ailleurs dans le monde, avec…











La Suédoise Hanna Hartman.
Elle a demandé un kilo de fécule de maïs pour son spectacle, mais les organisateurs ne savent toujours pas pourquoi. Elle fait de la musique avec des sons enregistrés à travers le monde qu’elle aime sortir de leur contexte.

La Norvégienne Jana Winderen. Elle était au MoMA l’an dernier. Elle est à Montréal cette année pour exposer sur scène le fruit d’une recherche musicale au parfum environnemental. L’artiste tente en effet d’extraire la musicalité des fonds marins, tout comme de la topographie des océans et des eaux glacées. Étrange.


L’Américain Seth Nehil. Densité et introspection caractérisent l’univers sonore sombre de cet artiste qui aime traquer le drame dans les cloches, les cymbales, les gongs et le métal. Entre autres.