Lire sur du papier pour mieux comprendre

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension.
Photo: Thinkstock Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension.

Ils sont encore nombreux, les amoureux de la lecture, à aimer tenir dans leurs mains un livre en papier qu’ils peuvent serrer, feuilleter et même sentir au besoin. Ces derniers réfractaires aux technologies numériques vont donc être heureux d’apprendre que la lecture d’un texte en papier permet d’avoir une meilleure et plus complète compréhension que la lecture d’un texte numérique. C’est du moins ce que révèle une nouvelle étude de chercheurs norvégiens et canadiens effectuée au Centre de lecture de l’Université de Stavanger en Norvège.

 

Dans cette étude, les chercheurs précisent que la lecture sur une tablette numérique a l’avantage de se faire beaucoup plus rapidement, mais notre mémoire retient moins longtemps les informations lues sur un écran numérique. Pour en arriver à cette conclusion, une classe de 72 élèves de 4e secondaire a été divisée en deux, où la moitié des élèves ont dû lire un texte en format PDF et l’autre moitié en format papier. Les élèves devaient par la suite répondre à un questionnaire pour évaluer leur compréhension du contenu. Et les résultats ont clairement démontré que la compréhension des textes était beaucoup plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier.

 

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension. Des recherches précédentes avaient d’ailleurs démontré que plus un texte est long, plus la carte mentale est importante.

 

Lorsqu’une personne lit sur une tablette électronique, il lui est donc impossible d’avoir une idée de la longueur d’un texte, alors qu’une ou deux pages peuvent s’afficher sur son écran. De plus, la sensation de toucher un écran du bout de ses doigts n’est pas la même que celle de la texture du papier qui, elle, est beaucoup plus stimulante. La chercheuse en chef Anne Mangen constate que cette expérience a permis de prouver qu’il y a vraiment un lien entre le corps et l’esprit. Dans le fond, elle a démontré que le cerveau apprend beaucoup mieux quand une personne peut à la fois toucher et voir son livre.

 

Mais comme les technologies sont devenues incontournables, Mme Mangen croit qu’il faudra voir dans l’avenir à développer davantage des outils qui permettront d’augmenter l’expérience sensorielle des lecteurs pour assurer leur compréhension du contenu. D’ici là, le bon vieux livre en papier demeure encore la meilleure chose à se mettre sous la main.

6 commentaires
  • Gilbert Fafard - Inscrit 16 août 2014 06 h 54

    Finalement....

    Une bonne vieille librairie avec des milliers de livres poussiéreux aura toujours un certain cachet comparativement à une librairie numérique.Et, si jamais, on est en panne de courant, on peut toujours se rabattre sur la lecture à la chandelle.

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2014 09 h 06

      C'est vrai ce que vous dites, mais n'oubliez pas :

      - les asthmatiques qui, à la seule vue d'un livre, se mettent à éternuer et,

      - les gens d'un certain âge qui, presbytie oblige, pourront avec deux doigts et trois petits mouvements, augmenter la taille du texte et régler l'éclairage de façon à pouvoir lire avec une certaine aisance, là où le livre de papier les aurait forcés à sortir leurs verres correcteurs (on suppose bien sûr que le lecteur en question a opté pour une tablette ou un portable de qualité).

      Ces détails mis à part, il ne faut pas oublier que le numérique procure une certaine liberté en échappant à ceux qui contrôlent l'industrie du livre (car c'est bien de ça qu'il s'agit).

      Il en va par ailleurs du livre comme de la musique : il s'agit plus souvent d'une industrie que d'une réelle diffusion de la culture. Et les deux sont enfermés dans un cercle vicieux.

  • Emilie Lavery - Inscrite 17 août 2014 13 h 23

    La complémentarité des formats

    La rubrique des réactions révèle le plus puissant intérêt de la lecture numérique : faire de nous des lecteurs actifs. La lecture n'est plus enclose dans un espace privé ou fermé. Ainsi lorsque nous lisons le Devoir dorénavant, nous pouvons afficher nos réactions, faire la promotion de certains de ses articles à nos amis, voire verser un commentaire. J'aime toutefois l'intimité du livre papier des recueils de poésie que je me procure comme des bonbons. Mais l'expérience de lecture ne devient complète que lorsque j'approfondis mes découvertes. Qui n'annote pas en lisant? J'aime que le livre numérique facilite l'accès à ces florilèges personnels de lecture. Et le plaisir ne monte-t-il pas d'un cran lorsqu'un grand lecteur nous en fait la lecture?

  • Valérie Harvey - Abonnée 17 août 2014 13 h 26

    Quand la fiction précède la science

    Je viens de lire un livre de science-fiction (du Second cycle de Fondation) et ça dit ceci, ce que je trouvais comique par rapport au sujet de votre article:

    "Pour un humain, un écran d'ordinateur, si classe qu'il puisse être, ne vaudrait jamais une page imprimée. [...] Quand on lisait [sur papier], les anciennes parties reptilienne, mammifère et primate du cerveau prenaient part à la préhension du livre, parcouraient la page incurvée, en déchiffraient les ombres et les reflets. [...]

    [En lecture numérique], seule la partie supérieure du cerveau, celle de l'Homo sapiens, était pleinement impliquée alors que les étages inférieurs restaient inactifs. [...] Il est vrai que, pour l'esprit pensant, l'écran semblait plus vivant, plus actif, plus rapide. Rayonnant d'énergie.

    Mais au bout d'un moment, la monotonie s'installait. Les autres strates du moi s'ennuyaient, s'agitaient, ne tenaient plus en place, tout cela au niveau inconscient."

    - Fondation en péril, Gregory Benford

    Ça vaut ce que ça vaut, mais ça fait réfléchir, ça c'est sûr! :)

  • Michel Coron - Inscrit 18 août 2014 09 h 28

    Le miracle du livre numérique

    Avec l'âge s'altère l'acuité vsuelle et toute une séquelle de problèmes comme la dégénérescence maculaie. Il devient alors extrêmement pénible de lire un livre dont je ne contesterai pas les mérites. Merci aux éditeurs et aux libraires qui offrent sur internet un téléchargement d'ouvrages en numérique sans lesquels il serait impossible de rester en contact avec la littérature. C'est un vériable miracle que de pouvoir ainsi restee en contact avec des classiques pour une fraction du prix qu'il en coûterait en format papier. On peut cependant déplorer que pour satisfaire une clientèle éprise de sensationnalisme ou de superficialisme, le "kétaine" prime sur la profondeur. Mais il y a progrès et que je puisse lire Fernand Dumont en numérique en est un exemple parmi beaucoup d'autres.
    En ce sens, l'avenir est prometteur surtout pour nos "baby-boomers".

  • Pierre Bouillon - Abonné 18 août 2014 12 h 50

    Si certains...

    Si certains veulent se débarrasser de leurs vieux livres du XVIe siècle parce qu'ils sont disponibles en version numérique, je suis preneur! Cela dit, l'ancien et le moderne peuvent cohabiter.
    Cordialement,
    Pierre Bouillon
    Collectionneur de dictionnaires anciens de langue française