L’édifice Saint-Sulpice à nouveau abandonné?

Façade de l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis à Montréal
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Façade de l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis à Montréal

Le projet de transformer l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice (BSS) en carrefour de musiques nouvelles vacille. Le Devoir a appris que les coûts liés à la conversion ont notamment refroidi les ardeurs de Québec, qui ne peut s’engager dans le projet avant quelques années. Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a donc invité l’organisme Le Vivier, qui devait y emménager d’ici 2015, à se trouver un nouveau toit temporaire ou permanent.

 

« La décision n’est pas encore définitive », confirme au Devoir Pierrette Gingras, la directrice générale du Vivier, qui regroupe 27 ensembles et organismes musicaux, dont le Nouvel Ensemble moderne, le Quatuor Bozzini et la Société de musique contemporaine du Québec. « Québec ne dit pas non pour la BSS, mais n’est pas prêt à s’engager dans les dépenses que cela implique avant quelques années. »

 

Après avoir songé à partager l’édifice patrimonial avec une autre organisation, Le Vivier travaille depuis l’été à quatre propositions de rechange, dans d’autres lieux. L’organisme est à évaluer si elles répondent bien à ses besoins. Trois de celles-ci offrent l’option de s’installer à demeure.

 

« C’est sûr que ça nous prend une solution temporaire, mais si, à travers ça, on trouve une solution à plus long terme, ils [les responsables du MCC] ne sont pas contre l’idée, et nous non plus, si ça convient à nos besoins », précise Mme Gingras. Elle signale que le jour où Québec décidera d’aller de l’avant avec la BSS, il faudra encore trois ans pour réaliser les travaux de mise aux normes et de rénovation. Autant dire une éternité pour Le Vivier, qui a déjà déployé un an et demi d’efforts sur un programme de construction et qui doit maintenant abandonner l’idée d’y emménager en 2015, année du centenaire de la BSS.

 

« On n’est pas abandonné, le MCC travaille avec nous à trouver des solutions, mais c’est sûr qu’on est déçu, indique la directrice. On pense encore qu’on a la meilleure solution pour l’édifice Saint-Sulpice, mais notre mission n’est pas de le sauver. Si c’est plus viable, réaliste et rapide d’aller ailleurs, on va aller ailleurs. »

 

Parmi les obstacles au projet invoqués par Québec figure la question des coûts d’entretien de l’édifice, une fois les rénovations réalisées. Le cabinet du MCC n’a pas répondu aux questions du Devoir concernant le destin de l’édifice, mais on sait que les travaux effectués depuis 2007 (toiture, revêtement) s’élèvent à 2,8 millions. La seule mise aux normes de la BSS, sans le moindre réaménagement, a déjà été évaluée à 6 millions de dollars il y a quelques années.

 

Dessiné par l’architecte Eugène Payette et construit en 1915 à l’instigation des prêtres sulpiciens, l’édifice style beaux-arts a toujours joué un rôle culturel au coeur de la vie intellectuelle francophone. Après la bibliothèque sulpicienne, la Bibliothèque nationale du Québec y a logé jusqu’à son déménagement rue Berri, en 2005. Québec cède alors la bâtisse pour 2,5 millions de dollars à l’Université du Québec à Montréal, qui la remet en vente deux ans plus tard. Coupant l’herbe sous le pied des promoteurs immobiliers, la ministre de la Culture sous l’ancien gouvernement libéral, Christine St-Pierre, exerce son droit de préemption, réintégrant l’édifice dans le giron public pour 4,5 millions. C’est en 2009 qu’une entente avec Le Vivier lui octroie sa vocation musicale. Quatre ans plus tard, le joyau patrimonial du Quartier latin pourrait donc retomber dans les limbes.

  • Bernard Terreault - Abonné 21 novembre 2013 09 h 10

    Je ne peux pas croire ...

    ... qu'on ne peut pas trouver une vocation à ce superbe témoin de l'architecture du début du XXième siècle. Ne serait-ce qu'en faire ... une bibliothèque ! Pour le quartier, ou pour l'UQAM, ou une annexe de la Grande Bibliothèque.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 novembre 2013 13 h 31

    Évidence

    Cette bibliothèque doit conserver sa fonction initiale. Je ne comprends pas pourquoi la BANQ ne s'en fait pas acquéreur. Elle pourrait y installer une section complète spécialisée. De plus, la salle du sous-sol est aménagée pour recevoir du théatre et du cinéma.

    Il y a un manque de volonté quelque part.