Les îles Galapagos sont encore menacées

Le Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO a ajouté hier la cathédrale de Bagrati, symbole de l’architecture médiévale en Géorgie, à sa liste du patrimoine en péril.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Vano Shlamov Le Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO a ajouté hier la cathédrale de Bagrati, symbole de l’architecture médiévale en Géorgie, à sa liste du patrimoine en péril.

Des organismes de défense de la nature déplorent la décision de l'UNESCO de retirer les îles Galapagos de la Liste du patrimoine mondial en péril. Réuni pour sa 34e session à Brasília jusqu'à mardi, le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO (CPMU) a aussi annoncé l'inscription à cette liste du site des Tombeaux des rois du Buganda, en Ouganda, ainsi que de la cathédrale de Bagrati et le monastère de Ghélati, en Géorgie.

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) juge hâtive la décision de l'UNESCO de retirer les îles Galapagos de la liste des sites en péril.

«Le retrait de ce site d'une importance unique pour l'humanité est un peu prématuré», a déclaré hier Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l'UICN. L'IUCN est l'organe-conseil du CPMU.

En 2007, ce dernier reconnaissait la menace liée au tourisme, à la pêche intensive et à l'invasion d'espèces introduites pesant sur le parc national et la réserve marine des Galapagos en l'inscrivant sur la liste. Les espèces invasives — menace directe la plus importante — sont les animaux domestiques arrivés avec les humains dès le début du XIXe siècle, et plus récemment les plantes et insectes, qui chassent les espèces indigènes et bouleversent la biodiversité.

Or, toutes ces menaces «existent toujours», malgré des améliorations notables, selon le chef du programme du patrimoine mondial de l'IUCN, Tim Badman. «La situation aux Galapagos reste critique», note-t-il. Le CPMU justifie pour sa part sa décision en notant les «progrès significatifs» des autorités équatoriennes pour protéger l'archipel de quelque 40 îles du Pacifique situé à 1000 km au large des côtes sud-américaines.

Un décret présidentiel de l'État équatorien en 2007 reconnaissant la précarité de l'archipel et l'érigeant en priorité nationale a en effet permis de faire avancer les choses. En 2008, par exemple, le fonds Espèces invasives des Galapagos recevait 2,19 millions $US, gonflant celui-ci à 3,19 millions, encore loin toutefois de l'objectif de 15 millions. Le CPMU saluait d'ailleurs les «succès ininterrompus dans le contrôle et l'éradication des espèces introduites».

Mais l'année suivante, il notait «avec inquiétude les menaces qui continuent de peser sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien, résultant d'une progression très rapide du tourisme terrestre et d'espèces allogènes envahissantes».

L'archipel, qualifié de «musée vivant» et de «vitrine de l'évolution» par le CPMU, a servi de laboratoire au naturaliste Charles Darwin. C'est là, en 1835, que s'est échafaudée sa théorie de l'évolution et de la sélection naturelle.

Notons que les jardins et la maison de Darwin au Royaume-Uni font partie des sites à l'étude à Brasília en vue d'une inscription à la liste du patrimoine mondial.

Nouveaux venus

Incendié en mars, le site des Tombes des rois du Buganda, en Ouganda, figure désormais sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Le mausolée abritant les quatre tombes royales tient encore debout, quoique sérieusement endommagé. Il sera reconstruit, vu la valeur exceptionnelle de ce style architectural développé depuis le XIIIe siècle.

Le CPMU a également inscrit la cathédrale de Bagrati et le monastère de Ghélati, de Géorgie, sur la liste de sites menacés. Il s'inquiète des interventions irréversibles qui y sont effectuées dans le cadre de rénovations majeures. La cathédrale, érigée à la fin du Xe siècle, tient son nom du premier roi de la Géorgie unifiée, Bagrat III. Les principaux bâtiments du monastère remontent au XIIe siècle. Deux exemples de l'épanouissement de l'architecture médiévale géorgienne.

Au moment d'écrire ces lignes, la 34e session du CPMU se penchait, selon des sources bien informées, sur l'épineux dossier du site de Preah Vear, chef-d'oeuvre de l'architecture cambodgienne campé sur la frontière — contestée — séparant le Cambodge et la Thaïlande...