I.D. du Cirque Éloize - Éclair de chaleur dans le Vieux-Port

Toute la force de I.D. réside dans la fusion entre la danse de rue, hautement acrobatique, et les numéros de cirque de haut vol.<br />
Photo: Cirque Éloize Toute la force de I.D. réside dans la fusion entre la danse de rue, hautement acrobatique, et les numéros de cirque de haut vol.

De l'énergie à haute dose et de l'adrénaline à profusion, doublées d'une ambiance à faire fondre le macadam: la troupe Éloize a fait monter la température de plusieurs degrés lors de la première de I.D. donnée dans le Vieux-Port en ouverture du festival Montréal complètement cirque.

Un éclair de chaleur madelinot a littéralement frappé jeudi soir le chapiteau blanc que le Cirque Éloize a investi à l'occasion du festival de cirque.

Avec sa nouvelle création résolument urbaine, inspiré du break dance et des mangas japonais, Éloize déploie sur scène une nouvelle fournée d'artistes puissants, typés et prodigieusement énergiques.

D'entrée de jeu, I.D. nous plonge en pleine jungle urbaine, à la manière d'un West Side Story version 2010, avec b-boys et b-girls, bandes rivales et aficionados de la mode de rue à l'avant-plan. Les décibels de Jean-Phi Goncalves (Beast) et d'Alex McMahon chauffent l'atmosphère, qui s'enflamme dès que les danseurs multiplient les vrilles sur la scène. En première partie, l'entrée en piste d'un cycliste qui défie les lois de la gravité en escaladant à vélo un mur escamotable tétanise la foule.

Les numéros de main à main, de cerceau aérien et de mât chinois révèlent tour à tour la puissance acrobatique de l'équipe d'Éloize. Puissance qui atteint son apogée en deuxième partie lors d'un sublime numéro de trempomur, mené à un rythme enlevant sur des parois animées de graffitis et de tableaux projetés. Lancés de tous les côtés entre le sol, les murs et des interstices taillés dans le mur, des acrobates nourris au Gatorade achèvent de clouer les spectateurs sur leur chaise.

Seul bémol, quelques numéros moins incarnés en deuxième partie, dont un de tissu aérien où l'esprit urbain qui habite le reste de la création se perd en cours de route.

On souhaiterait aussi voir plus les prestations huilées et livrées au quart de tour par les prodigieux danseurs Elon Höglund, Emmanuelle LePhan et Kone Thong Vongpraseuth. Avec leurs vrilles, jeux de pied et popping d'enfer, on en prendrait une double dose. Toute la force de I.D. réside d'ailleurs dans la fusion entre la danse de rue, hautement acrobatique, et les numéros de cirque de haut vol, pour accoucher d'un tout cohérent. La fusion devient osmose lors d'un numéro où un véritable dialogue s'entame entre contorsion et break dance. Les costumes déjantés imaginés par Linda Brunelle et les projections dynamiques (parfois sous-utilisées) de Robert Massicotte donnent au tout un puissant ADN urbain.

Après avoir scellé le mariage poétique du cirque et du théâtre dans Rain et Nebbia, Éloize réussit avec I.D. celui du cirque et de la danse. Mais dans ce virage à 180 degrés, la force narrative et la charge émotive qu'Éloize avait insufflées à ses créations précédentes passent à la trappe, il faut le dire. On ne sort de I.D. ni bouleversé ni ému. Mais la création distille en revanche une énergie adolescente, hautement contagieuse, qui contaminera un très large public. De l'énergie brute, livrée de main de maître.