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Spectacles de l'École nationale de cirque - Espoirs nomades et désespoirs urbains

Isabelle Paré   6 juin 2009  Culture
Les deux spectacles de l’École nationale de cirque offrent deux propositions tout à fait distinctes.
Les deux spectacles de l’École nationale de cirque offrent deux propositions tout à fait distinctes.
Pour cause d'avalanche de diplômés, c'est un programme double que propose cette année l'École nationale de cirque. Deux spectacles venus de la même alma mater, mais qui accouchent de propositions diamétralement opposées.

La première: Scène de crime. Un univers de fonds de ruelle, de truands, de putes à la cuisse légère, qui rappelle la 42e Rue à New York d'avant l'ère Giuliani. Sur le sol, un tracé blanc rappelle qu'un crime vient d'être commis. Par qui? Mystère.

Dans ces lieux peu fréquentables, créés par la metteure en piste Gypsie Snyder, cofondatrice des 7 Doigts de la main, chacun compose son personnage. D'emblée, le couple formé de Kelsey Wiens et Jeff Retzlaff se démarque avec un duo de main à main bien ficelé.

Puis suit Lola, femme fatale incarnée par l'excellente trapéziste et contorsionniste qu'est Sabrina Aganier, dont la souplesse n'a d'égale que l'agilité. N'eût été d'un enchaînement trop rapide, on aurait aimé pouvoir mieux apprécier tout le talent de cette fille-caoutchouc. Les acrobaties à saveur de break dance de William Bonnet attirent aussi l'attention, ainsi qu'un numéro de mat chinois, déguisé en réverbère, auquel s'attaque avec aplomb Fletcher Sanchez, pimp parmi les putes.

Mais les décibels de Poison Ivy et Noir Désir ne réussissent pas à sauver cette bande d'urbains, où les chorégraphies, interminables et décousues, ont l'agaçant défaut de diluer l'impact des numéros, au grand détriment des jeunes interprètes.

Changement total de registre pour Rosso di Serra, une création nettement plus aboutie et plus forte, qui raconte l'histoire de nomades en exil. Sans le glamour de Scène de crime, le monde poétique et tout à l'italienne de la dramaturge Veronica Melis atteint subtilement son but. Un décor minimal fait de simples boîtes de transport, utilisées à toutes les sauces, sert d'écrin à une bande de sympathiques gitans. Le spectacle est porté par de puissants numéros acrobatiques, dont ceux de la roue allemande, maniée haut la main par Julien Silliau, et du main à main où excellent Valérie Benoit-Charbonneau et Mason Ames. Le stupéfiant numéro de trapèze double de Rosalie Ducharme et Louis-David Simoneau vaut à lui seul le détour. Sobre, la mise en scène laisse toute la place aux artistes. N'est-ce pas là le but de l'exercice?

Pour avoir vu les deux propositions, on s'étonne que les numéros acrobatiques aient été si mal répartis entre les deux créations, créant un net avantage en faveur de Rosso di Serra. À coup sûr, les enfants adoreront cette dernière oeuvre un brin ingénue, enjolivée de ballons rouges et de balles bleues. Plus trash, Scène de crime fera davantage vibrer la fibre rebelle des ados.

***

Scène de crime et Rosso di Serra

Présentés en alternance

jusqu'au 13 juin, 20h, à la Tohu






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