Les vertus de l'impatience
Peu de discussions, mais beaucoup de retombées concrètes au sommet Québec horizon culture
Le maire de Québec, Régis Labeaume (à gauche), en compagnie de Robert Lepage lundi lors du sommet Québec horizon culture.
Le sommet culturel qui se tenait à Québec lundi s'est finalement déroulé à la manière du maire Labeaume: pourquoi discuter quand on peut agir presto? Reste maintenant à voir si les millions annoncés pourront véritablement changer le visage culturel de la ville.
Ça n'arrêtait pas beaucoup lundi, au Centre des congrès de Québec. Un million à gauche, un autre à droite, des centaines de milliers ici et là... Rarement le milieu culturel aura-t-il vu autant d'argent lui tomber dans les bras en si peu de temps.
Au final, quelque 52 millions ont été promis durant la journée. Vingt-neuf annonces ont été faites. Création de ci, mise en place de ça, plusieurs ont eu l'impression d'assister à une longue conférence de presse, sorte de litanie de bonnes nouvelles.
Pour ceux qui avaient assisté au sommet semblable organisé à Montréal en novembre 2007, la différence était notable. Là où la rencontre de Montréal avait surtout été une séance de remue-méninges sans grands résultats concrets (sinon pour le Quartier des spectacles), Québec fut tout le contraire. On a très peu discuté — les décisions avaient été prises avant — et beaucoup annoncé. Le chéquier était en feu.
En vrac, on note des investissements pour une télésérie tournée à Québec, des mesures pour favoriser le mécénat du secteur privé, la création d'un festival littéraire, de nouveaux moyens pour aider la relève. Beaucoup d'argent a été accordé pour la rénovation des équipements culturels, des bibliothèques et des biens patrimoniaux, ainsi que pour revitaliser le quartier Saint-Roch afin d'en faire un lieu de «technoculture» au design architectural éclaté.
Et la suite ?
Et quel sera l'impact de tout ça? Le vice-président de l'Union des artistes et responsable de la section Québec, le comédien Jack Robitaille, se dit convaincu que l'ensemble de ces projets aura un effet structurant sur la vie culturelle de la Vieille Capitale. «J'étais sceptique au départ, parce que ce genre de sommet n'est pas le lieu idéal pour discuter. On nous demande notre opinion au moment où les décisions sont déjà prises. Mais quand on mesure l'élan qui a été donné lundi, je pense que ça valait vraiment la peine», dit-il.
Selon M. Robitaille, il faut mettre au crédit du maire Régis Labeaume une partie du succès de la journée. «Il est impatient, mais dans un cas comme ça, ça sert la culture. C'est un domaine où il y a eu tellement d'études, tellement de temps perdu, et là, tout à coup, on a quelqu'un qui arrive de nulle part et qui dit: "O.K., on va mettre de l'argent ici, ici et ici." C'est rafraîchissant.»
Mais il y a aussi Robert Lepage, président d'honneur de l'événement, qui a aidé à faire du sommet un événement pragmatique, croit Jack Robitaille. «C'est une personnalité très forte. En donnant sa caution à l'événement, il forçait la main aux décideurs: il fallait que les résultats soient là.» Selon Hugues Frenette, figure centrale du milieu théâtral de Québec depuis quelques années, la présence de M. Lepage a ainsi «rendu les choses plus concrètes pour tout le monde».
Structurant
M. Robitaille pointe quelques projets plus porteurs à moyen terme: la production d'une télésérie, l'argent accordé au Carrefour international de théâtre (qui deviendra annuel), le Festival de littérature (un événement «parfait pour la taille de Québec»), ou encore les mesures de soutien à la relève.
«Pour moi, c'est extrêmement structurant. Ça donne l'image d'une ville culturelle dont l'apport de la culture se fait sentir au niveau économique. Et ça, c'est primordial», estime M. Robitaille.
Partant de là, l'ancien directeur du théâtre La Bordée anticipe que, «dans dix ans, les liens tissés entre le milieu des affaires et celui de la culture seront beaucoup plus forts. Ce qu'on vient d'illustrer, c'est la volonté de faire de la culture un axe de développement économique. On commence à faire la preuve qu'investir en culture rapporte, et on va travailler de notre côté à pousser ça plus loin.»
Mais Québec horizon culture ne réglera pas tous les problèmes du milieu d'un seul coup de baguette. Tout le monde en est conscient. Pour Jack Robitaille, plusieurs questions demeurent en suspens: il faudra mesurer l'efficacité réelle des mesures annoncées, dit-il, voir si les programmes rempliront leur mission, si les cibles sont les bonnes, si la bureaucratie n'écrasera pas les initiatives...
Titulaire de la Chaire de gestion des arts des HEC, François Colbert appelle d'ailleurs à la prudence: le sommet aura des effets très positifs, mais ce n'est qu'un point de départ. «Si on regarde Montréal 2007, ç'a été une très belle campagne de relations publiques. Mais on est loin d'avoir rempli toutes les promesses. Québec propose beaucoup de projets, mais est-ce que ce sera suffisant pour lui permettre d'atteindre le statut d'une ville culturelle de première importance? Ce n'est pas sûr. Le travail ne fait que commencer.»
Ça n'arrêtait pas beaucoup lundi, au Centre des congrès de Québec. Un million à gauche, un autre à droite, des centaines de milliers ici et là... Rarement le milieu culturel aura-t-il vu autant d'argent lui tomber dans les bras en si peu de temps.
Au final, quelque 52 millions ont été promis durant la journée. Vingt-neuf annonces ont été faites. Création de ci, mise en place de ça, plusieurs ont eu l'impression d'assister à une longue conférence de presse, sorte de litanie de bonnes nouvelles.
Pour ceux qui avaient assisté au sommet semblable organisé à Montréal en novembre 2007, la différence était notable. Là où la rencontre de Montréal avait surtout été une séance de remue-méninges sans grands résultats concrets (sinon pour le Quartier des spectacles), Québec fut tout le contraire. On a très peu discuté — les décisions avaient été prises avant — et beaucoup annoncé. Le chéquier était en feu.
En vrac, on note des investissements pour une télésérie tournée à Québec, des mesures pour favoriser le mécénat du secteur privé, la création d'un festival littéraire, de nouveaux moyens pour aider la relève. Beaucoup d'argent a été accordé pour la rénovation des équipements culturels, des bibliothèques et des biens patrimoniaux, ainsi que pour revitaliser le quartier Saint-Roch afin d'en faire un lieu de «technoculture» au design architectural éclaté.
Et la suite ?
Et quel sera l'impact de tout ça? Le vice-président de l'Union des artistes et responsable de la section Québec, le comédien Jack Robitaille, se dit convaincu que l'ensemble de ces projets aura un effet structurant sur la vie culturelle de la Vieille Capitale. «J'étais sceptique au départ, parce que ce genre de sommet n'est pas le lieu idéal pour discuter. On nous demande notre opinion au moment où les décisions sont déjà prises. Mais quand on mesure l'élan qui a été donné lundi, je pense que ça valait vraiment la peine», dit-il.
Selon M. Robitaille, il faut mettre au crédit du maire Régis Labeaume une partie du succès de la journée. «Il est impatient, mais dans un cas comme ça, ça sert la culture. C'est un domaine où il y a eu tellement d'études, tellement de temps perdu, et là, tout à coup, on a quelqu'un qui arrive de nulle part et qui dit: "O.K., on va mettre de l'argent ici, ici et ici." C'est rafraîchissant.»
Mais il y a aussi Robert Lepage, président d'honneur de l'événement, qui a aidé à faire du sommet un événement pragmatique, croit Jack Robitaille. «C'est une personnalité très forte. En donnant sa caution à l'événement, il forçait la main aux décideurs: il fallait que les résultats soient là.» Selon Hugues Frenette, figure centrale du milieu théâtral de Québec depuis quelques années, la présence de M. Lepage a ainsi «rendu les choses plus concrètes pour tout le monde».
Structurant
M. Robitaille pointe quelques projets plus porteurs à moyen terme: la production d'une télésérie, l'argent accordé au Carrefour international de théâtre (qui deviendra annuel), le Festival de littérature (un événement «parfait pour la taille de Québec»), ou encore les mesures de soutien à la relève.
«Pour moi, c'est extrêmement structurant. Ça donne l'image d'une ville culturelle dont l'apport de la culture se fait sentir au niveau économique. Et ça, c'est primordial», estime M. Robitaille.
Partant de là, l'ancien directeur du théâtre La Bordée anticipe que, «dans dix ans, les liens tissés entre le milieu des affaires et celui de la culture seront beaucoup plus forts. Ce qu'on vient d'illustrer, c'est la volonté de faire de la culture un axe de développement économique. On commence à faire la preuve qu'investir en culture rapporte, et on va travailler de notre côté à pousser ça plus loin.»
Mais Québec horizon culture ne réglera pas tous les problèmes du milieu d'un seul coup de baguette. Tout le monde en est conscient. Pour Jack Robitaille, plusieurs questions demeurent en suspens: il faudra mesurer l'efficacité réelle des mesures annoncées, dit-il, voir si les programmes rempliront leur mission, si les cibles sont les bonnes, si la bureaucratie n'écrasera pas les initiatives...
Titulaire de la Chaire de gestion des arts des HEC, François Colbert appelle d'ailleurs à la prudence: le sommet aura des effets très positifs, mais ce n'est qu'un point de départ. «Si on regarde Montréal 2007, ç'a été une très belle campagne de relations publiques. Mais on est loin d'avoir rempli toutes les promesses. Québec propose beaucoup de projets, mais est-ce que ce sera suffisant pour lui permettre d'atteindre le statut d'une ville culturelle de première importance? Ce n'est pas sûr. Le travail ne fait que commencer.»
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