Fini de rire
Christian Vanasse et François Parenteau
Assez, c'est assez! Sous le tir croisé, depuis des lunes, des intellectuels, des grandes gueules de la télévision — ou de la radio — ou des bien-pensants, les humoristes du Québec, accusés régulièrement d'exagération, de surreprésentation, d'ignorance crasse et de vulgarité, appellent désormais au calme et à la réflexion... à l'occasion de la première grande rencontre nationale sur le rôle et l'impact de l'humour au Québec. Ça se passe demain, entre les murs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), où, pendant deux jours, le rire va être à l'honneur. Sérieusement.
Intitulé «L'humour quosse ça donne?», ce colloque est qualifié de «nécessaire» par Louise Richer, la directrice de l'École nationale de l'humour (ENH), à l'origine de l'événement avec l'Association des professionnels de l'industrie de l'humour (APIH). «Il est temps qu'une réflexion sérieuse sur l'humour s'amorce au Québec», lance-t-elle dans son bureau ultravitré de la rue Sherbrooke Est où Le Devoir l'a rencontrée la semaine dernière. «D'ailleurs, le sujet semble drôlement nous préoccuper, comme en témoigne la récurrence du discours sur la trop grande place que prend cette forme d'expression artistique dans l'espace public.»
Le refrain, selon elle, est connu: «Il y a trop d'humoristes, ils parlent mal et ils ne sont pas cultivés», résume-t-elle d'un trait en rappelant que, depuis 20 ans à la tête de l'ENH, elle a été souvent exposée «à tous ces vents décoiffants» qui ont soufflé, été comme hiver, sur le monde du sketch déplacé, de la limite dépassée ou du stand up pas toujours comique. «Mais ça me désole toutefois parce que j'ai l'impression que ce débat ne se fait jamais correctement, sans réels échanges, sans réelle écoute et même sans réelle bonne foi», ajoute la boss des clowns en formation. «Et c'est dommage, parce que les questions posées, souvent par des gens en manque d'attention on dirait, sont peut-être très bonnes.»
La table est mise. Elle doit aussi accueillir pendant les deux jours de ce colloque des gens comme Yvon Deschamps, patriarche de l'humour au Québec, l'historien du rire Robert Aird, les humoristes Boucar Diouf, Guy Nantel, Mike Ward ou Jacques Chevalier, des auteurs-scripteurs-adaptateurs comme René Brisebois (Les Boys, Histoire de filles, Taxi 22) et François Avard (Les Bougons, Bob Gratton, Ramdam, Caméra Café), mais également la psychologue Rose-Marie Charest, le professeur de science politique Jean-Herman Guay, l'Infoman Jean-René Dufort, le Zapartiste Christian Vanasse et l'animateur Benoît Dutrizac — pour ne citer qu'eux —, tous unis pour disséquer le comique et ses nombreuses implications sociales.
«Ça fait longtemps que je rêvais de ça: réunir à un même endroit des gens de différents horizons qui, chacun de leur côté, réfléchissent sur l'humour, poursuit Mme Richer. Pour souligner les 20 ans de l'École, je trouvais d'ailleurs que c'était une bonne idée. J'avais déjà participé à l'organisation d'un colloque similaire dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier, à Lyon en France, l'hiver dernier. J'ai trempé et tripé là-dedans et je voulais poursuivre l'expérience ici.»
Dans les cuisines, le menu concocté pour cette grande conférence sur le rire devrait être à la hauteur de ses attentes en s'attaquant à l'évolution temporelle et structurelle de l'humour au Québec ou encore en remettant en question le rapport étroit entre rire et identité québécoise à l'heure des «accommodements raisonnables». «D'un point de vue identitaire, nous sommes ébranlés, dit Mme Richer. Et l'univers de l'humour n'échappe pas à ce phénomène.»
Le mépris des humoristes, l'évolution de la comédie à la télévision, la résilience par le rire mais également l'intrusion dans les dernières années du politique dans la sphère de l'humour — et vice versa — vont également être au programme. «C'est toute la place de l'humour au Québec que l'on va finalement disséquer, poursuit-elle. Nous ne pouvions pas passer à côté. Mais sans avoir la prétention de régler la question, nous allons nous assurer de bien mener le débat.»
Première au Québec, cette grande rencontre de penseurs et de praticiens du rire, ne devrait toutefois pas être la dernière, assure l'ancienne directrice artistique des Lundis des Ha! Ha! et la délicieusement vide Luce dans Les Voisins qui rêve pour l'avenir de mettre en place le premier Réseau interdisciplinaire sur le rire, «le RIRE, souligne-t-elle. Le but serait de faire avancer la réflexion au sein du réseau par la mise en commun de la connaissance qui émane d'un peu partout dans la société (histoire, sociologie, anthropologie, etc.)», et ce, pour donner des lettres de noblesse à l'École nationale de l'humour qui, comme les humoristes qu'elle forme, n'échappe pas à la critique régulière et à la remise en question de son utilité.
«Ce n'est pas notre motivation première, assure Louise Richer. Ce colloque n'est pas une entreprise de relations publiques pour l'école. Nous voulons simplement alimenter la réflexion. Mais c'est sûr, par la bande, si ça peut démontrer aux gens où on loge, eh bien, on ne s'en plaindra pas.»
Intitulé «L'humour quosse ça donne?», ce colloque est qualifié de «nécessaire» par Louise Richer, la directrice de l'École nationale de l'humour (ENH), à l'origine de l'événement avec l'Association des professionnels de l'industrie de l'humour (APIH). «Il est temps qu'une réflexion sérieuse sur l'humour s'amorce au Québec», lance-t-elle dans son bureau ultravitré de la rue Sherbrooke Est où Le Devoir l'a rencontrée la semaine dernière. «D'ailleurs, le sujet semble drôlement nous préoccuper, comme en témoigne la récurrence du discours sur la trop grande place que prend cette forme d'expression artistique dans l'espace public.»
Le refrain, selon elle, est connu: «Il y a trop d'humoristes, ils parlent mal et ils ne sont pas cultivés», résume-t-elle d'un trait en rappelant que, depuis 20 ans à la tête de l'ENH, elle a été souvent exposée «à tous ces vents décoiffants» qui ont soufflé, été comme hiver, sur le monde du sketch déplacé, de la limite dépassée ou du stand up pas toujours comique. «Mais ça me désole toutefois parce que j'ai l'impression que ce débat ne se fait jamais correctement, sans réels échanges, sans réelle écoute et même sans réelle bonne foi», ajoute la boss des clowns en formation. «Et c'est dommage, parce que les questions posées, souvent par des gens en manque d'attention on dirait, sont peut-être très bonnes.»
La table est mise. Elle doit aussi accueillir pendant les deux jours de ce colloque des gens comme Yvon Deschamps, patriarche de l'humour au Québec, l'historien du rire Robert Aird, les humoristes Boucar Diouf, Guy Nantel, Mike Ward ou Jacques Chevalier, des auteurs-scripteurs-adaptateurs comme René Brisebois (Les Boys, Histoire de filles, Taxi 22) et François Avard (Les Bougons, Bob Gratton, Ramdam, Caméra Café), mais également la psychologue Rose-Marie Charest, le professeur de science politique Jean-Herman Guay, l'Infoman Jean-René Dufort, le Zapartiste Christian Vanasse et l'animateur Benoît Dutrizac — pour ne citer qu'eux —, tous unis pour disséquer le comique et ses nombreuses implications sociales.
«Ça fait longtemps que je rêvais de ça: réunir à un même endroit des gens de différents horizons qui, chacun de leur côté, réfléchissent sur l'humour, poursuit Mme Richer. Pour souligner les 20 ans de l'École, je trouvais d'ailleurs que c'était une bonne idée. J'avais déjà participé à l'organisation d'un colloque similaire dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier, à Lyon en France, l'hiver dernier. J'ai trempé et tripé là-dedans et je voulais poursuivre l'expérience ici.»
Dans les cuisines, le menu concocté pour cette grande conférence sur le rire devrait être à la hauteur de ses attentes en s'attaquant à l'évolution temporelle et structurelle de l'humour au Québec ou encore en remettant en question le rapport étroit entre rire et identité québécoise à l'heure des «accommodements raisonnables». «D'un point de vue identitaire, nous sommes ébranlés, dit Mme Richer. Et l'univers de l'humour n'échappe pas à ce phénomène.»
Le mépris des humoristes, l'évolution de la comédie à la télévision, la résilience par le rire mais également l'intrusion dans les dernières années du politique dans la sphère de l'humour — et vice versa — vont également être au programme. «C'est toute la place de l'humour au Québec que l'on va finalement disséquer, poursuit-elle. Nous ne pouvions pas passer à côté. Mais sans avoir la prétention de régler la question, nous allons nous assurer de bien mener le débat.»
Première au Québec, cette grande rencontre de penseurs et de praticiens du rire, ne devrait toutefois pas être la dernière, assure l'ancienne directrice artistique des Lundis des Ha! Ha! et la délicieusement vide Luce dans Les Voisins qui rêve pour l'avenir de mettre en place le premier Réseau interdisciplinaire sur le rire, «le RIRE, souligne-t-elle. Le but serait de faire avancer la réflexion au sein du réseau par la mise en commun de la connaissance qui émane d'un peu partout dans la société (histoire, sociologie, anthropologie, etc.)», et ce, pour donner des lettres de noblesse à l'École nationale de l'humour qui, comme les humoristes qu'elle forme, n'échappe pas à la critique régulière et à la remise en question de son utilité.
«Ce n'est pas notre motivation première, assure Louise Richer. Ce colloque n'est pas une entreprise de relations publiques pour l'école. Nous voulons simplement alimenter la réflexion. Mais c'est sûr, par la bande, si ça peut démontrer aux gens où on loge, eh bien, on ne s'en plaindra pas.»
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