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Bernanos contre les industriels de la culture - L'écrivain aurait-il paradé avec les artistes qui ont récemment dénoncé les coupes du gouvernement Harper?

Le Devoir   20 septembre 2008  Culture
Il n’est pas anecdotique que la prémonition de Georges Bernanos sur la robotisation du monde lui fût révélée par le spectacle de la guerre. La Seconde Guerre mondiale, pour lui — la Seconde Guerre en tant que réitération de la Première Guerre
Il n’est pas anecdotique que la prémonition de Georges Bernanos sur la robotisation du monde lui fût révélée par le spectacle de la guerre. La Seconde Guerre mondiale, pour lui — la Seconde Guerre en tant que réitération de la Première Guerre
Depuis février 2006, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie, mais aussi à d'autres auteurs passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur. Cette semaine, un «devoir» au ton pamphlétaire.

Georges Bernanos aurait-il paradé avec les quelque 1200 artistes qui ont récemment protesté contre les coupes du gouvernement Harper dans «l'industrie de la culture»? Aurait-il applaudi à la lettre ouverte que ces artistes ont signée le lendemain dans les pages du Devoir («Une attaque au coeur de notre identité», 28 août), et dont l'argumentaire s'appuyait essentiellement sur des principes économiques?

Rappelons d'abord que Bernanos (1888-1948) était un écrivain et qu'à ce titre, rien ne lui était plus étranger que les parades et les lettres pétitionnaires. Non seulement il n'aurait jamais paradé avec ces orphelins de la subvention, mais il se serait probablement retiré dans une contrée lointaine, seul et oublié de tous, pour se consacrer à la démystification écrite de leur grégarisme intéressé.

C'est du moins ce qu'il fit aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, quelque part au Brésil, en écrivant à l'attention de ses compatriotes La France contre les robots, une réflexion splendide sur la technicisation du monde et des esprits.

La liberté falsifiée par la technique

L'originalité de Bernanos est d'avoir immédiatement perçu, dans le conflit entre les alliés démocratiques et les fascismes, le miroir d'une fascination commune: celle de la technique absolue. Pour Bernanos, déjà aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, il était évident que le problème essentiel posé par la démocratie, la liberté, n'existait plus au regard des impératifs techniciens du monde moderne.

«Les États totalitaires, écrit-il, enfants terribles et trop précoces de la Civilisation des Machines, ont tenté de résoudre ce problème brutalement, d'un seul coup. Les autres nations brûlaient de les imiter, mais leur évolution vers la dictature s'est trouvée un peu ralentie du fait que, contraintes après Munich d'entrer en guerre contre l'hitlérisme et le fascisme, elles ont dû, bon gré mal gré, faire de l'idéal démocratique le principal, ou plus exactement l'unique élément de leur propagande.»

La colère de Bernanos résulte de son sentiment aigu d'être le contemporain de la falsification d'un héritage précieux, millénaire, intouchable: le principe de liberté. «Politiciens, spéculateurs, gangsters, marchands» — aujourd'hui il faudrait ajouter «artistes» — se font les apologues d'un système qui implique une extension indéfinie des prérogatives de l'État Moloch sur les individus, au nom d'une croissance économique et matérielle devenue quasi divinatoire.

C'est au nom du caractère sacré de cette mission marchande — et par un sens de l'intérêt évident — que les 1200 artistes pétitionnaires se sont collectivement insurgés contre le chef du gouvernement, qu'ils ont d'ailleurs pressé, avec force arguments sur la «rentabilité», de «revenir à la raison» en leur restituant leurs prébendes.

Il fut un temps où les artistes fuyaient d'instinct l'État, parce que leur vocation les appelait à une insurrection permanente de la vie intérieure contre l'uniformité technicienne des bureaucrates, des économistes et des politiciens de tout acabit. Ils étaient les dépositaires de la liberté, les héritiers toujours précaires du génie de l'homme. Que sont-ils devenus aujourd'hui? Les représentants les plus serviles de l'État gestionnaire.

Oh, j'entends bien qu'ils disent s'opposer au pouvoir. Or, jamais ils n'apparaissent plus soumis à l'État que lorsqu'ils prétendent le combattre. Car leur combat, inspiré par l'avidité, se fait sur une question d'argent et non de liberté. Si la liberté revient si souvent dans leur discours, entre deux paragraphes sur la rentabilité de la culture, c'est tout simplement parce que la liberté, de nos jours, est moins un principe exigeant qu'un slogan payant.

L'art du profit

Oui, la falsification de la liberté paie. Quand l'artiste devient interchangeable avec l'homme d'affaires et le politicien, il peut avancer sans honte, comme l'ont fait les artistes pétitionnaires dans leur lettre ouverte: «Le ministère du Patrimoine canadien est le partenaire d'une étude, publiée ce mois-ci par le Conference Board du Canada, qui évalue la contribution directe du secteur culturel canadien à l'ensemble du produit intérieur (PIB) du pays à quelque 46 milliards de dollars — soit 3,8 % — en 2007.

«À l'échelle locale, la richesse exceptionnelle des manifestations culturelles montréalaises contribue de façon très significative à l'essor économique, au tourisme et à la qualité de vie de la métropole. En plus de créer des milliers d'emplois, les entreprises culturelles stimulent l'économie et garantissent l'attractivité de notre communauté, un atout indéniable à l'heure où Montréal tente d'attirer une main-d'oeuvre hautement spécialisée pour soutenir une économie tournée vers le savoir.»

Ici, il convient de marquer une pause et de préciser ce qu'entendent par «savoir» nos artistes pétitionnaires. Le fameux savoir qui serait poursuivi à travers le projet d'une «métropole de l'économie du savoir» ne relève aucunement de la connaissance. De même, les «productions culturelles» assemblées sur la chaîne de montage de l'État technicien relèvent moins de l'art que du divertissement.

Le savoir du XXIe siècle est un savoir délivré de la recherche de la vérité humaine, qui ne garde de la science que le souci de l'expertise pratique. C'est pourquoi les artistes signataires, en bons techniciens de la culture, se reconnaissent dans le projet d'une «métropole du savoir».

Ils ont compris que les «savants» de la «métropole du savoir», auxquels l'État a déjà commencé à transférer l'essentiel de ses pouvoirs politiques, ne les démasqueraient jamais pour ce qu'ils sont: des usurpateurs. Au contraire, les «savants» technicisés ne demandent qu'à travailler, aux côtés des «artistes», à l'édification d'un paradis de la technique où ne primerait plus que l'hyperactivité managériale de l'économie dirigée.

Dans un pareil système, les artistes, complètement soumis à l'État technicien, ne servent plus qu'à créer de nouveaux marchés et à distraire le citoyen robotisé de ce qui lui reste d'humanité; ce reste qui le fait souffrir et que personne, les artistes moins que quiconque, n'a la charité de nommer pour lui.

La guerre totale des inconscients

Il n'est pas anecdotique que la prémonition de Bernanos sur la robotisation du monde lui fût révélée par le spectacle de la guerre. La Seconde Guerre mondiale, pour Bernanos — la Seconde Guerre en tant que réitération de la Première Guerre — a été le théâtre de la transition définitive de la civilisation humaine à la civilisation des machines. D'une lucidité foudroyante, il a vu en la «stabilité de la Paix» («c'est-à-dire le partage des marchés», note-t-il), en le slogan du pacifisme démocratique et commercial, le visage monstrueux que prendrait la guerre dans le monde moderne.

Une guerre totale, où une «réglementation chaque jour plus minutieuse et plus stricte des activités particulières» s'accomplit au nom «d'une espèce de socialisme d'État», qualifiée par cet esprit d'élite de «forme démocratique de la dictature». C'est ainsi que les individus, poussés davantage par l'appât du gain que par le désir de liberté, se détournent de leur asservissement en se livrant tout entiers à la logique technicienne de l'État.

Pour Bernanos, liberté et conscience sont inextricables. Il craint avant tout que le loquet de la conscience, du bon sens et de l'honneur ne soit brisé pour de bon chez l'homme moderne, et que la civilisation des machines n'ait réussi à remodeler l'homme de façon à le rendre fier de sa cupidité, fier de ses pulsions destructrices et de ses chaînes.

En ce sens, l'impudeur du discours gestionnaire des artistes, dans leur lettre ouverte, dépassait l'inconscience pour atteindre l'obscénité pure.

Réduit à sa fonction économique, l'animal humain restera docile et obéissant tant qu'il ne rencontrera pas d'obstacles majeurs dans la poursuite de ses intérêts. Mais en fût-il privé d'une fraction (45 millions de dollars dans le cas des artistes), et le voilà qui se déchaîne, rugissant à l'oreille de son prochain son indifférence de le savoir encore plus nu que lui.

L'inhumanité de la guerre moderne est littérale. La lettre ouverte des artistes pétitionnaires n'était pas adressée au quidam, qui attend dans son coin de payer taxes et impôts, elle était adressée au chef de l'État technicien. Pourquoi? Parce que le chef de l'État technicien, en tant que détenteur des cordons de la bourse, «est le seul détenteur du pouvoir légitime», écrit Bernanos.

L'homme nu

Quant à l'homme seul, à l'homme nu, on le dit encore protégé par la civilisation, par les préceptes de la polis, tout cela parce qu'on permet à ce pauvre diable, chaque quatre ans, de s'exprimer au suffrage universel.

Mais entre deux votes, entre deux visites aux urnes, combien d'occasions durant ces quatre années de dénaturer, par les ruses de la publicité et des sondages, l'essence politique du suffrage universel pour n'en garder que la valeur technicienne du nombre?

L'homme nu ne compte pour rien au paradis de la technique, et son appartenance formelle à la dignité de la citoyenneté ne le rendra pas plus légitime aux yeux des lobbyistes professionnels, dont le but n'est d'avoir aucun autre but que celui de l'intérêt. «Si les chiens raisonnaient, tonne Bernanos, ils ne raisonneraient pas autrement en faveur de celui qui leur donne la niche et la pâtée.»

Les artistes seraient incapables de justifier leur réaction hystérique auprès du plus humble des hommes, qui se débat, lui, avec une détresse qui n'a rien de technique. De toute façon, soutenir le regard d'autrui serait déjà trop humain. En bons guerriers modernes, les artistes pétitionnaires ont plutôt écrit au chef de l'État, qui personnifie l'impersonnalité du système, dans un langage qui, à chaque phrase, exclut un peu plus l'homme et appelle un peu plus la technique.

Les robots de l'État contre la patrie

Dans son essai, Bernanos met en garde le lecteur contre l'amalgame entre État et patrie. L'État, rappelle-t-il, est constitué de techniciens et la patrie, d'hommes charnels: l'homme de la patrie n'est aucunement redevable à l'État lorsque celui-ci, devenu fou et destructeur, ne s'adresse plus à lui qu'en langage technicien.

Or, le plus remarquable dans la lettre ouverte des artistes, c'est justement cette négation appuyée de la patrie, de l'honnête homme enraciné, du souci du prochain, tout cela au nom, semble-t-il, d'un obscur «plan d'action 2007-2017» destiné à faire de Montréal la «métropole culturelle du XXIe siècle».

La lettre ouverte, contresignée par 1200 artistes, est coiffée d'un titre («Une attaque au coeur de notre identité») qui se reporte à un «nous» de caste complètement détaché des préoccupations extérieures. C'est cette identité autistique de «foire d'attractions», dixit Bernanos, que l'État technicien charge les artistes de faire rayonner à l'étranger au sein d'une diplomatie culturelle que l'on dit essentielle. Mais essentielle pour qui?

Certainement pas pour l'homme non technicisé de la patrie. Cet homme seul et besogneux, qui n'a le don ni des mots, ni de la musique, ni du dessin, garde à coup sûr, dans quelque repli de son coeur, le secret d'une prodigieuse déception. On lui a dit toute sa vie que l'énigme humaine nourrissait le projet de l'art? Aujourd'hui, il apprend que les «artistes» se détournent de lui, homme simple et réel, au profit de «l'année du dialogue interculturel proclamée pour 2008 par le Parlement européen».

C'est en effet cet argument grotesque de technocrate, pourtant qualifié de convaincant par Nathalie Petrowski (La Presse, 28 août), qui fut évoqué par l'un des artistes pétitionnaires en faveur des subventions. «Les arts, la culture et les échanges, a-t-il dit sans savoir ce qu'il disait vraiment, sont essentiels au maintien de la paix dans le monde.»

Le maintien de la paix dans le monde, c'est-à-dire le maintien des marchés et de l'oubli de l'homme.

***

Vous avez un commentaire, des suggestions? Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com..






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  • Hélène Bourgeois
    Abonnée
    samedi 20 septembre 2008 13h12
    Excellent !
    « Excellente analyse ! Merci à l'auteur Carl Bergeron et... à Bernanos !

    Hélène
    www.ephata.actifforum.com »

  • Jean Cencig
    Abonné
    samedi 20 septembre 2008 14h35
    Refus global
    « J'ai assisté dernièrement à une rencontre d'artistes du Québec et du Canada, dont une conférence sur le Refus global (1948, publié 37 jours après la mort de Bernanos) et l'engagement social des artistes. À la fin de la conférence, après avoir louangé les artistes du Manifeste, quelqu'un a demandé quels étaient les engagements sociaux des artistes d'aujourd'hui, l'assemblée est restée silencieuse. J'ai constaté par la suite que les artistes de cette rencontre étaient unanimes dans leurs revendications d'argent, divisés sur la façon de se répartir la galette, et pratiquement silencieux sur l'engagement social. Je me suis demandé si les subventions n'étaient pas comme une drogue, qui crée des illusions et des dépendances... Illusions qui les empêcheraient de voir le contraste criant entre la célébration du Refus global et leur propre engagement. »

  • Érick Gauvin
    Abonné
    samedi 20 septembre 2008 15h35
    Message reçu
    « L'on peut déplorer le discours qu'ont adopté les artistes pour dénoncer les coupes du gouvernement Harper, l'on peut croire qu'ils épousent un langage où l'art semble instrumentalisé et soumis à des considérations strictement mercantiles. Mais, à la vérité, c'est qu'ils ont opté pour le seul discours recevable et intelligible pour ceux auquel il est adressé. Et voilà ce qui est vraiment triste dans cette histoire. Ce qui importe, il me semble, c'est que l'art véritable reste intrinsèquement insoumis et aille au-delà de ces finalités utilitaristes.

    Éric Gauvin »

  • Côté Benoît
    Inscrit
    dimanche 21 septembre 2008 08h30
    À propos du devoir de philo.
    « Je me demande bien à quelles sources vous puisez pour intenter un tel procès d'intention aux artistes? Ne savez-vous pas que le désir le plus fort de l'artiste (à tout le moins de moi) est de se retrouver sur scène, dans l'acte de créer et nulle part ailleurs? Les demandes de subvention, les budgets, les sous en général sont un mal nécessaire. Un seuil souvent plutôt ennuyeux à franchir pour se rendre à ce qui nous intéresse vraiment. J'aurais bien aimé vivre sur une montagne, dans le fond d'une forêt, dans le désert et y composer ma musique sans le moindre souci autre que le déploiement en son de la liberté créatrice. Mais je me suis retrouvé en ville avec appartement, compagne, enfants à élever. Pour le meilleur et pour le pire, le pire étant toutes les considérations financières qu'il me faut aborder pour garder l'appartement à une température de 20'Celsius et le frigo relativement garni. Et lorsque vous me dites qu'en agissant ainsi (en pensant à l'argent) je sacrifie la quintessence de ce que je suis, que je me transforme en espèce de divertisseur d'un monde d'hommes robots, je ne peux prendre cela autrement que comme une pure insulte.
    Sincèrement, je me demande bien de qui vous parlez dans votre texte. Qui sont ces gens? Quel est cet état dont les artistes sont les promoteurs intéressés? Expliquez-moi mieux, je n'ai pas compris. J'entends bien votre distinction Nietzschéenne entre l'État (ce monstre froid) et le peuple, celle Heideggérienne entre l'homme technicisé et le « vrai homme » gardien de l'être. Mais soyez plus précis d'accord, pas parce que je n'aime pas Nietzsche ou Heidegger ou Bernanos, plutôt parce que je n'aime pas voir des pensés riches et subtiles servir à faire monter en mousse ce qui ne sont finalement que les plus banals lieux communs.

    Benoît Côté
    compositeur »

  • A/s Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin
    Abonné
    dimanche 21 septembre 2008 13h59
    La vérité choque.
    « Carl Bergeron appelle un chat, un chat. Son analyse est décapante. Oui, généraliser son approche peut avoir quelques aspects de dérapage: il y a des artistes qui méritent d'être encouragés. Mais on ne doit pas nous servir n'importe quelle cochonnerie sous le prétexte d'art. L'art qui n'élève pas l'âme, au-delà du simple divertissement, n'a pas sa raison d'être; car le microbe de l'abêtissement et de l'avachissement et du sous-humanisme court plus largement que la listériose. Qu'il y ait coupure de subventions pour des productions qui ne servent pas les nobles valeurs de l'existence humaine, j'en suis. Les artistes crieront à la censure. Et pourquoi pas ? N'a-t-on pas censuré (excusez la comparaison, mais elle n'est pas si déplacée qu'il paraît) des tonnes de fromages et privé des commerçants de leur gagne-pain ? Il y a des causes, où il est indispensable de censurer, de couper dans les cellules malades. On criera encore: mais qui? est autorisé à faire cela? Les vrais responsables (légitimement élus) de la santé civile et publique. N'accablons pas Harper! Il a le sens de ses responsabilités; il a le sens d'un investissement bien placé. Soyons plutôt reconnaissants qu'un homme public sache prendre le taureau par les cornes, en courant les risques inhérents à cette action; certains groupes d'artistes ont tenté d'ameuter contre lui tout ce qu'ils trouvent de sympathisants. Je félicite Carl Bergeron d'avoir mis le doigt sur le bobo. Et que notre société enfin, et nos élus, prennent les moyens de ne pas gaspiller pour des navets qui ne méritent que la poubelle. Il y a culture et culture ! »

  • Ugo Gilbert Tremblay
    Abonné
    dimanche 21 septembre 2008 14h49
    L'industrie culturelle au royaume du corporatisme étroit
    « Voilà ce que j'ai écrit le 28 août dernier. Bien que ma perspective - Internationale situationniste, théorie critique (École de Francfort), etc. - semble différée de celle de Bergeron, notre point de vue n'en converge pas moins à de multiples égards.

    A priori, je n'ai rien contre les artistes. Mais il y avait néanmoins quelque chose d'abject à les voir se pavaner de la sorte. Hier, des centaines d'entre eux ont manifesté et brandi des slogans pour dénoncer les compressions du gouvernement Harper dans la sphère culturelle. On aurait pu croire que la photo de famille avait été « commanditée » par le PLC : tous unis contre la censure d'État des conservateurs. Une certaine gauche caviar a dû se régaler de la solidarité artistique affichée. Mais au-delà de l'affligeante parade médiatique, se pourrait-il qu'une bonne partie des défenseurs de cette prétendue culture ne sont en réalité que les promoteurs d'un corporatisme étroit, prêts à descendre dans la rue que lorsque leurs petits intérêts narcissiques sont en jeu ?

    Attention ! Les artistes sont fâchés !
    Où étaient-ils lorsque Harper a décidé de faire perdurer le massacre en Afghanistan ? Qu'étaient-ils occupés à faire lorsque les conservateurs ont réitéré leur refus de rapatrier Omar Khadr ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux lorsque vient le temps de dénoncer l'incroyable perversion démocratique que constitue Rabaska ? Et alors que les signaux d'alarme de la crise socio-écologique globale retentissent avec une violence chaque jour plus inquiétante, pourquoi diable ne les voit-on pas s'insurger davantage ?

    Il fallait s'y attendre, maintenant que la tronçonneuse conservatrice a passé dans leurs programmes, les voilà qu'ils s'offusquent, bombent le torse, lancent des invectives tranchantes à Josée Verner - bien connue pour être la potiche de service du gouvernement en place -, répètent à qui mieux mieux qu'ils harcèleront Harper jusqu'à ce qu'ils aient retrouver leur dû, sans quoi ils lui feront perdre la tête aux prochaines élections. Et si au moins ce discours résonnait aussi fort en d'autres circonstances... À présent, leur imposture n'a d'égal que le caractère pleurnichard d'un enfants de 8 ans qui réclamerait l'allocation hebdomadaire que sa mère lui aurait suspendue.

    Michel Tremblay, qu'on ne croyait pas aussi niais, a déclaré dans Le Devoir qu'il s'agissait « [d']un geste de censure assez scandaleux, parce que la subversion vient très souvent des artistes et de la culture [1]. » Non mais depuis quand la subversion authentique est-elle subventionnée par l'État ? Tremblay parle comme s'il était tout à fait naturel que l'État canadien finance ceux-là même qui chercheraient prétendument à le subvertir, voire à le renverser. Renseignez-moi : dans quel pays du monde la subversion est-elle déjà venue d'artistes-fonctionnaires qui passent mille fois plus de temps à remplir des formulaires qu'à remettre en question l'ordre établi ? En toute sincérité, qui peut bien prétendre être dangereux pour le système en place alors qu'il s'est docilement soumis aux critères bureaucratiques d'une institution qui a par définition le rôle de protéger le statu quo ?

    Décidément, Michel Tremblay souffre d'une nostalgie pitoyable et vit encore à l'époque des Belles-Soeurs. Peut-être serait-il temps qu'il sorte de sa lune de miel ? Car en 2008 - oui oui, nous sommes bien en 2008 Michel ! - force est d'admettre que comme artiste, il est plutôt à classer dans la ranger des « personnes les moins séditieuses du Québec ». En d'autres mots, ces oeuvres risquent davantage d'endormir que de créer un soulèvement !

    L'industrie culturelle, de l'art ?
    Dans une lettre ouverte à Stephen Harper, publiée dans Le Devoir d'aujourd'hui et intitulée « Une attaque au coeur de notre identité », un collectif d'auteurs, dont Michel Tremblay, Pierre Lapointe et Denise Robert, se lancent dans une argumentation douteuse qui en dit long sur leur conception répugnante de l'art contemporain. Ils écrivent (les caractères gras sont de moi) :

    « À l'échelle locale, la richesse exceptionnel des manifestations culturelles montréalaises contribue de façon très significative à l'essor économique, au tourisme et à la qualité de vie de la métropole. En plus de créer des milliers d'emplois, les entreprises culturelles stimulent et garantissent l'attractivité de notre communauté, un atout indéniable à l'heure où Montréal tente d'attirer une main-d'oeuvre hautement spécialisée pour soutenir l'économie tournée vers le savoir. Ainsi, en plus de compléter et d'optimiser les investissements déjà consentis par la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec et diverses fondations et entreprises privées, les institutions fédérales qui investissent dans les arts et la culture contribuent directement à la compétitivité de la métropole [2]. »

    Un tel langage utilisé par les soi-disant « représentants du milieu culturel montréalais » pose un diagnostic sévère sur l'état actuel de notre société ; il est le symptôme d'un Québec malade et d'un peuple en phase terminale sur le plan culturel. Un tel discours, tenu par des gens qui se considèrent pourtant artistes et créateurs, n'est rien d'autre que le triste reflet d'un art moribond qui a complètement été intégré à la logique marchande. Ces mots démontrent parfaitement que la froide rationalité comptable et instrumentale qui caractérise le monde des affaires a poursuivi sa marche totalitaire jusqu'à envahir les derniers domaines de la vie sociale qui y résistaient encore, de peine et de misère [3]. Aujourd'hui, cette culture que l'on dit vouloir sauver n'existe plus. En fait, celle du Québec des années 2000 ne sert plus qu'à susciter l'adhésion massive aux valeurs dominantes de notre monde barbare, notamment par le biais d'une industrie culturelle dominée par Musique Plus et Quebecor Inc. Par ses diverses manifestations, elle réprime la révolte en distrayant le peuple de sa misère quotidienne, de sa réalité mutilée dirait Adorno. En somme, de la culture d'antan, il ne reste plus que des « biens culturels » vendus sur le « marché de l'art », il ne reste plus que des oeuvres qui travaillent à la reproduction symbolique du monde existant, il ne reste plus que de l'art qui, faute d'avoir clairement pris parti pour les vaincus, perpétue toute la détresse des exclus du « casino global ».

    Mais le milieu culturel a peut-être une excuse : c'est que la pauvreté est littéralement invisible dans les ghettos de riches où sont situées la plupart des galeries d'art. Et au théâtre, au musée, les exclus du système ne se bousculent pas vraiment aux portes...

    Or, se pourrait-il que les réalités oubliées sont souvent celles dont on ne veut tout simplement plus connaître l'existence ?

    La véritable question n'est donc pas '' où sont passées nos subventions ? '', mais bien '' où est passé cet art qui avait pour mission de rendre justice aux souffrances tues et réprimées par la société ? '', '' où est passé cet art critique de la domination qui s'était fait porte-parole des exclus de la barbarie capitaliste ? ''

    Quand le monde sera violemment ravagé par les flammes d'une énième catastrophe, on se demandera avec raison qu'est-ce que tous ces artistes pouvaient bien faire alors qu'il était encore possible de penser pouvoir éteindre l'incendie...

    Or, je vous le demande chers artistes : serez-vous prêts à lâcher vos pinceaux lorsque les rudes luttes de l'histoire prochaine s'engageront ? Aurez-vous un jour le courage de prendre parti pour ceux et celles d'en bas au lieu d'exécuter les bons ordres du pouvoir d'en haut ?

    ***

    Pour réagir, écrivez-moi à l'adresse suivante : ugo.g.tremblay@hotmail.com

    Notes
    [1] Voir Stéphane BAILLARGEON, « Sus aux conservateurs », Le Devoir, 28 août 2008, en une.

    [2] Voir Collectif d'auteurs, « Une attaque au coeur de notre identité », Le Devoir, 28 août 2008, p. A7.

    [3] Rappelons-nous le Manifeste pour un Refus global qui, en 1948, dénonçait le fait que « l'exploitation rationnelle [s'étendait] lentement à toutes les activités sociales. » « Un rendement maximum est exigé » regrettaient-ils. Selon eux, notre devoir était pourtant simple : il fallait « rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. » (Paul-Émile BORDUAS, Refus global et autres écrits, Montréal, Typo, 1997, p. 71 et 73.) Et dire qu'on ose maintenant vendre ce manifeste aux plus offrants. Cette année, un exécrable bourgeois est même allé jusqu'à débourser 37 000 $ pour pouvoir afficher fièrement l'un des 400 exemplaires originaux dans son salon ! (Voir Le Devoir, « Un exemplaire du Refus global se vend à 14 700 $ », 7 août 2008.) »

  • Jean-Luc Dion
    Abonné
    dimanche 21 septembre 2008 16h47
    Des élites serviles ?...
    « Ce texte rejoint ce que j'écrivais à la suite d'un appel à manifester à Québec transmis par notre Société nationale au début de septembre dernier (2008) :

    « Je suis très triste devant l'appel lancé par notre société nationale qui est la gardienne de notre culture québécoise dans un État québécois encore dépendant et annexé.
    C'est un appel qui en relaie d'autres du même genre qui témoignent d'une vision très sommaire d'un point de vue national québécois.
    Comme Québécois qui assume pleinement sa nationalité, je ne participerai évidemment pas à cette démarche qui va réjouir profondément les unitaristes canadiens : des Québécois qui demandent encore plus d'ingérences dans leurs affaires en quémandant bruyamment des sous à Ottawa !
    En effet, nos artistes et bien d'autres viennent de tomber dans un des nombreux pièges tendus par les gouvernements canadiens depuis celui de P.E. Trudeau pour attirer artificiellement les Québécois dans l'orbite canadiane. et les assimiler à leur vision canadiane de l'avenir, celle d'un Québec très provincial et soumis.
    Normalement, cette énième taloche de la part des unitaristes canadiens devrait être l'occasion d'une vigoureuse mobilisation de toutes les forces vives de la nation pour faire avancer la cause de l'indépendance nationale.
    Ce comportement de nos élites culturelles témoigne en effet d'une étonnante et inquiétante faiblesse qui ne présage rien de bon pour l'avenir.
    Peut-être sommes-nous vraiment nés pour un p'tit pain, condamnés à voir les autres prospérer alors que les étrangers s'enrichissent à nos dépens (pillage de nos ressources naturelles, cafouillages d'incompétents, CHUM/CUSM, Rabaska, Mont Orford, etc.) ?...

    Jean-Luc Dion, ing.
    Trois-Rivières
    819 378-1853 »

  • Laurent Comtois
    Inscrit
    dimanche 21 septembre 2008 22h10
    Àc ôté de la cible
    « Parfaitement d'accord avec le fond du texte de Bergeron.

    Sauf qu'on en met beaucoup sur le dos bien large des artistes... que l'on met d'ailleurs tous dans le même sac.

    Ce que dénonce Bernanos, ou Bergeron (on ne sait plus), est le problème global de l'Homme. S'attaquer à ce problème global est peut-être le devoir des arts mais certainement aussi celui de chacun de nous, et particulièrement des intellectuels. Or, qui dans ce monde nous parle d'un projet de société global qui soit détaché de l'aiguillon de la technicité pour être recentré sur l'humanité? Personne, sauf les bonnes vieilles religions. Et l'extrémisme ambiant des fous de Dieu est nourri du vide qu'oublient d'emplir tous nos penseurs... À quand un projet de société qui propose une nouvelle vision du monde capable de bâtir une harmonie entre les humains et avec la nature?

    Comme disait Karl Marx, le capitalisme s'effondrera de ses contradictions internes exacerbées. De la crise naîtra un monde nouveau, communiste, disait-il. Or, la crise, elle s'en vient. Ce ne sera pas la crise de la lutte des classes, n'en déplaise à nos collègues Bergeron-Bernanos, ce sera la crise de la vie sur Terre. Quand le climat et la vie seront tellement déréglés que la révolution deviendra nécessaire, elle viendra. Ce jour là, les artistes seront au front, subventions ou pas.

    Entre-temps, des questions sont posées en regard des projets de droite de M. le premier ministre bientôt majoritaire:

    • Si on coupe les subventions à la culture, ne risque-t-on pas d'être coincés avec les seuls Céline Dion de ce monde comme consommation culturelle, le Fast Food industriel dont les Américains sont les champions, à peu près le seul qui puisse se passer de subventions?

    • La culture, subversive ou non, de masse ou non, ne se nourrit-elle pas d'une somme innombrable d'expériences de toutes sortes portées par des créateurs de bonne foi?

    • S'attaquer à ce bouillon qui mijote ne risque-t-il pas de nous priver de notre potentiel créateur?

    • Le Québec n'a-t-il pas besoin de façon vitale de ses artistes, justement pour éviter d'être gobé par le rouleau compresseur culturel du voisin américain?

    • L'enchantement d'une pièce comme Nebbia, que nous avons vue hier au Nouveau Monde, aurait-il été possible si la collectivité n'avait pas supporté l'expérience innovante du Cirque du Soleil il y a trente ans? Si, encore aujourd'hui, le théâtre d'ici et ses tournées à l'étranger n'étaient pas hautement subventionnés?

    • L'appel des artistes du Québec au maintien des subventions n'est-il pas essentiel, compte tenu de la taille lilliputienne notre marché local francophone?

    • La réduction des subventions culturelles n'est-elle pas une forme d'attaque au Québec et à la vivacité de la francophonie au Canada dans la mesure où le Canada anglais est partie intégrante de l'industrie triomphante du Show-Bizz nord américaine?

    • Les artistes sont-ils tous des quêteux comme Mme Verner voudrait nous le faire croire? Bergeron-Verner: même combat?

    Bref, bon essai pour Bergeron, mais il tire à côté de la cible. »

  • Louis-Marie Bhérer
    Abonné
    mardi 23 septembre 2008 09h15
    Publicité ADQuiste et Consevatrice
    « Quel choix éditorial inoportun, cet article devrait être comptabilisé dans la publicité Conservatrice. »

  • François Caron
    Abonné
    mercredi 24 septembre 2008 11h46
    Reprenez ce torchon, bidasse Bergeron !
    « Abstract de mon cru:

    Il fut un temps où les artistes fuyaient d'instinct l'État, parce que leur vocation les appelait à une insurrection permanente de la vie intérieure contre l'uniformité technicienne des bureaucrates, des économistes et des politiciens de tout acabit. Ils étaient les dépositaires de la liberté [...] Que sont-ils devenus aujourd'hui? Les représentants les plus serviles de l'État gestionnaire. Oh, j'entends bien qu'ils disent s'opposer au pouvoir. Or, jamais ils n'apparaissent plus soumis à l'État que lorsqu'ils prétendent le combattre. Car leur combat, inspiré par l'avidité, se fait sur une question d'argent et non de liberté. Si la liberté revient si souvent dans leur discours, entre deux paragraphes sur la rentabilité de la culture, c'est tout simplement parce que la liberté, de nos jours, est moins un principe exigeant qu'un slogan payant. Oui, la falsification de la liberté paie. Quand l'artiste devient interchangeable avec l'homme d'affaires et le politicien, il peut avancer sans honte, comme l'ont fait les artistes pétitionnaires dans leur lettre ouverte [...] C'est pourquoi les artistes signataires, en bons techniciens de la culture, se reconnaissent dans le projet d'une «métropole du savoir». [...] Ils ont compris que les «savants» de la «métropole du savoir», auxquels l'État a déjà commencé à transférer l'essentiel de ses pouvoirs politiques, ne les démasqueraient jamais pour ce qu'ils sont: des usurpateurs. [...] Pour Bernanos, liberté et conscience sont inextricables. [...] En ce sens, l'impudeur du discours gestionnaire des artistes, dans leur lettre ouverte, dépassait l'inconscience pour atteindre l'obscénité pure. [...] Les artistes seraient incapables de justifier leur réaction hystérique auprès du plus humble des hommes, Or, le plus remarquable dans la lettre ouverte des artistes, c'est justement cette négation appuyée de la patrie, de l'honnête homme enraciné [...] du souci du prochain, tout cela au nom, semble-t-il, d'un obscur «plan d'action 2007-2017» [...] [L'Homme nu] apprend que les «artistes» se détournent de lui, homme simple et réel, au profit de «l'année du dialogue interculturel proclamée pour 2008 par le Parlement européen». C'est en effet cet argument grotesque de technocrate, pourtant qualifié de convaincant par Nathalie Petrowski (La Presse, 28 août), qui fut évoqué par l'un des artistes pétitionnaires en faveur des subventions. «Les arts, la culture et les échanges, a-t-il dit sans savoir ce qu'il disait vraiment, sont essentiels au maintien de la paix dans le monde.»

    Quel gaspillage de papier et d'encre pour un ersatz d'essai aux idées profondément superficielles et courtes qui n'en vaut pas l'honneur d'être publié et médiatisé.

    Dans ma grille d'analyse c'est du sous-Matthieu Bock-Côté (déjà que son style ampoulé, pompier, pompeux, présomptueux et prétentieux soit assez pénible à lire) et il coule lamentablement ce Devoir de philo pouir cause d'usurpation d'idées par la méthode copier-coller, de propagande populiste démagogique et d'idéologie d'extrême-droite crypto-fasciste, bien que, des fois... »

  • Bédard Brigitte
    Inscrite
    mercredi 24 septembre 2008 15h00
    M'enfin Monsieur Caron... De quoi parlez-vous?
    « C'est vous qui accuser Boch-Côté et Bergeron d'avoir un style ampoulé!!! Non, mais... vous êtes-vous relu un tantinet?? Si vous trouvez la critique de M. Bergeron superficielle, ce pourrait-il que c'est uniquement parce que vous n'êtes pas d'accord? L'analyse est, au contraire toute en profondeur, à la Bernanos. À vous lire, on se demande si vous l'avez compris ou si c'est simplement du mépris... »

  • Bédard Brigitte
    Inscrite
    mercredi 24 septembre 2008 15h00
    M'enfin Monsieur Caron... De quoi parlez-vous?
    « C'est vous qui accuser Boch-Côté et Bergeron d'avoir un style ampoulé!!! Non, mais... vous êtes-vous relu un tantinet?? Si vous trouvez la critique de M. Bergeron superficielle, ce pourrait-il que c'est uniquement parce que vous n'êtes pas d'accord? L'analyse est, au contraire toute en profondeur, à la Bernanos. À vous lire, on se demande si vous l'avez compris ou si c'est simplement du mépris... »

  • François Caron
    Abonné
    mercredi 24 septembre 2008 19h12
    Un ami m'a demandé de clarifier ma pensée vs Bernanos & Bergeron
    « Si on lit ce torchon de droite il est construit de manière à ce que les propos de Bernanos (que je ne connaîs pas directement) servent de faire-valoir au discours de cet obscur cuistre de droite au lieu que celui-çi appuie son argumentation sur la vision plus ample de l'art dans la société que semblait avoir Bernanos.

    C'est comme si ce proto-plagiaire avait brodé son texte avec du Bernanos autour des quelques idées rétrogrades et fielleuses qu'il avait en tête de faire passer pour le compte de qui, on se le demande...

    Les cordons dépassent et ce procédé est de la pseudo-pensée scientifique axée sur le recyclage du discours pour faire passer de l'idéologie et n'est pas de la philosophie à proprement parler, et il est aisé à débusquer.

    Pour résumer, c'est un genre de Martineau, il n'a pas de pensée propre, il n'a que des opinions.

    Et dire que ce genre de pamphlétaire de sous-sol pourrait se ramasser conseiller de chef de l'Opposition Officielle, voire de premier ministre... »

  • François Caron
    Abonné
    mercredi 24 septembre 2008 23h42
    @ Mme Bédard
    « Simplement, et loin de moi l'idée de m'engager dans un débat stérile, vaseux et désorienté, j'ai pris les extraits que j'estime pertinents (sic), si vous ne l'avez pas déjà remarqué, du texte de Bergeron pour en faire ressortir l'orientation idéologique prédéterminée, et dudit texte il en a considérablement augmenté la charpente avec un discours interprétatif de l'oeuvre de Bernanos qui conforte sa thèse de l'Artiste riche élitiste hautain, ayant oublié ses origines modestes, et déconnecté de la plèbe humble et ignorante qui ne demande qu'à être abreuvée d'une sous-culture digne de son état inférieur de lumpenproletariat, du genre les films-TQS-des-Rémillard-Brothers, elle qui n'est pas équipée culturellement et intellectuellement pour comprendre l'Art et ses Oeuvres que diffuse l'Artiste.

    Ma charge vaut bien la sienne, mais j'ai pris parti de l'Artiste qui a souffert pour créer et qui s'est battu pour que son Art soit reconnu à sa juste valeur, et dans sa poursuite du bonheur il a droit à un peu de reconaissance et de confort, c'est ça pour moi l'altérité.

    D'ailleurs sachez que je n'écris que pour moi, alors je ne me soucie guère de ce que vous pouvez penser, surtout si vous persistez à ne pas abonder dans mon sens.

    Je me suis assez dépensé comme ça dans le temps que je vous ai accordé pour devoir me justifier, et vous pouvez qualifier cela comme du mépris. »

  • Paul-Émile Lecavalier
    Inscrit
    lundi 29 septembre 2008 22h54
    Portrait juste bien qu'unilatéral
    « Bien que la réduction de l'homme à une sorte de rouages de l'état a fait souvent l'objet de réflexion de la philosophie (Bernanos ici mais pensons aussi et surtout à Mounier) et avait déjà été entrevue et jugée par Dostovievski à la fin du XIX siècle (relire les Possédés), il ne fait pas de doute que c'est une tentation permanente de l'Homme de traiter son prochain comme un instrument pour sa propre auto-glorification et non comme une fin en soi-- ce qu'il est pourtant. En ce sens, l'article de M. Bergeron est juste, car il montre que la vocation humaniste de l'artiste s'est pervertie jusqu'à ne sacrifier qu'aux Muses de Mammon ou encore de l'Art pour l'art. C'est pourquoi il nous faut remercier l'auteur de ce devoir de philo »

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