Québec - Débuts prometteurs pour Les Misérables

Québec — Lancée à Québec à l'occasion de la fête nationale des Français, la nouvelle mouture de la comédie musicale Les Misérables a été chaudement accueillie lundi soir au Capitole de Québec.

De Luc Plamondon à Véronique Cloutier en passant par Jean Charest, Mario Dumont, Pauline Marois, Marcel Aubut et même Max Gros-Louis, tout le gratin politique et artistique a pris part à cette soirée très «glamour» pour laquelle on avait sorti robes de bal et tapis rouge.

À l'exception notable du baryton Gino Quilico qui interprète un Jean Valjean très convaincant, la distribution d'une cinquantaine de personnes est essentiellement composée de jeunes artistes issus des écoles de théâtre ou de chant.

Enfin, on a eu l'audace et la bonne idée de confier la direction artistique à Frédéric Dubois, qu'on connaît surtout pour ses mises en scène au théâtre. Très ému, ce dernier s'est d'ailleurs vu remettre en début de soirée le prix de la mise en scène John-Hirsh du Conseil des arts pour l'originalité de sa vision artistique.

Avec le talent qu'on lui connaît au théâtre, Frédéric Dubois livre un spectacle rythmé et dynamique dont le faste mouvement ne nous détourne pas pour autant de l'intrigue et des personnages. Ainsi, du touchant solo de Fantine interprété dans un simple décor de neige (émouvante Geneviève Charest), on passe à d'imposants mouvements de groupe à l'usine ou encore à la taverne des Thénardier. D'ailleurs, ce coloré tableau — aussi cauchemardesque soit son propos — a particulièrement plu à un public soufflé par l'excellente performance de Kathleen Fortin (La Thénardier).

Il faut dire aussi que le metteur en scène s'est adjoint de précieux collaborateurs (dont Yasmina Giguère aux costumes et Christian Fontaine aux décors, Geneviève Dorion-Coupal au mouvement et Denis Guérette aux éclairages) qu'on nous pardonnera de ne pas tous nommer ici.

Dans le même esprit, les producteurs ont confié les arrangements musicaux à un directeur d'expérience en la personne de Gilles Ouellet, mais également au Consort contemporain, un jeune ensemble de Québec connu notamment pour ses audacieuses relectures des répertoires de Pierre Lapointe, Fred Fortin, Loco Locass, voire Steve Reich.

Pour peu qu'on prenne l'art de la comédie musicale pour ce qu'il est et qu'on n'y cherche pas autre chose, ce spectacle sans fautes a tout pour ravir le public. Le contexte historique est ici au service du mélodrame, ce qui pourrait par exemple expliquer que le metteur en scène, dans son mot de présentation, nous dise qu'il se déroule pendant la Révolution française alors que Victor Hugo le campe 40 ans plus tard.

Comme l'a rappelé le producteur Jean Pilote, ce spectacle était peut-être prédestiné à revivre au Capitole, une salle déjà parée de cette grande citation de Victor Hugo: «Qui de nous n'a cherché le calme dans un chant?»

Or, on s'en doute, le territoire de la comédie musicale n'est pas au service du calme, mais davantage de l'émotion et de l'intensité. Et en ce domaine, cette production remplit fort bien son mandat. Ainsi, malgré le caractère guindé de cette soirée, il était difficile de résister à la tentation de taper du pied dans les allées et plusieurs se sont laissés aller à quelques sanglots.

Présentée pour la première fois à Québec, Les Misérables est une recette gagnante ayant cumulé les succès dans plus de 38 villes et 21 langues. Depuis sa création en 1980 par Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg, elle a été jouée plus de 38 000 fois et vue par pas moins de 54 millions de spectateurs. D'emblée, Québec ne semble pas vouloir faire exception à la règle puisque les trois quarts des billets sont déjà vendus pour les représentations prévues d'ici au 14 septembre.