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Petite histoire d'une non-entrevue

Fabien Deglise   16 mai 2007  Culture
Jamel Debbouze (à gauche) a reçu l’an dernier le prix d’interprétation masculine à Cannes pour le film Indigènes.
Photo : Agence Reuters
Jamel Debbouze (à gauche) a reçu l’an dernier le prix d’interprétation masculine à Cannes pour le film Indigènes.
Humoriste accompli, acteur chevronné, fabuleux aux côtés d'Amélie Poulain, et franchement Numérobis dans Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre, Jamel Debbouze arrive à Montréal en juillet pour présenter son Jamel Comedy Club, une sorte de cabaret à l'américaine mettant en vedette de jeunes humoristes dont plusieurs sortent, comme lui, des mauvais quartiers français.

Si l'artiste avait daigné honorer son rendez-vous téléphonique avec Le Devoir, mardi de la semaine dernière, il aurait sans doute expliqué que ce spectacle est en fait une version scénique de l'émission portant le même nom qu'il présente sur les ondes de Canal+, le réseau frais, jeune, un peu décalé et branché des Français. Le concept, repris sur scène, est présenté en tournée en France depuis six mois.

Mais ce jour-là, l'homme n'avait pas envie de se plier au jeu de la promotion. Même pour remplir deux soirs de suite les 2982 sièges de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts.

C'est que le jeune beur n'est pas facile d'accès le mardi. Ni le mercredi ni le jeudi, semble-t-il, jours où, trop fatigué, il a raté les rendez-vous dûment reportés, retardant ainsi l'occasion d'évoquer le côté généreux de sa personne qui l'amène à donner une tribune à une dizaine de nouveaux humoristes. Leur mission? Faire rire, en sept minutes. On résume ici le concept.

Fabrice Eboué, Blanche, Amelle Chahbi ou encore Yacine doivent en effet se réjouir de partager la scène avec ce Debbouze-là qui, l'an dernier, a reçu le prix d'interprétation masculine à Cannes pour le film Indigènes.

Enfin, vendredi, la star, dont l'image simple et le regard constamment au bord des larmes ont conquis la France, avait visiblement la constellation bien alignée, comme dirait l'autre, pour présenter ses troupes et évoquer leurs mille et un talents. Elle se sentait même d'attaque pour décrocher le téléphone vers 20h, heure de France, afin de partager, qui sait, sa joie de venir à la rencontre du public québécois. Comme tous les Français, le trentenaire doit certainement être inspiré par les grands espaces et la sympathie des gens d'ici. La confidence aurait été facile à décrocher.

Le hic est que les organisateurs de l'événement ont préféré revenir en arrière pour ne pas trop perturber leur plan de communication. Car, outre Le Devoir, La Presse et Le Journal de Montréal étaient aussi en attente d'une rencontre avec l'artiste depuis quelques jours. Mais vendredi dernier, «il n'y [avait] pas de rédacteurs (sic) culturels disponibles [dans ces deux autres quotidiens] pour faire cette entrevue», a candidement avoué un porte-parole du Groupe Rozon. Groupe qui aime bien que ses bonnes nouvelles sortent en tir groupé, car même les organisations, surtout dans le domaine culturel, peuvent se comporter comme des divas.

L'étrange décision aura finalement eu du bon, accordant ainsi à Jamel Debbouze une fin de semaine de quatre jours loin de ses obligations promotionnelles québécoises. Et hier, l'artiste était finalement au sommet de sa forme, paraît-il, pour accorder trois entrevues en ligne entre 11h et 12h30, heure de Montréal. Une occasion rêvée pour aborder avec lui sa rencontre avec l'humoriste québécois Stéphane Rousseau, avec qui il va partager l'affiche dans Astérix aux Jeux olympiques.

Mais coup de théâtre. Après avoir confirmé, puis retardé sa rencontre avec Le Devoir de 10 minutes, puis de 25 minutes, puis de 40 minutes; après avoir discuté de son Comedy Club, des grands espaces, de Stéphane Rousseau, sans doute, avec les collègues des quotidiens francophones montréalais, la star a soudain eu faim. «Jamel est allé souper, a simplement résumé le même porte-parole de Juste pour rire, et a décidé d'annuler sa dernière entrevue parce qu'il était fatigué.» Une chose facile à comprendre: tenir une image de simplicité, de faux candide et du gars d'à côté pour séduire et devenir grand doit effectivement être très fatigant.






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