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Du cirque et encore du cirque

Stéphane Baillargeon   4 mai 2007  Culture
Le spectacle de deux heures et demie (avec entracte) distille les exploits hallucinants jusqu’à plus soif et on peut franchement y voir certains des numéros les plus époustouflants de mémoire circacienne.
Photo : Jacques Grenier
Le spectacle de deux heures et demie (avec entracte) distille les exploits hallucinants jusqu’à plus soif et on peut franchement y voir certains des numéros les plus époustouflants de mémoire circacienne.
La rumeur bien fondée et le service avant vente de la compagnie annonçaient que le nouveau spectacle reposait sur trois piliers fondamentaux: du cirque, du cirque et encore du cirque. Et c'est exactement ce qu'on obtient avec Kooza, lancé en première mondiale à Montréal hier soir. Le Cirque du Soleil (CDS) tient donc promesse, pour le plus grand plaisir des amateurs, en pressant jusqu'au moût les ingrédients de base de son art: les jongleries et les acrobaties, le fil de fer et les clowneries.

Bref, des performances et du rire. Le CDS a ainsi confirmé son intention de se rebrancher à ses deux mamelles en confiant la mise en scène de Kooza au clown américain David Shiner, un artiste des années pionnières de la compagnie. Elle tenait aussi clairement à revenir au plus élémentaire après la très belle dérive contrôlée de Corteo, l'avant-dernier spectacle pour chapiteau, trempé dans la nostalgie et la théâtralité.

En avant comme avant, donc, pour cette vingtième production solaire. Le retour du refoulé, quoi, pour cette compagnie fondatrice du nouveau cirque. Le spectacle de deux heures et demie (avec entracte) distille les exploits hallucinants jusqu'à plus soif et on peut franchement y voir certains des numéros les plus époustouflants de mémoire circacienne. À la dernière générale devant public, mercredi soir (préférée à la première en raison des heures de tombée), les spectateurs ont accordé des ovations amplement méritées à quatre points d'orgue: le fil de fer, la roue de la mort, l'équilibre sur chaise et la planche sautoir.

Le numéro des funambules se termine avec le quatuor de gaillards à vélo. La roue de la mort donne plus de frissons qu'un manège de La Ronde. Zhang Gongli se tient en équilibre sur une main au sommet d'une flèche de huit chaises elle-même perchée sur un promontoire, sorte de tour Eiffel de bois. À la finale, une bande d'acrobates russes complètement déjantés lance des projectiles humains montés sur des échasses. Tout ça sans filet, sans filin de vie, en défi constant envers les forces létales menaçantes.

Et le reste n'est pas en reste. Le beau duo avec unicycle mélange la force et la tendresse, donne l'impression d'un centaure emportant sa captive ou d'un hommage aux écuyères de la piste traditionnelle. Le jongleur Anthony Gatto n'en rate pas une en s'activant comme une pieuvre avec des balles, des quilles et des anneaux. Les clowns font bien leur boulot puisque la salle rigole.

Certaines autres performances demanderont quelques ajustements. Le trapèze solo s'avère trop court. Le pickpocket est un peu perdu avec son cobaye involontaire sur la grande piste. Les costumes des excellentes contorsionnistes leur donnent un air d'évadées du Centre des sciences tout proche, qui expose des corps écorchés en ce moment.

C'est un petit défaut de l'enrobage par ailleurs sobre et équilibré de ce spectacle. La scénographie, comme la musique ou le reste des costumes, réussit très bien à mettre en valeur les numéros de Kooza. Même le mince fil rouge narratif, tricoté mollement autour d'un solitaire naïf entraîné par un trickster, finit par s'effacer devant cette imposante construction spectaculaire en équilibre entre la force et la fragilité, la peur et le courage, la vie et la mort.

Résumons. Kooza est un très bon spectacle de cirque, de cirque et de cirque. Il s'avère déjà bien mieux rodé que ne l'était Corteo à son départ, tout de même beaucoup plus audacieux du point de vue des propositions esthétiques. Mais bon, après Montréal, la tournée de plusieurs années devrait permettre d'atteindre la perfection recherchée et attendue de la plus importante compagnie de productions pour la scène du monde.






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  • Rino St-Amand
    Inscrit
    vendredi 4 mai 2007 10h36
    Note discordante
    « Un jour (est-ce pour demain?), l'un des casse-cou du CDS se cassera le cou, et passera le reste de ses jours en fauteuil roulant. Alors on se posera la question à savoir si, nous, voyeurs-demandeurs de sensations fortes, sommes responsables de cet accident, où s'il ne faudrait pas plutôt attribuer la responsabilité à l'entreprise qui exploite dans un but lucratif cette demande de sensations fortes. Mais d'ici à ce que cet accident survienne, ce sujet restera bien sûr tabou. »

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