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Les intellos dépriment

Frédérique Doyon   10 mars 2007  Culture
«Crise de civilisation» «intense», «profonde», «structurelle» et «radicale», «culture en perpétuelle mutation», «période d'ouvertures créatrices aussi bien que période de questionnement, de déchirements», «autre monde, [...] nouvelle morale». Ces quelques mots sont tirés des réponses de 141 intellectuels à l'interrogation des sociologues Gérard Bouchard et Alain Roy: la culture québécoise est-elle en crise?

Ces quelques mots sont tirés des réponses de 141 intellectuels à l'interrogation des sociologues Gérard Bouchard et Alain Roy: la culture québécoise est-elle en crise?

La question de la crise culturelle a balayé le XXe siècle en Occident. Elle a valu à certains essayistes français le titre de déclinologues et happe maintenant le Québec à peine sorti de la Révolution tranquille. L'essai qui en découle, La culture québécoise est-elle en crise?, paru aux Éditions du Boréal (en librairie le 13 mars), tombe donc à point. Il dresse un état des lieux de la culture dans son sens le plus large à la veille des élections imminentes et d'une commission d'étude à venir sur les accommodements raisonnables, que codirige d'ailleurs M. Bouchard

Bien que mitigé, le verdict des intellectuels québécois, résumé dans ses grandes lignes par les deux auteurs au premier chapitre de cet ouvrage, trahit un pessimisme malsain: qu'ils reconnaissent l'état de crise ou non, 64 % des répondants font un constat plutôt négatif. Un défaitisme que Gérard Bouchard refuse de partager et qu'il espère, en publiant son livre, renverser ou à tout le moins énoncer pour mieux le combattre.

«Ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas l'ampleur des problèmes, que je ne songe aucunement à nier, nuance le sociologue en entrevue au Devoir, c'est que ça peut inspirer à un grand nombre d'intellectuels un sentiment de démission et d'impuissance. Si ce sentiment-là prédomine, alors là, c'est sûr qu'on s'en va vers la crise: la marchandisation de tout, l'aplatissement généralisé de la culture.»

Auteurs, philosophes, théologiens, historiens, sociologues, économistes, certains plus connus que d'autres (Jacques Godbout, Naïm Kattan, Marie-Andrée Lamontagne, Guy Rocher, Laurent-Michel Vacher), ont répondu à l'appel des sociologues. À part des extraits de réponses proposés en annexe de l'ouvrage, leurs propos, parfois lumineux mais surtout sombres, ne sont jamais identifiés dans l'analyse, qui s'en tient aux grandes idées.

Crise des référents

Les propos négatifs convergent généralement vers la perte des repères et la crise des valeurs, remplacées par d'autres, plus trompeuses: hédonisme, narcissisme, conformisme, vulgarité, culte du vécu, de la performance et de l'immédiat, etc. Celles-ci s'incarnent dans différentes sphères: la famille, l'éducation, la politique, l'environnement... Ces critiques reflètent un état du monde qui a basculé au cours des dernières décennies, affirme Gérard Bouchard.

«Notre société fait face à des problèmes considérables, une situation sans précédent, des mutations incontrôlables qui ébranlent de vieux équilibres symboliques millénaires», dit-il. Il y a bien sûr la mondialisation, la diversification culturelle et ethnique ainsi que le vieillissement de la population, auxquels l'auteur ajoute «la presque non-reproduction de la population, phénomène sans précédent dans l'histoire du monde».

À ces données sociologiques s'ajoutent celles d'ordre plus philosophique: la fin des grandes idéologies, le recul du transcendant, le brouillage des anciennes grandes dichotomies par les changements sociaux, les découvertes scientifiques: corps-âme, matière-antimatière et, sujet de prédilection du sociologue, les rapports entre la raison et le mythe.

Dans son sens plus strict adopté par certains répondants, la crise de la culture correspond à une crise des médias qui font triompher l'opinion et célèbrent le divertissement. Le nature et le rôle de l'art s'en trouvent affectés: «La littérature se confine à l'intime et l'art a perdu son pouvoir subversif», peut-on lire sous la rubrique «Les manifestations de la crise». «Le prolétariat culturel subventionné se contente de jouer les fous du roi pour la société du plaisir... »

Au banc des accusés, on trouve notamment l'essor foudroyant de la culture de masse, phénomène qui inquiète particulièrement les milieux intellectuels parce qu'ils en sont les premières victimes. «Nous perdons le monopole de la parole parce que d'autres joueurs sur l'échiquier intellectuel ou culturel ne sont pas de notre écurie», indique Gérard Bouchard.

Dans une veine plus proprement québécoise, au lendemain de la Révolution tranquille où tout semblait possible, «tout est retombé à plat, c'est le vide, on a l'impression qu'il ne se passe plus rien».

Optimisme prudent

À cette prévalence du discours pessimiste qu'il craint de voir dériver vers un aveu d'impuissance, point de non-retour, Gérard Bouchard oppose un optimisme prudent. Dans un essai qui compose le troisième chapitre du livre, il reconnaît les bouleversements profonds que traverse la société québécoise, occidentale, et l'attrait des discours de crise dans un tel contexte.

Mais au diagnostic de crise, il préfère celui de transition, qu'il étaye à la lumière des propos positifs de 36 % des répondants. «J'aime mieux dire qu'on est en transition structurelle profonde que de dire qu'on est en crise; j'aime mieux non pas m'émerveiller de ça mais préserver la faculté d'étonnement devant l'ampleur de cet événement. Une fois qu'on a dit cela, il me semble qu'on a un peu moins d'angoisse, qu'on peut prendre un peu de distance pour le comprendre mieux.»

Ses arguments? Parce que le culturel fonde le social, ce dernier devrait aussi montrer des signes de crise. Or il n'en est rien, observe-t-il, citant, pour le Québec, les faibles taux de criminalité, le ralentissement des mouvements de grève et, pour l'Occident, les progrès de l'État providence (contrairement à ce que véhicule l'opinion courante), de l'alphabétisation, des indices de santé...

Aussi, écrit l'auteur, «il semble bien qu'on ait décrété trop hâtivement la fin des grands récits (d'autres ont parlé de la fin des utopies, du crépuscule des mythes). En réalité, ils ont été remplacés»... par d'autres, enchaîne-t-il en entrevue, «extrêmement puissants et mobilisateurs», apparus notamment chez les jeunes: l'écologie, l'engagement citoyen, l'économie sociale, le cyberespace, l'altermondialisme. La différence avec la situation passée? «Ces mythes ne sont pas conjugués, ils sont fragmentés. Mais est-ce nécessaire qu'ils soient conjugués?», se demande le sociologue.

Le paradoxe de la diversité

Deuxième constat: l'auteur relève les profonds désaccords entre les répondants, «non pas sur les idées, précise-t-il, on sait bien que les intellectuels ont des points de vue différents sur ce que devrait être une société, mais il y a des désaccords radicaux sur l'évaluation empirique de la situation». Dans le domaine des arts, par exemple, le diagnostic va du règne médiocre du divertissement et du vedettariat au foisonnement de l'offre culturelle comme signe de santé.

Au coeur de l'ambivalence profonde des répondants, la notion de diversité apparaît tantôt positive, tantôt négative. La liberté d'expression combinée aux communications de masse ainsi que l'ouverture des frontières aux mouvements migratoires et aux échanges commerciaux ont fait exploser les discours, les formes artistiques, les visages culturels. Autant cette diversité est célébrée — pensons au projet de convention sur la diversité des expressions culturelles —, autant elle inspire encore un peu de cette antique méfiance qu'on nourrissait à l'endroit de l'autre, de la différence.

C'est peut-être dans la résolution de cette ambivalence qu'on trouvera des éléments de solution pour renverser le pessimisme.

«Tout le monde chante les vertus de la diversité et, par ailleurs, cette diversité apparaît sous le jour de la fragmentation et suscite une inquiétude quant au devenir d'une société. À un moment donné, il faudra confronter ces deux discours: la diversité, c'est bon ou ce n'est pas bon? Il faut qu'on se pose ce genre de question si on veut aller au-delà du livre», qui dresse surtout un état des lieux.

En nous quittant, comme un signe d'espoir envers l'avenir, Gérard Bouchard brandit sa précieuse «mémorette» — sa clé USB, dénomination si peu poétique, déplore-t-il —, remplie de ses trésors littéraires à venir. Après le sociologue des accommodements raisonnables et l'essayiste de la culture en transition, le romancier semble déjà prêt à nous convaincre que l'écriture et la littérature sont loin d'être mortes.






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Vos réactions

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  • Michelle Bergeron
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 00h21
    La déprime est au rendez-vous
    « Permettez-moi simplement d'ajouter quelques observations. Médias de masse: L'information répétée, rapide et abondante à grand coup de clichés sans aucune profondeur sont des faits observables. Pourtant personne semble avoir la possibilité de répliquer avec un certain recul. Des prévisions pour cent ans avec la gestion à la petite semaine. Les intellos n'ont plus les tribunes. La culture de la peur s'ajoute au portrait. Devant les défits de la mondialisation les problèmes identitaires sans ordre de priorité pour faire face aux nombreux défits pas seulement que les intellos qui dépriment. Le côté sombre des médias qui pourtant offraient la possibilité d'une chaîne de transmission performante pour faire les liens entre tous les acteurs de notre société. Du moins les socitétés d'état devraient remplir ce vide et laisser le monde du loisir, de l'image et des vedettes aux autres chaînes privées pour qui le profit demeure le but ultime. Compter sur la fidélité la stabilité et la compétence devrait à long terme être une formule gagnante.L'ÉDUCATION »

  • DUBÉ Philippe
    Inscrit
    samedi 10 mars 2007 06h48
    Des clercs qui s'inquiètent encore pour leur soutane
    « J'ai bien hâte de lire le bouquin en question. Ce que j'en comprends pour l'heur c'est que les clercs (ceux et celles qui se croient investis d'une mission supérieure) s'inquiètent essentiellement de leur propre sort. En effet, après avoir chassé ceux qui nous faisaient la morale, ils ont voulu jouer d'une autre manière avec nos consciences et voilà que ce qu'ils ont asséné comme coup sur la tête de ceux qui les avaient instruits leur reviennent du coup sur la noix. Les baby-boomers sont ici victimes du boomerang qu'ils avaient lancé aux robes noires à la fin des années soixante en les chassant de leur prône. À leur tour, ils sont chassés de leur tribune par ceux qui aujourd'hui mènent le spectacle, le show comme on dit. Drôle de jeu, ce que je remarque c'est que ça se bouscule toujours aux portes de l'église, simplement qu'elle ne se reconnait plus à son clocher. Voilà pour Monseigneur Bouchard et l'abbé Roy. »

  • Benoît Gagnon
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 07h17
    La transition est nécessaire. par Benoît Gagnon
    « On peut remarquer une certaine morosité intellectuelle qui accompagne tout changement important d`une société en mutation. Mais la caractéristique de cette nouvelle vision est que l`individu peut choisir l`orientation de son devenir culturelle dans cette nouvelle réalité. Donc une tolérance plus grande pour la diversité fondée sur la responsabilité. »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    samedi 10 mars 2007 07h38
    Une déprime qui est en fait une blessure dans l'or massif de leurs rêves
    « La déprime actuelle de certains intellectuels est une cicatrice sertie de nielle et de diamants. Bien sûr, ils furent ceux qui occupèrent la place centrale de l'agora social : il fut un temps pour eux, à eux, en eux durant lequel ils détenaient les clés de l'ordre des choses, les clés des portes des temples de l'art et de l'actualité sur toutes les places et les esplanades. Bien sûr que nous ne sommes pas de leur écurie. Ils se retrouvent pourtant à pieds joints dans le paysage de la chanson Lucy in the Sky with Diamonds qui les faisait tant rêver parce qu'elle n'appartenait pas au réel (du moins, pas à leur réel). Ils se droguaient pour y accéder. Maintenant qu'ils y sont, ils nous disent que les cellophane flowers se sont fannées et que plus haut, le Strawberry field, ce champ de fraises euphorique, multi ethnique, pluri culturel est un cauchemar virtuel dans lequel 'nothing is real'. Devant la marée montante des phalanges citoyennes ils titubent en conjuguant : I am he as you are he as you are me and we are all together. Eux, ils proviennent de cet univers individualiste des chaires de l'art de nos institutions universitaires. Pour ne pas avoir compris leurs prophètes : les Beatles et Bob Dylan, ils se retrouvent à plein pieds dans un univers fractal, chaotique décrit par eux. Nous n'avons de réponse à leur donner que la leur :

    Expert, texpert choking smokers
    don't you think the joker laughs at you
    See how they smile like pigs in a sty
    See how they snide
    I'm crying
    Semolina pilchard
    climbing up the Eiffel tower
    Elementary penguin singing Hare Krishna
    Man, you should have seen them kicking
    Edgar Allan Poe .

    Ce sentiment to be kicked out est pourtant le reflet d'une certaine réalité. Pour le comprendre, il faut
    faire tourner Revolution 9 à turbine inverse pour entendre que sous cette mort annoncée : turn me on dead man, turn me on : est tout ce qui subsiste. Mc Cartney est toujours vivant et comme un personnage issu de cet univers, il s'est remarié avec une jeune handicapée, s'est divorcé d'elle, a écrit un oratorio, s'est fait ennoblir par la Reine et vient s'échouer sur nos banquises couché dans la neige à la défense des morses.

    I am the eggman
    They are the eggmen
    I am the walrus
    Goo goo g' joob
    Goo goo g' joob
    Goo goo g' goo
    goo goo g' joob goo
    juba juba juba
    juba juba juba
    juba juba juba juba
    juba juba

    Pierre Castonguay
    Laval »

  • Jean Lapointe
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 08h22
    C' est quoi une crise?
    « Pour savoir s'il y a crise culturelle ou pas, il faudrait que les intellectuels nous disent ce qu'ils entendent par crise et ce qu'il est souhaitable de faire en cas de crise. On saurait mieux à quoi s'en tenir. Peut-être le fait-on dans le livre.

    Il faudrait aussi que ceux qui parlent des «intellectuels» nous disent c'est quoi pour eux un intellectuel ? Est-ce qu'on peut s'auto-proclamer un intellectuel ou est-ce qu'il faut plutôt attendre que d'autres que soi nous le confirment? Et quels autres? Que faut-il faire pour devenir un intellectuel patenté? »

  • Annie Rioux
    Inscrite
    samedi 10 mars 2007 08h39
    Capter ce qui bat sous la surface
    « L'écrivain barcelonais Vila-Matas a écrit ces lignes que je me plais à soudre à ma vision de la culture québécoise contemporaine, à sa diversité qui ne peut qu'être synonyme de potentialité [peut-être simplement en attente...]:

    « Dans un écrit sur Tabbuchi, Sergio Pitol dit que les enclaves multilingues , ces lieux où cohabitent diverses communautés nationales, tendent à enrichir la littérature grâce à des personnalités qui, assimilant les différentes cultures présentes et nourries des lourdes tensions qu'abrite un voisinage forcé, parviennent, sans l'avoir voulu peut-être, à ébaucher une voix strictement individuelle. Trieste, Odessa, A lexandrie, Dublin, Prague, la Vienne d'un autre temps [Montréal, Le Québec ? - c'est moi qui souligne], ont vu naître des écrivains qui ont quelque chose en commun: détachement par rapport à la tradition et indépendance vis-à-vis des courants qui leurs sont contemporains. Leur modernité est d'un autre type, elle pose une radicalité non programmée. Exemples évidents: Joyce, Kafka, Babel, Cavafis, Bruno Schulz, peut-être Canetti [VLB, Blais, Tremblay ?] Il existe une autre série de créateurs qui, par vocation intime, se transforment en une unité assimilant les langues et les échos des cultures différentes. Leur oeuvre est une passerelle et un lieu de rencontre. Une antenne captant ce qu'il y a de considérable et qui bat sous la surface. De cette famille, à laquelle appartient Tabucchi, Sergio Pitol cite les cas notoires de Borges, Pessoa et Larbaud [Aquin, Yergeau, Chaurette ?... ] »

  • Stéphane Martineau
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 10h35
    Être ou ne pas être en crise ...
    « Je salue l'ouvrage de Bouchard et Roy car il vient mettre quelque peu «les pendules à l'heure»...En effet, il y a une déprime chez les intellectuels, déprime en partie justifiée mais oh combien «facile» (ça peut être «in» d'être déprimé dans certains cercles d'intellos)...Au-delà de ce qui semble presque une mode (la déprime), il paraît plus pertinent que jamais de mener des analyses en profondeur de nos sociétés car celles-ci sont plus complexes et mouvantes que jamais...Il y a donc encore bien du boulot pour les chercheurs en sciences humaines et sociales à condition qu'ils ne démissionnent pas...Message d'espoir de Bouchard et de Roy qu'il faut entendre et peu-être traduire en programme de recherche. »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    samedi 10 mars 2007 17h45
    Bouchard aurait voulu réinventer la roue.
    « Si il y en a un qui fait déprimer, c'est bien Gérard Bouchard.
    C'est rassurrant et revigorant de voir ici, par les commentaires lucides de Philippe Dubé, Pierre Castonquay, et Annie Rioux, qu'il reste encore des intellectuels bien en forme au Québec. (pour M. Dubé, je fait remarquer qu'il peut lire les textes en question sur le site de l'Institut du Nouveau Monde dans le cahier spécial électronique qui fut disponible en format papier dans le Devoir du 20 janvier 2007: http://www.inm.qc.ca/pdf/cahierspecial2007.pdf)

    Vous voyez juste, M. Dubé, en utilisant le terme "clercs" car en effet ce qui les déprime est de s'appercevoir qu'ils ne seront pas pour le peuple les nouveaux porteurs adulés de la "bonne nouvelle" et de la vérité établie.
    Seul Bouchard garde un certain espoir, tel un Gepeto, de faire marcher tant bien que mal, aux bouts de ses ficelles, son pantin mythique d'une manière cohérente et vraisemblable. En faire un véritable petit être, en chair et en os, et muni d'une âme, quoi.

    Le conte de fée de Bouchard. Une nouvelle génèse.

    Bouchard s'inquiète de voir que les anciens, voire millénaires, repères qu'il a lui-même aidé à faire rejetter, pendant la Révolution Tranquille, sont remplacés par de nouveaux mythes qui ne sont pas ceux qu'il avait prévu pour le bien de son "nouveau monde" habité par son "nouvel Adam québécois". Bien pire, il lui semble que les effets (inculture, suprématie du divertissement, utilitarisme, matérialisme, société du plaisir, etc...) sont précisément ceux-là dont mettaient en garde les gardiens des vieux repères. Ce ne devait pas se passer comme ça.

    Pourquoi donc les nouveaux mythes de Bouchard (civisme, humanisme, laïcisme, égalitarisme, mondialisme, relativisme, interculturalisme etc...) n'ont pas fait des hommes meilleurs, des hommes nouveaux, solidaires, cohérents et heureux?

    La réponse de Bouchard à ce problème est que ces nouveaux mythes sont éclatés, fragmentés et qu'ils doivent donc êtres conjugués. Il pose la question ici dans le texte du Devoir, mais en fait il a déjà trouvé la réponse (qu'on peux découvrir dans le cahier, page 28). C'est d'un mythe fondateur qu'il a besoin et qu'il croit le Québec a besoin.
    Mais il a rejetter le mythe fondateur de l'église, celui-là même de la croix de Cartier, et du drapeau. Celui qui était la fondation des mythes d'avant la Révolution Tranquille. Il en faut donc un nouveau.

    Et pourquoi nous faut'il retourner 400 ans à l'arrière pour retrouver nos repères? Se demanda Bouchard. Un de mes nouveaux mythes n'est'il pas le concept de "nation civique" qui dicte que la seule et unique spécificité québécoise est sa langue française? Pourquoi retourner à la vieille France lorsque la "nouvelle" France a sa naissance bien après, à la Révolution?. Pourquoi notre fondation ne débuterait'elle pas aussi à notre (ma) Révolution?
    La Révolution tranquille sera donc le nouveau mythe fondateur, la conjugaison, de tous les autres mythes de l'homme nouveau (Québécois).

    Plus de conquête anglaise, plus de défaite. Plus de Canadiens français.
    Plus d'église catholique. Plus de culture avant 1960.

    Pourquoi donc sommes-nous si déprimés alors?

    Le sain "détachement par rapport à la tradition et indépendance vis-à-vis des courants qui leurs sont contemporains" que nous rapporte Annie Rioux, Bouchard en a fait un "rejet de la tradition et défense contre les courants contemporains".

    Gérard Bouchard sous-entend que celà est un phénomène sociale mondial et que nous ne faisons qu'en subir la vague. La réalité est que Bouchard lui-même en est un des agents. Ce n'est pas une vague mystérieuse comme un virus inconnu qui s'attaque à tous les pays succèssivement. Ce sont des concepts qui viennent des hautes organisations (ONU) et qui sont passées aux élites aux pouvoirs dont Bouchard tient un poste stratégique (sociologue émérite). Il est devenu la seule référence pour toutes les questions sociales.

    Ce qui est inquiétant, c'est l'adulation que l'élite québécoise institutionalisée et surtout en enseignement porte à cet homme et ce sans qu'un seul "intellectuel" du milieu ne critique le moindrement ses concepts qui semblent faire leurs chemins directement dans le curriculums, commissions, et applications sociales par des groupes d'intérêts partout au Québec.

    C'est à se demander si le triomphe de l'opinion par le divertissement n'est pas une défense "instinctive" contre l'intellectuel institutionel qui a perdu tout son pouvoir intime et subversif.

    Lorsque Gérard Bouchard inclu le cyberespace comme nouveau mythe moderne, que veut'il dire au juste, lui qui n'utilise que les médias traditionels de masse pour communiquer que dans un seul sens (le sien) sans avoir à répondre ou à entendre l'autre?
    Pourquoi sa commission sur les accommodements fait le tour du Québec en véhicules pour rejoindre des élites, quand il y a le cyberespace pour communiquer avec tout le monde instantanément?

    Qui vit dans les mythes ici? »

  • Jean Marchand
    Inscrit
    samedi 10 mars 2007 22h09
    Société de l'éphémère...
    « Il est frappant de constater comment tous nos raisonneurs ont le nez collé sur l'éphémère et le transitoire et que toute forme de transcendance est soit niée, soit ridiculisée
    et chassée comme n'apportant plus rien à la construction et
    l'évolution de la société. On parle de valeurs sans trop les définir et on se gargarise de mots. C'est laisser croire que l'homme est un pèlerin vers nulle part. Je suis profondément pessimiste du succès d'une société telle que rêvée et voulue par nos grands penseurs de l'heure.
    Jean Marchand »

  • Michel Handfield Societas Criticus
    Abonné
    samedi 10 mars 2007 22h21
    Bof, le monopole de la pensée unique demeure
    « Bof. Le monopole de la pensée unique demeure. Pardon, de la triple pensée pour être honnête, car il y a la pensée officielle de centre, de gauche et de droite, chacun avec leurs penseurs patentés. Seul les patentés ont changé. On entend de nouveaux noms, mais attend-t-on vraiment de nouvelles idées? Pas sûr, vraiment pas sûr.

    Michel Handfield, Délinquant intellectuel
    Éditeur de societascriticus.com »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    dimanche 11 mars 2007 10h02
    Le prix de la liberté
    « «Déprime» dites-vous? J'ai plutôt l'impression que nos intellectuels québécois se sont isolés par manque de courage. Les contributions gouvernementales et autres subventions à la créativité ou à la recherche les musèlent en quelque sorte dans une sorte d'autocensure.

    Ils n'osent plus prendre la parole parce qu'ils n'ont plus la liberté de le faire. Leurs rémunérations, salaires et autres subventions gouvernementales ou publiques font en somme de les piéger dans un silence frileux.
    Rodrigue Guimont »

  • Benoît Otis
    Inscrit
    dimanche 11 mars 2007 16h20
    Devrait-on changer le monde ?
    « La plupart des gens que je connais souhaitent un monde meilleur. Le monde dans lequel ils vivent ne semble pas les satisfaire vraiment. On désire fortement transformer ce monde parce qu'il ne convient pas à ce qu'on voudrait qu'il soit. On s'interroge à savoir s'il était possible de l'améliorer, de le rendre meilleur, etc. D'où l'idée de vouloir changer le monde.

    D'abord cette idée de vouloir changer le monde fait surtout référence à une vision beaucoup plus idéaliste que réaliste. On semble oublier aussi que le monde n'est pas, et n'a jamais été une structure inerte, statique. Notre monde n'est pas coulé dans le ciment. Alors comment pouvons-nous prétendre changer un monde qui est déjà en perpétuel changement depuis des millions d'années, un monde qui pourtant se transforme et qui évolue constamment?

    Le monde est ce qu'il est et ne pourrait être autre chose que ce qu'il est. S'il est ce qu'il est, c'est qu'il ne peut être autrement. Il serait vain d'essayer de changer un monde qui a mis des millénaires à se construire tel qu'il est présentement. Je comprends que, pour d'aucuns, il est sans doute difficile de concevoir réellement ce que représente depuis la nuit des temps une évolution biologique et culturelle. Quelques milliers d'années ne représentent qu'une infime partie de notre évolution. Et ce n'est pas en quelques siècles qu'on pourra percevoir une transformation réellement significative. Les modes culturelles changent, mais la nature de l'Homme demeure sensiblement la même.

    Bien que difficilement mesurable, notre monde va continuer de se transformer indéniablement. Mais cette transformation n'est pas garante d'un monde meilleur ou pire que ce qu'il est maintenant. Tout comme par le passé, le monde à venir sera ce qu'on en aura fait, tout simplement. Et la qualité de ce nouveau monde ne sera appréciée qu'à partir des jugements de valeur des gens de cette époque. Il en va de même pour nous présentement dont les valeurs sont relatives à chacun.

    Personnellement, je considère que ce monde dans lequel nous évoluons est parfaitement bien ajusté à ce que nous sommes. Pourrait-il réellement en être autrement? Penser qu'il pourrait en être autrement, ce serait se nier soi-même et être perpétuellement en lutte contre la vie. Bref, ce monde est à notre image et cette image reflète fidèlement notre véritable nature. J'en suis très satisfait de cette nature et je ne voudrais qu'elle soit autre chose que ce qu'elle est.

    Par ailleurs, libre à chacun d'entre nous de travailler sur ses comportements et attitudes. Il y a toujours place pour amélioration. Ce cheminement personnel est souvent nécessaire et les résultats qui s'en dégagent ne peuvent que se refléter sur l'ensemble de la collectivité. Il s'agirait sans doute d'un élément positif de transformation pour les gens de son milieu. Tout comme les vices, les vertus sont parfois contagieuses.

    Je pense que l'important c'est de vivre en harmonie avec la vie, apprendre à composer et à vibrer avec elle au même diapason, peu importe la nature de son expression.

    Benoît Otis, Lévis
    philosophe et libre penseur
    Auteur du livre : http://www3.sympatico.ca/otis_4/Ouvrage.htm »

  • réal rodrigue
    Inscrit
    dimanche 11 mars 2007 18h03
    Qu'est-ce que la culture?
    « Parlant de la crise, M. Bouchard la désigne comme « la marchandisation de tout, l'aplatissement généralisé de la culture ». Dans l'économie marchande, tout se vend en effet à commencer par la force de travail que détient l'invididu; pour survivre, il se voit contraint de vendre cette force comme on vend une marchandise, ce qui équivaut selon le mot de Marx à sacrifier sa vie. Que l'on aime ou pas faire ce triste constat, il y a eu au cours de l'histoire ce que Michel Henry appelle « un renversement de la téléologie vitale ». Par ce terme, il entend que l'économie sous sa forme capitaliste produit de la valeur d'abord et avant tout, et que le travail vivant se met au service de cette production. Dans ce contexte, il devient difficile de concevoir le travail comme une expression de la vie de l'ouvrier, comme une activité par laquelle il s'accomplit en tant qu'humain. « L'aplatissement » de son humanité sur les lieux du travail ne le dispose certes pas à la culture entendu comme culture de la vie, des potentialités inhérentes à sa nature. À moins d'entendre la culture comme un ensemble d'activités réservés à une élite, il faut avouer que l'organisation actuelle ne favorise pas l'émergence de la culture.
    Deux facteurs semblent se conjuguer pour définir le développement de la société d'aujourd'hui comme de toute société occidentale: la mise en place de l'économie marchande et de son idéologie néolibérale, et la constitution des sciences dans le sillage de Galilée. Les sciences modernes, de par leur méthodologie, excluent en effet la subjectivé, l'homme-sujet si on veut. Ce faisant, puisque la culture telle que nous la comprenons est la culture de la vie, des potentialités inhérentes à la nature des individus vivants, les sciences substituent aux expériences concrètes et traditionnelles de la culture leurs représentations. Il en va ainsi pour les formes les plus évoluées de la culture humaine: l'art, l'éthique et la religion. Le sens de la beauté s'éduque par une pratique qui implique le sujet vivant, de même le sens du bien auquel renvoie l'éthique entendu comme manière de vivre qui répond à ses aspirations, et aussi le sens de la compassion ou de la charité que cultive la religion.
    Ces notes beaucoup trop brèves veulent tout simplement attirer l'attention sur la culture entendue au sens traditionnel du terme, et non pas au sens des sciences humaines. C'est pourquoi, selon nous, avant de parler de crise de la culture, il importe de bien dessiner les perspectives dans lesquelles on se situe pour en parler. Personnellement, je n'ai pas d'objection à ce qu'un esprit scientifique prenne pour objet d'étude la culture québécoise ou toute autre culture, mais je me refuse à larguer la conception traditionnelle, laquelle s'entend comme culture des potentialités inhérentes aux individus humains que nous sommes.
    Pour faire bref, je conseille aux lecteurs intéressés l'ouvrage de Michel Henry, La barbarie, tout spécialement le dernier chapitre intitulé « La destruction de l'université ».
    réal rodrigue »

  • DUBÉ Philippe
    Inscrit
    samedi 17 mars 2007 16h18
    "horizon de la culture"
    « Pour reprendre en titre une formule consacrée chez Fernand Dumont, je reviendrais sur cette dernière parution 'La culture québécoise... ' qui, à mon sens, gratte plus la plaie que la guérit, mais que Gérard Bouchard termine d'une façon élégante par une interrogation : "Si l'étude de la culture relève (en partie tout au moins) de la science, pourquoi ne se prêterait-elle pas à des approches renouvelées, un peu délinquante même, dans l'esprit de l'époque?" Et c'est là justement que je serais tenté de l'inviter à venir "faire un terrain" par exemple à la SAT(Société des Arts technologiques), au LANTISS(Laboratoire des nouvelles technologies reliées à l'image, au son et à la scène) ou encore au LAMIC(Laboratoire de muséologie et d'ingénierie de la culture) et combien d'autres pôles où se créent et se pensent de nouvelles oeuvres qui participent nécessairement à la culture, et peut-être, sans prétention et surtout bien humblement, à son renouvellement. Des philosophes comme entre autres, Peter Sloterdijk(Allemagne), Régis Debray(France) s'activent pour trouver des voies d'avenir en tentant justement de croiser Science et Art dans leur réflexion, sentant bien qu'il est hasardeux de détacher la culture des moyens qui la transporte et qu'elle utilise en somme pour se transmettre. Le champ par exemple de la médiologie nous ouvre sur ces questions qu'un Marshall McLuhan(Canada) avait ouvertes dans les années où l'on doutait le moins de tout. J'invite donc nos clercs à sortir de leurs églises (bibliothèques, salle de cours ou séminaire, revues, cercles de "croyants", etc...) et oser venir sur le 'plancher des vaches', là où s'active une jeunesse (nouvelle génération) qui cherche à s'affranchir du livre (culture linéaire au sens premier du terme) pour aborder la pensée d'une autre manière, de façon sensible, à travers notamment les émotions qui ne se laissent pas découper aussi facilement en petits morceaux, ni mettre à plat comme une ligne droite. En effet tout pour dérouter ceux et celles qui ont acquis/conquis la culture par le 'biblos' car nous sommes ici en plein 'chaos'. Bonne lecture, chers maîtres, si vous daignez évidemment descendre de votre piédestal. »

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